L’Allemagne juge ces capacités indispensables, pour assurer une « dissuasion crédible ». Elle a donc fait de l’acquisition de capacités de frappe l’une de ses priorités. Cela concernerait la grande, voire la très grande profondeur.
L'Allemagne mise sur la frappe à longue portée
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle participe à l’initiative ELSA (European Long-Strike Approach). La France, l’Italie, le Royaume-Uni, la Pologne et la Suède y participent également à ses côtés. L’objectif est de développer une famille de missiles, ayant une portée de l’ordre de 2 000 km.
Le traité de Trinity House avec le Royaume-Uni
Dans le cadre du traité de Trinity House, Berlin et Londres ont pris une décision commune. Ils développeraient conjointement une nouvelle capacité de frappe. Sa portée dépasserait les 2 000 km. Selon le ministère britannique de la Défense (MoD), ce projet reposerait sur une technologie précise. Il s’agirait d’une « famille de futurs missiles de croisière furtifs et hypersoniques ». Leur entrée en service resterait prévue dans les années 2030.
Des Tomahawk américains en attendant
En attendant que ces capacités soient opérationnelles, l’Allemagne souhaite acquérir des missiles de croisière Tomahawk, auprès des États-Unis. Un accord en ce sens a été annoncé par le chancelier allemand, Friedrich Merz. Il l’a fait lors du dernier sommet tenu par l’Otan à Ankara, en juillet. Ce missile fait justement l’objet d’un effort de production inédit outre-Atlantique. Le Pentagone a récemment notifié à Raytheon un contrat de 22,9 milliards de dollars. L’objectif est de porter sa cadence à 1 000 exemplaires par an.
Selon lui, « nous allons combler une lacune stratégique importante » dans la défense allemande. Il a ajouté un point important. L’Allemagne travaillerait en parallèle au développement de ses propres systèmes européens. Leur déploiement en Europe en découlerait aussi.
12 milliards d'euros envisagés dès 2027
Selon des documents du ministère allemand de la Défense, consultés par Politico, Berlin a l’intention d’investir 12 milliards d’euros. Cette somme doit permettre de se doter de missiles à longue portée, dès 2027. Cet investissement resterait toutefois soumis au feu vert du Bundestag.
Des missiles à bas coût pour submerger les défenses ennemies
Outre les Tomahawk américains, la Bundeswehr envisage aussi d’acquérir des missiles à bas coût. Ces missiles devraient être susceptibles d’être produits en masse. L’objectif serait de pouvoir, le cas échéant, « submerger les défenses aériennes ennemies par des attaques massives ».
Trois modèles de missiles envisagés
D’après les notes internes du ministère allemand de la Défense, trois modèles de missiles sont envisagés. Il s’agit de l’Anthem, développé par l’entreprise israélo-américaine Covenant Industries. Un essai réussi de ce missile a eu lieu dans le désert marocain, au début de ce mois. Le BARS en fait aussi partie. On ne sait toutefois que très peu de choses à son sujet, si ce n’est qu’il est produit en Ukraine. Le Flamingo, de l’entreprise ukrainienne Fire Point, complète cette liste.
L’Allemagne serait en négociations contractuelles avec deux de ces fournisseurs, selon Politico. L’objectif serait de recevoir des missiles pour qualification, d’ici l’année prochaine. Des contrats-cadres, en vue d’une production de masse ultérieure, seraient aussi en préparation.
9 milliards d'euros pour le programme Deep Precision Strike
L’essentiel de l’investissement prévu, soit 9 milliards d’euros, doit être fléché vers un autre volet. Il s’agit des capacités de frappe à longue portée, développées conjointement avec les Britanniques. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme « Deep Precision Strike ».
Toujours selon les documents cités par Politico, deux projets seraient en cours. L’un concernerait un missile de croisière furtif, d’une portée de 2 000 km. L’autre porterait sur un planeur hypersonique. Cette précision n’avait jamais été apportée jusqu’alors.
Ces projets confirmés par Luke Pollard
Ces deux projets ont été confirmés par Luke Pollard, le ministre britannique délégué à l’Industrie de défense. Il l’a fait dans une réponse écrite à un parlementaire, le 19 août.
Selon lui, le programme Deep Precision Strike « inclut des missiles de croisière furtifs et des planeurs hypersoniques ». Le Royaume-Uni et l’Allemagne partageraient une vision commune de ses principaux paramètres. Cela concernerait notamment des concepts opérationnels, et des dates cibles de mise en service. Les équipes conjointes des deux pays travailleraient désormais à un double objectif. Elles chercheraient à finaliser les travaux techniques déjà sous contrat, ainsi qu’à élaborer des contrats complémentaires. Ces derniers seraient soutenus, au Royaume-Uni, par le financement prévu dans le cadre du Plan d’investissement de la défense.
Ce qu'il faut retenir
- L’Allemagne prévoit d’investir 12 milliards d’euros, dès 2027, pour se doter de capacités de frappe à longue portée.
- 9 milliards d’euros seraient consacrés au programme Deep Precision Strike, développé conjointement avec le Royaume-Uni.
- En attendant, Berlin a conclu un accord avec Washington pour acquérir des missiles de croisière Tomahawk américains.
- Trois modèles de missiles à bas coût sont aussi envisagés : l’Anthem, le BARS et le Flamingo.
- Deux projets Deep Precision Strike sont désormais confirmés : un missile de croisière furtif, et un planeur hypersonique.
Questions fréquentes
Combien l'Allemagne prévoit-elle d'investir dans les capacités de frappe longue portée ?
Berlin prévoit d’investir 12 milliards d’euros, dès 2027, sous réserve de l’accord du Bundestag. 9 milliards seraient consacrés au programme Deep Precision Strike, mené avec le Royaume-Uni.









