La France va transférer à l’Ukraine deux batteries SAMP/T Mamba, en attendant la livraison de systèmes SAMP/T NG plus récents. Comme elle l’avait fait avec le Caesar et l’AMX-10RC au début de la guerre, puis avec les Mirage 2000-5 il y a dix-huit mois, la France reprend l’initiative. Ce segment reste marqué par une forte exposition de l’Ukraine aux choix américains.
Kyiv utilise en effet le système américain Patriot pour l’essentiel de sa défense antimissile. Les délais industriels et les arbitrages de Washington pèsent toutefois sur les livraisons. Paris avance, cette fois, un système franco-italien : le SAMP/T Mamba, puis son successeur, le SAMP/T NG.
Une licence Aster-30 B1NT pour l'Ukraine
La France doit transmettre à l’Ukraine une licence de production. Elle concerne les missiles sol-air Aster-30 B1NT, destinés au SAMP/T. Le SAMP/T est un système sol-air à moyenne portée, développé en coopération franco-italienne.
Cette annonce accompagne un accord plus large, publié le 14 juillet par le bureau du président ukrainien. Il porte sur la commande de 4 systèmes SAMP/T NG par Kyiv. Selon ce document, l’Ukraine deviendra le premier pays à déployer cette nouvelle version en combat.
Deux batteries Mamba en attendant les SAMP/T NG
En attendant leur arrivée, la France doit mettre à disposition 2 batteries SAMP/T de génération actuelle. Ces moyens sont connus sous le nom de Mamba, au sein des forces françaises. Ces batteries devront être restituées après la réception, par l’Ukraine, des SAMP/T NG achetés.
Paris s’est aussi engagé à accélérer les livraisons. Des modules individuels seront envoyés dès leur certification, avec un début annoncé en 2027. Le financement de cette acquisition doit passer par un programme européen. Il s’agit des prêts de soutien à l’Ukraine, pour 2026 et 2027.
Ces batteries doivent répondre à l’intensification des frappes russes contre les infrastructures ukrainiennes. Elles visent notamment les frappes recourant à des missiles balistiques Iskander-M ou aux missiles hypersoniques Tsirkon et Kinjal.
Pour Kyiv, un second système antimissile de moyenne à longue portée renforcerait la protection de son outil productif et énergétique. Celui-ci reste en effet régulièrement visé par les campagnes russes. Cette mise à disposition reste néanmoins provisoire. Les deux systèmes français actuels doivent regagner la France, une fois les exemplaires neufs livrés.
L'Aster-30 B1NT face aux missiles balistiques et hypersoniques russes
Paris entend aussi faire valider en Ukraine les évolutions de la famille de missiles Aster. Le SAMP/T doté du missile Aster-30 B1 est présenté comme capable d’engager des missiles balistiques du type Iskander-M. Le B1NT doit, lui, élargir cette capacité face à des menaces plus rapides et plus manœuvrantes, dont le Tsirkon.
Une telle démonstration écornerait l’image du Patriot PAC-3 MSE comme référence occidentale quasi exclusive pour l’interception antibalistique en Ukraine. Elle ne remplacerait pas pour autant, dans l’immédiat, les batteries américaines déjà en service.
Un effort industriel européen autour du SAMP/T
L’effort industriel doit accompagner cette montée en puissance. MBDA prévoit ainsi de doubler, en 2026, la production de la famille de missiles Aster. L’objectif est de répondre à la demande croissante en défense aérienne.
Les tirs ukrainiens d’Aster-30 B1 puis B1NT devraient être compensés par des livraisons européennes. Celles-ci seraient financées par les dispositifs d’aide militaire à Kyiv, plutôt que par les seuls stocks français. Ce choix limite ainsi la pression sur des moyens déjà sollicités. Il installe aussi une chaîne d’approvisionnement européenne autour du SAMP/T.
Le calendrier ukrainien comprend aussi des capteurs associés à la défense aérienne. Sept radars sont prévus en 2026 : 5 GM400, 1 Ground Fire 300 et 1 Kronos. Le Ground Fire 300 de Thales doit constituer l’un des premiers composants du futur réseau SAMP/T NG.
Le déploiement progressif des batteries complètes doit ensuite débuter à partir de 2027. Le Danemark a d’ailleurs déjà retenu ce même système franco-italien, avec des livraisons annoncées à partir de 2028. Il devient ainsi le troisième client du SAMP/T NG, après la France et l’Italie.
La France tente de convaincre l'Allemagne de rejoindre le SAMP/T NG
Cette séquence s’inscrit dans une tentative française de structurer une offre européenne de défense aérienne intégrée. Le 17 juillet, lors d’un échange franco-allemand près de Brühl, Emmanuel Macron a formulé cette approche.
Selon lui, la France affiche « une volonté claire d’offrir […] une solution commune ». Cette solution associerait l’Allemagne et les partenaires italiens du SAMP/T de nouvelle génération. Les conclusions franco-allemandes évoquent aussi l’examen de capacités européennes souveraines contre les missiles balistiques.
L’accueil allemand reste toutefois incertain, Berlin ayant déjà structuré ses choix autour d’autres systèmes. L’Allemagne finance en effet un contrat portant sur 600 missiles intercepteurs Patriot. Elle prévoit aussi de remettre à Kyiv 36 lanceurs IRIS-T, dans le cadre d’accords s’étendant sur plusieurs années.
Elle a par ailleurs porté l’initiative European Sky Shield. Celle-ci s’articule autour de l’Arrow 3 israélo-américain, du Patriot et de l’IRIS-T SLM allemand. Cette architecture laisse donc peu de place immédiate à une bascule vers le SAMP/T NG. Les délais de production américains restent toutefois surveillés.
Diehl Defence et l'IRIS-T SLM/X, une autre piste européenne
Diehl Defence pousse, de son côté, l’IRIS-T SLM/X. Ce système est présenté comme une réponse européenne au Patriot sur la moyenne et la longue portée. Ce missile revendique une portée maximale de 100 km et une interception jusqu’à 80 km.
Son altitude de tir atteint 30 km, pour une vitesse supérieure à Mach 4. Sa capacité contre des missiles balistiques de moyenne portée ou des menaces hypersoniques n’est en revanche pas documentée à ce stade.
La proposition française favorise enfin le rapprochement des programmes européens HYDIS et HYDEF, autour de l’intercepteur Aquila de MBDA.
Ce qu'il faut retenir
- La France va transférer à l’Ukraine deux batteries SAMP/T Mamba. Kyiv a par ailleurs commandé 4 systèmes SAMP/T NG.
- Une licence de production des missiles Aster-30 B1NT doit aussi être transmise à l’Ukraine. Le pays deviendrait ainsi le premier à déployer le SAMP/T NG au combat.
- Les livraisons de modules SAMP/T NG doivent débuter en 2027. Elles seraient financées par le programme européen de prêts de soutien à l’Ukraine.
- MBDA prévoit de doubler sa production de missiles Aster en 2026, pour soutenir cet effort sans épuiser les stocks français.
- Le Danemark a aussi choisi le SAMP/T NG, devenant le troisième client du système après la France et l’Italie.
- La France cherche à convaincre l’Allemagne de rejoindre le programme.
- Berlin reste toutefois engagée sur le Patriot, l’IRIS-T et l’initiative European Sky Shield.














