Les opérations dites « hybrides » se caractérisent notamment par une difficulté à désigner avec certitude leur commanditaire. Celui-ci fait généralement appel à des mandataires, stipendiés ou non. C’est par exemple le cas des attaques informatiques, certains groupes de cybercriminels étant liés, directement ou non, à des États.
Les services d’un pays ciblé peuvent toutefois avoir de solides soupçons. Ces derniers se fondent sur un mode opératoire propre à des officines étatiques, ou sur un faisceau d’indices. Il revient alors aux autorités politiques d’attribuer publiquement, ou non, la responsabilité d’une action à un pays tiers. C’est ce que l’Allemagne vient de faire. Une attaque manquée avait visé un avion gros porteur An-124, à l’aéroport de Leipzig/Halle. Cet aéroport sert de plaque tournante pour les livraisons d’armes à l’Ukraine.
Une attaque manquée contre un avion à l'aéroport de Leipzig
Le 4 août, un drone de type quadricoptère a été retrouvé près d’un An-124. Ce drone était doté d’une charge explosive, comprenant du Semtex et du PETN. L’avion, arrivé de France, venait de décharger une cargaison de munitions.
Le même jour, un B-757 d’European Air Transport Leipzig a été percuté par un autre drone. Cet avion, en provenance de Marseille, n’était pas piégé. L’appareil venait d’interrompre sa procédure d’atterrissage, suite à la fermeture temporaire de l’aéroport.
Un détonateur défectueux a évité le pire
Les enquêteurs de l’Office fédéral de la police criminelle (BKA) ont ensuite apporté des précisions. Le drone découvert au pied de l’An-124 était aussi équipé de deux cartes SIM, ainsi que d’un routeur 5G. Ces équipements étaient associés à une antenne, installée à proximité de l’aéroport de Leipzig. Le pire aurait été évité grâce à un détonateur défectueux.
Un troisième drone découvert le 14 août
Le 14 août, un troisième drone a été trouvé, dans un champ de la localité de Kabelsketal. Cette dernière jouxte la partie occidentale de l’aéroport de Leipzig. Ce drone transportait 50 grammes d’explosif RDX.
Des drones peu coûteux ont donc été utilisés contre une cible de premier ordre. Des substances explosives de qualité militaire en faisaient aussi partie. Ces actions ont vraisemblablement été menées par des personnes recrutées localement.
« Une cible d'attaques hybrides », selon Merz
Friedrich Merz, le chancelier allemand, avait commenté cette situation. Selon lui, « l’Allemagne est davantage une cible d’attaques hybrides », dont les auteurs agiraient avec une brutalité croissante. Ces derniers accepteraient de plus en plus de causer d’importants dégâts matériels. Des blessures, voire des morts, pourraient aussi en résulter, sans le moindre scrupule, avait-il ajouté.
Dobrindt et Wadephul attribuent l'attaque à la Russie
Ce n’est toutefois pas M. Merz qui a attribué la responsabilité de cette attaque manquée à la Russie. Ce rôle est revenu au ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, ainsi qu’à celui des Affaires étrangères, Johannes Wadephul.
« La Russie est responsable de l'attaque hybride »
Selon M. Dobrindt, plusieurs éléments démontreraient la responsabilité de la Russie. L’ensemble des investigations policières, le mode opératoire, ainsi que les informations recueillies par les services de renseignement, en feraient partie. Cette responsabilité concernerait la tentative d’attentat à l’aéroport de Leipzig. Le gouvernement fédéral en tirerait une conclusion claire. « La Russie est responsable de l’attaque hybride perpétrée à Leipzig le 4 août ».
Trois mesures diplomatiques annoncées
Cette accusation a été accompagnée de trois mesures diplomatiques. La fermeture du consulat de Russie à Bonn, d’ici le 18 septembre, en fait partie. La résiliation du bail de la Maison russe de la science et de la culture complète ces mesures. Ce lieu, situé dans le centre de Berlin, est soupçonné de servir de couverture à des activités de renseignement russe. Un renforcement des restrictions et des contrôles à l’immigration, pour les ressortissants russes, s’y ajoute également.
Moscou dénonce une affaire « montée de toutes pièces »
L’ambassadeur de Russie en Allemagne a immédiatement réagi à ces accusations. Il a dénoncé une affaire « montée de toutes pièces », qualifiant aussi ces éléments d’allégations absurdes.
Poutine accuse Berlin de fabriquer des preuves
Le président russe, Vladimir Poutine, a de son côté qualifié les décisions allemandes de grave erreur. Il a accusé Berlin de vouloir « falsifier des preuves pour détourner l’attention des difficultés politiques intérieures » du pays. La faible popularité du chancelier Merz serait aussi en cause, selon lui.
Une sous-station électrique visée par des engins incendiaires
La décision de Berlin d’attribuer l’attaque de Leipzig à la Russie était annoncée depuis quelques jours. Un autre incident s’est alors produit. La sous-station électrique de Turnow-Preilack, près de la centrale thermique de Jänschwalde, a été visée par des engins incendiaires. Cet incident a motivé l’ouverture d’une enquête pour terrorisme.
Cette centrale reste une infrastructure critique majeure. Elle alimente en effet plusieurs millions de foyers allemands en électricité.
Une enquête pour terrorisme ouverte
Selon les autorités du Land de Brandebourg, des soupçons multiples entourent cet incident. Une perturbation de services publics figure parmi ces soupçons. Le déclenchement d’une explosion à l’aide d’explosifs, ainsi que la destruction d’équipements de travail essentiels, en font aussi partie. « Une enquête pour formation d’une organisation terroriste a également été ouverte », ont-elles précisé.
Un nouvel incident à Bergheim
Le 2 septembre, des inconnus ont par ailleurs tenté de provoquer un court-circuit. Cet incident a visé un poste électrique de l’opérateur Amprion, à Bergheim, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
La piste de l'extrême gauche évoquée
La piste de sabotages commandités par un État étranger n’est évidemment pas écartée par les autorités allemandes. Ces dernières évoquent toutefois aussi l’hypothèse d’actes commis par des groupuscules d’extrême gauche. Ces mouvances auraient retrouvé, ces derniers temps, une vigueur rappelant celle de la Guerre froide.
Des précédents existent en effet. L’incendie criminel d’une installation électrique en fait partie. Cet acte avait plongé plus de 100 000 Berlinois dans le noir, le 3 janvier. Il avait été revendiqué par le groupe « Vulkangruppe ». Ce dernier est déjà à l’origine de plusieurs incendies criminels visant des infrastructures électriques.
Ce qu'il faut retenir
- L’Allemagne attribue à la Russie une attaque au drone piégé, manquée le 4 août à l’aéroport de Leipzig. Cet aéroport sert de plaque tournante aux livraisons d’armes à l’Ukraine.
- Cette accusation, portée par les ministres Dobrindt et Wadephul, a entraîné la fermeture d’un consulat russe. Le renforcement des contrôles migratoires en fait aussi partie.
- La Russie dément fermement ces accusations, Vladimir Poutine évoquant une fabrication de preuves à des fins de politique intérieure allemande.
- Plusieurs incidents visant des infrastructures électriques allemandes ont suivi cette annonce, sans lien confirmé avec la Russie à ce stade.
- Les autorités allemandes évoquent aussi la piste de groupuscules d’extrême gauche, dont le groupe Vulkangruppe, déjà responsable d’incidents similaires.
Questions fréquentes
Pourquoi l'Allemagne accuse-t-elle la Russie de l'attaque de Leipzig ?
Selon le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt, plusieurs éléments démontreraient la responsabilité russe. Les investigations policières, le mode opératoire des drones utilisés et des informations de renseignement en feraient partie, dans cette tentative d’attentat du 4 août.
Comment la Russie a-t-elle réagi à ces accusations allemandes ?
L’ambassadeur de Russie a dénoncé une affaire montée de toutes pièces. Vladimir Poutine a, de son côté, accusé Berlin de fabriquer des preuves, pour détourner l’attention de ses difficultés politiques intérieures.
Quelles mesures diplomatiques l'Allemagne a-t-elle prises contre la Russie ?
Berlin a annoncé la fermeture du consulat russe à Bonn. La résiliation du bail de la Maison russe de la science et de la culture à Berlin en fait aussi partie, tout comme un renforcement des contrôles migratoires pour les ressortissants russes.
Les sabotages d'infrastructures électriques allemandes sont-ils liés à la Russie ?
Le lien n’est pas confirmé à ce stade. Les autorités allemandes évoquent aussi la piste de groupuscules d’extrême gauche. Le groupe Vulkangruppe en fait partie, déjà responsable d’incidents similaires par le passé.









