Pendant plusieurs jours, autour de Reims, le 501e régiment de chars de combat a mené un exercice en terrain libre. Les collaborations possibles entre le drone et le char Leclerc y ont été travaillées.
Des images de blindés ennemis captées en direct
Dans une soute à munitions de l’ancienne base aérienne 112 de Reims, une scène se joue. Les yeux des soldats restent rivés sur leurs écrans. Un poste de commandement y a été installé, avec plusieurs écrans. Des images de véhicules blindés ennemis y sont affichées. Elles sont captées en direct par des drones, déployés quelques kilomètres plus au nord. Ces informations restent cruciales pour l’équipe bleue, face à l’équipe rouge. Leur objectif reste de créer une brèche, dans ce front fictif de la Marne.
Une guerre de haute intensité simulée avec 500 militaires
Le 501e régiment de chars de combat reste une unité blindée de l’armée de Terre. Il a mené un entraînement en terrain libre, simulant une guerre de haute intensité autour de Reims. Des chars, des véhicules blindés légers, des drones et des commandos y ont participé. Environ 500 militaires étaient mobilisés sur cet exercice. Un accent était mis sur les innovations, le drone revenant sur toutes les lèvres.
Le char, une cible de plus en plus exposée
Un régiment de chars de combat travaillant sur les drones a de quoi interpeller, alors que certains annoncent depuis plusieurs mois la mort du char face aux munitions rôdeuses. Au 501e régiment, la réponse ne passe pas par l’abandon du Leclerc, mais par son association avec le drone.
« Une vingtaine de drones pour l'immobiliser », selon le colonel Gille
Pour faire en sorte qu’il puisse survivre, plusieurs éléments lui seraient adjoints. Des drones, de la guerre électronique et de la robotique en feraient partie, explique le colonel Gille, chef de corps du 501e régiment. Il croit encore dur comme fer à l’avenir du char Leclerc. Selon lui, « il faut une vingtaine de drones pour l’immobiliser ». Toutes les armées réfléchiraient d’ailleurs au successeur du char, avance-t-il comme argument.
Un 5e escadron avec une section drone créé en juin
Pour l’armée française, il resterait hors de question d’envoyer ses chars Leclerc à la casse. Cela vaudrait encore moins au 501e régiment de chars de combat. Le 5e escadron a ainsi été monté en juin. Une section commando en fait partie, tout comme une section drone.
Le drone, « un compagnon » plutôt qu'un « bourreau »
Le colonel Gille voit donc dans cet engin davantage un compagnon pour le char, plutôt qu’un bourreau. Il compléterait le panel du char, doublant ainsi ses propres capacités. Pour un équipage de char, le drone permettrait de faire de la reconnaissance. Il offrirait ainsi une vue plus large qu’à l’intérieur du véhicule. Dans son char, le chef de l’équipage garde en effet une visibilité réduite, surtout à proximité de son engin. Le drone pourrait alors devenir ses yeux et ses oreilles, selon Bastien, chef de char.
« Reconnaître devant nous », selon le chef de char
Ce chef de char explique la logique retenue : « l’utilisation du drone, ça sera pour reconnaître devant nous ». Cela permettrait de reconnaître le terrain, avant que les chars n’avancent progressivement.
Une reconnaissance avant l'engagement des chars
Des propos à l’action, ainsi. Au nord de Reims, l’exercice se poursuit. Deux véhicules blindés restent cachés dans une forêt. À leurs côtés, un droniste envoie un engin d’observation de quelques centimètres, pour faire de la reconnaissance. L’objectif reste de s’assurer qu’aucun ennemi ne se cache dans les alentours. Dans cette campagne de la Marne, le terrain reste dégagé. Avant d’y engager les chars, le drone est utilisé pour ne pas les exposer, et leur ouvrir la voie.
Les chars Leclerc s'élancent à 70 km/h
La vérification faite, les chars Leclerc sont ensuite envoyés pour avancer et s’emparer de la position. À 70 km/h, les quatre chars, de près de 60 tonnes chacun, mènent la charge. Ils s’avancent jusqu’au village situé à quelques kilomètres, soulevant autour d’eux un nuage de poussière.
« Le seul engin capable d'encaisser les coups »
Le colonel Gille n’imagine pas une guerre à haute intensité sans les chars de combat. Il resterait, selon lui, le seul engin capable d’encaisser les coups, de tirer et d’avancer. Il demeurerait ainsi le prédateur, la grosse menace. C’est ce qu’analyse le chef de corps du 501e régiment, tout en évoquant la complémentarité à travailler entre le drone et le char.
Le projet Odin, vers un drone volant en permanence près du char
C’est pour cette raison que le régiment se penche sur le projet Odin. L’objectif est d’avoir, à terme, au moins un drone volant en autonomie à proximité immédiate du char. Le chef de char disposerait alors d’une tablette. Celle-ci afficherait ce que voit le drone, offrant une vue large à la troisième personne.
Une collaboration avec un industriel rémois
Tout cela reste encore au stade de développement. Cette réflexion se fait en collaboration avec un industriel rémois. Ce dernier reste présent avec le régiment, pour recueillir directement les retours des soldats. Le colonel Gille imagine même une plateforme directement sur le char. Le drone, d’observation ou de frappe, y décollerait et y atterrirait. À l’avenir, des drones à fibre optique reliés au char sont aussi envisagés, afin d’être plus résistants au brouillage.
Berry-au-Bac, symbole historique du char français
Adaptation technique, tactique, innovation, réflexion : ces mots reviennent ainsi en permanence autour du char Leclerc. En aucun cas, une percée n’est imaginée sans ces engins. Pour le 501e régiment de chars de combat, l’exercice se poursuit vers le nord, en direction de Sissonne. Sur la route, les troupes passeront par Berry-au-Bac. Un fait historique marque ce village de l’Aisne. C’est là que la France avait utilisé pour la première fois des chars d’assaut, en avril 1917.
Ce qu'il faut retenir
- Le 501e régiment de chars de combat a mené, près de Reims, un exercice grandeur nature. Chars Leclerc et drones y ont été associés, face à la menace des munitions rôdeuses.
- Selon le colonel Gille, il faudrait une vingtaine de drones pour immobiliser un char Leclerc. Cela justifierait le maintien de cet engin au sein des forces françaises.
- Un 5e escadron, doté d’une section drone, a été créé en juin au sein du régiment. Cela illustre l’intégration croissante des drones au combat blindé.
- Le projet Odin vise à faire voler en permanence un drone à proximité du char, offrant au chef de char une vue élargie à la troisième personne.
- Cette réflexion s’inscrit dans une collaboration avec un industriel local, en vue de futures plateformes de drones embarquées directement sur les chars.
Questions fréquentes
Pourquoi l'armée française associe-t-elle désormais drones et chars Leclerc ?
Face à la vulnérabilité des chars aux munitions rôdeuses low-cost, largement utilisées en Ukraine, l’armée française mise sur les drones. Ces derniers assurent la reconnaissance et protègent les chars Leclerc, plutôt que d’abandonner ce type de blindé.
Qu'est-ce que le 5e escadron créé par le 501e régiment de chars de combat ?
C’est une nouvelle unité, créée en juin, combinant une section commando et une section drone. Elle illustre l’intégration croissante des capacités de drones au sein des régiments blindés français.
Qu'est-ce que le projet Odin évoqué par le colonel Gille ?
C’est un projet visant à faire voler un drone en permanence et en autonomie, à proximité immédiate d’un char Leclerc. Le chef de char disposerait ainsi d’une vue élargie à la troisième personne, sur une tablette.
Combien de drones faudrait-il pour immobiliser un char Leclerc, selon l'armée française ?
Selon le colonel Gille, chef de corps du 501e régiment de chars de combat, il faudrait une vingtaine de drones pour immobiliser un char Leclerc. Cet argument est avancé pour justifier le maintien de ce blindé au sein des forces françaises.










