L’Allemagne envisagerait de contribuer financièrement à la dissuasion nucléaire britannique

Depuis 2017, le débat s'intensifie outre-Rhin sur une possible contribution allemande à la dissuasion nucléaire européenne.
Programme nucléaire britannique Trident

En 2017, certains doutaient de l’engagement des États-Unis à l’égard de l’Otan. Le service de recherche du Bundestag avait alors fait une estimation. Aucun obstacle juridique n’empêcherait Berlin de participer financièrement aux programmes nucléaires français et britannique. Il avait toutefois considéré qu’il n’y avait pas grand avantage à cette voie. L’Allemagne était déjà placée de facto sous la protection de la dissuasion française, via son appartenance à l’Union européenne. Cette étude eut néanmoins le mérite d’ouvrir le débat outre-Rhin.

Ischinger plaide pour une « européanisation » du nucléaire français

Wolfgang Ischinger présidait alors la Conférence de Munich sur la sécurité. Il avait plaidé en faveur d’une européanisation du potentiel nucléaire français, à moyen terme. Selon lui, en février 2019, la France ne pouvait pas financer seule le développement de son potentiel nucléaire, jugé coûteux. Il avait ainsi estimé un point important. « Les autres partenaires au sein de l’UE, qui bénéficieraient de cette protection, devraient contribuer en conséquence ». Le contrôle de cette dissuasion devait toutefois rester dans les mains du président français, avait-il précisé. Il ne devait pas revenir à un comité européen.

Wadephul proposait un commandement commun en 2020

Cette position n’était pas unanimement partagée. L’actuel ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, était alors député. Il avait fait valoir, en 2020, que Berlin devrait « envisager une coopération avec la France en ce qui concerne les armes nucléaires ». En contrepartie, avait-il ajouté, Paris perdrait le contrôle de sa force de frappe. Celle-ci devrait être placée sous un commandement commun de l’UE ou de l’Otan.

Macron propose un dialogue stratégique

Une telle issue ne pouvait qu’être inacceptable pour la France. En février 2020, le président Macron avait alors proposé aux pays européens un dialogue stratégique sur la dissuasion française. Cette offre fut toutefois largement ignorée.

L'invasion de l'Ukraine change la donne

Depuis, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a changé la donne. Lors d’un discours prononcé à l’Île-Longue, le 2 mars, M. Macron a renouvelé sa proposition de dialogue stratégique. Il y a développé le concept de « dissuasion avancée ». Cette fois, plusieurs pays européens ont saisi la balle au bond, dont l’Allemagne.

Un groupe de pilotage nucléaire franco-allemand

Quelques jours plus tard, Paris et Berlin ont annoncé la création d’un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau. Ce groupe devait servir de « cadre bilatéral pour le dialogue doctrinal et la coordination de la coopération stratégique ». Les consultations concerneraient notamment l’articulation des capacités conventionnelles, de défense antimissile et des capacités nucléaires françaises.

Plus récemment, lors du dernier Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, une décision a été prise. La Luftwaffe participerait à un exercice Poker, consistant pour les Forces aériennes stratégiques (FAS) françaises à simuler un raid nucléaire.

Le Royaume-Uni, une dissuasion mise à disposition de l'Otan

L’Allemagne regarde toutefois aussi, et peut-être surtout, vers le Royaume-Uni. Sa dissuasion, contrairement à celle de la France, reste mise à la disposition de l’Otan.

Cette dissuasion britannique repose sur quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de type Vanguard. Des missiles balistiques mer-sol intercontinentaux Trident II D5, de fabrication américaine, dotés de têtes nucléaires de conception britannique, la complètent. Londres prévoit un investissement conséquent, selon son plan d’investissement de la défense. Il s’agit de 63,6 milliards de livres sterling, soit environ 74 milliards d’euros, sur quatre ans, pour moderniser ses capacités nucléaires.

L'Allemagne pourrait contribuer au programme Trident, selon The Telegraph

Selon des informations du quotidien The Telegraph, l’Allemagne envisagerait de participer financièrement à cet effort. Le programme Trident resterait à la pointe des efforts visant à renforcer le parapluie nucléaire européen, selon ce journal.

Une source au fait du dossier a livré une précision au Telegraph. Selon elle, l’Allemagne aurait un « intérêt très fort à ce que les puissances nucléaires existantes en Europe développent leurs capacités ».

« Un rôle plus important dans la défense de l'Europe »

Un autre interlocuteur, décrit comme « bien informé » par le Telegraph, a livré des précisions supplémentaires. Selon lui, des réflexions et des discussions seraient en cours. Elles porteraient sur la manière dont les capacités nucléaires existantes, comme Trident, « pourraient jouer un rôle plus important dans la défense de l’Europe ». Une coopération plus étroite entre pays européens serait aussi à l’étude.

Un engagement conventionnel d'abord envisagé

Avant de parler d’éventuelles contributions financières, une participation allemande pourrait toutefois prendre une autre forme, dans un premier temps. Un engagement de moyens conventionnels est évoqué, comme le déploiement de batteries de défense aérienne sur des sites clefs. Le déploiement d’avions de patrouille maritime P-8A Poseidon est aussi envisagé. Ces appareils pourraient sécuriser les approches de la base navale de Faslane. Cette base abrite les quatre SNLE de la Royal Navy.

Deux raisons expliquent l'intérêt allemand

Au moins deux raisons pourraient expliquer cet intérêt allemand pour la dissuasion britannique. La première tient au traité de Trinity House. Les deux pays y ont lancé plusieurs programmes conjoints d’armement, dont le « Deep Precision Strike ». Ce programme prévoit le développement de missiles de croisière à très longue portée, ainsi que d’un planeur hypersonique.

La seconde raison reste liée à l’incertitude politique en France. Le concept de « dissuasion avancée » pourrait en effet être abandonné après les élections de 2027.

Berlin dément toute discussion en cours

Sollicité par The Telegraph, le porte-parole du ministère allemand de la Défense a réagi. Il a toutefois nié que des discussions entre Berlin et Londres soient en cours, sur ces sujets. Son homologue britannique a, de son côté, botté en touche.

« La pierre angulaire de notre sécurité nationale », selon Londres

Selon ce porte-parole britannique, la force de dissuasion nucléaire du Royaume-Uni resterait la pierre angulaire de sa sécurité nationale. Elle protégerait le pays, ainsi que ses alliés de l’Otan, à chaque instant. Le Royaume-Uni resterait ainsi « le seul allié européen à engager sa dissuasion nucléaire au service de l’Otan ». Tous les alliés de l’organisation bénéficieraient donc déjà, selon lui, de la protection de cette dissuasion.

Ce qu'il faut retenir

  • Selon The Telegraph, l’Allemagne envisagerait de contribuer financièrement au programme nucléaire Trident britannique, une information démentie par Berlin.
  • Cet intérêt s’expliquerait notamment par les programmes conjoints germano-britanniques du traité de Trinity House, et par l’incertitude politique en France.
  • Une contribution allemande pourrait d’abord prendre une autre forme. Un engagement conventionnel, avec des batteries de défense aérienne ou des avions de patrouille maritime, est envisagé.
  • Le concept de « dissuasion avancée » est porté par Emmanuel Macron depuis mars. Il a relancé le débat européen sur le partage du parapluie nucléaire.
  • Londres n’a ni confirmé ni infirmé ces discussions. Le pays rappelle rester le seul allié européen à engager sa dissuasion au service de l’Otan.

Questions fréquentes

L'Allemagne va-t-elle vraiment financer la dissuasion nucléaire britannique ?

Rien n’est confirmé à ce stade. Le ministère allemand de la Défense a démenti l’existence de discussions en cours sur ce sujet. The Telegraph rapportait pourtant cette information, en citant des sources anonymes.

C’est un concept développé par Emmanuel Macron, lors de son discours du 2 mars à l’Île-Longue. Il relance ainsi sa proposition de 2020, d’un dialogue stratégique européen sur la dissuasion nucléaire française.

La dissuasion britannique est mise à la disposition de l’Otan. La dissuasion française, elle, reste sous le contrôle exclusif du président de la République.

Avant d’éventuelles contributions financières, l’Allemagne pourrait d’abord s’engager par des moyens conventionnels. Des batteries de défense aérienne, ou des avions de patrouille maritime P-8A Poseidon pour sécuriser la base de Faslane, en feraient partie.

Les plus lus

Devenez partenaire

Vous cherchez une visibilité auprès des décideurs défense ?

Lancer un nouveau produit ou service • Renforcer votre crédibilité • Augmenter votre visibilité

Nos emplacements publicitaires sont disponibles pour les acteurs de la défense.

À lire aussi

Devenez partenaire

Vous cherchez une visibilité auprès des décideurs défense ?

Lancer un nouveau produit ou service • Renforcer votre crédibilité • Augmenter votre visibilité

Nos emplacements publicitaires sont disponibles pour les acteurs de la défense.