Le Royaume-Uni a dévoilé, le 30 juin, son Plan d’investissement de la défense (DIP, Defence Investment Plan). Ce plan arrive avec plusieurs mois de retard. Il prévoit un investissement de 63,6 milliards de livres sterling, soit environ 74 milliards d’euros, sur quatre ans. L’objectif est de moderniser et de renforcer la dissuasion nucléaire britannique. Ce montant dépasse de 20 milliards de livres celui de la période 2022-2026.
47 milliards de livres pour les sous-marins nucléaires
La majeure partie de cette somme s’élève à 47 milliards de livres sterling. Elle doit financer la construction de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA). Elle couvrira aussi les infrastructures nécessaires à leur entretien.
Le reste de l’enveloppe sera réparti entre plusieurs postes. Le développement de nouvelles ogives nucléaires doit ainsi recevoir 13 milliards de livres. Le combustible nucléaire en recevra 1,7 milliard, et la formation du personnel spécialisé, 290 millions.
Dreadnought, un programme destiné à remplacer la classe Vanguard
Le programme Dreadnought, anciennement appelé Successor, reste le plus emblématique de ce plan. Approuvé en 2016 et confié à BAE Systems, il vise à remplacer les quatre SNLE de la classe Vanguard. Ces derniers portent aujourd’hui, à eux seuls, la dissuasion nucléaire britannique. Le Royaume-Uni envisage toutefois de se doter à nouveau d’une composante aéroportée.
Un SNLE de la classe Dreadnought affiche un déplacement de 17 000 tonnes, pour une longueur de 153,6 mètres. Il est propulsé par un réacteur nucléaire Rolls-Royce PWR3. Il dispose aussi de quatre tubes lance-torpilles de 533 mm, pour les torpilles lourdes Spearfish. Douze tubes lance-missiles pourraient enfin mettre en œuvre le missile balistique Trident II D5, fourni par l’américain Lockheed Martin.
Un coût déjà estimé à plus de 31 milliards de livres
Selon la Chambre des communes, le programme Dreadnought devrait coûter au moins 31 milliards de livres sterling sur toute sa durée. Ce chiffre comprend l’inflation, mais exclut l’armement. Une réserve supplémentaire de 10 milliards de livres a par ailleurs été constituée. En mars 2024, 17,4 milliards avaient déjà été dépensés pour les seules phases de conception.
À cette époque, le premier SNLE de la série, le HMS Dreadnought, s’apprêtait à être mis sur cale. La construction du HMS Valiant était alors en cours, et la quille du HMS Warspite venait d’être posée.
8,4 milliards de livres pour la 4e phase du programme
Ce 30 juillet, le Premier ministre britannique Andy Burnham a annoncé une nouvelle enveloppe. Cette annonce s’inscrit dans le DIP élaboré sous l’égide de Keir Starmer, son prédécesseur. Elle s’élève à 8,4 milliards de livres sterling, soit environ 9,8 milliards d’euros. Cette somme doit financer la 4e phase du programme. Celle-ci prévoit le début des essais à la mer du HMS Dreadnought. Sa livraison à la Royal Navy est prévue au début des années 2030.
Selon les services de M. Burnham, ce nouvel investissement doit aussi permettre au deuxième SNLE, le HMS Valiant, d’effectuer des essais en mer. Les SNLE trois et quatre pourront, de leur côté, progresser dans leurs phases de construction.
« Les sous-marins protégeront la Grande-Bretagne pendant des décennies »
Andy Burnham a justifié cet investissement par la responsabilité première de tout gouvernement : assurer la sécurité du pays. Selon lui, cette sécurité ne se limite pas à ce qui est construit. Elle concerne aussi ceux qui le construisent et ceux qui en bénéficient. Il a ainsi souligné que les sous-marins produits au chantier naval de Barrow protégeraient la Grande-Bretagne pendant des décennies. Les 47 000 emplois créés changeraient, selon lui, des vies dans cette ville et dans des dizaines d’autres villes similaires.
« Essentiels à la sécurité du Royaume-Uni », selon Wes Streeting
Le secrétaire britannique à la Défense, Wes Streeting, a de son côté pris la parole. Selon lui, les « sous-marins nucléaires sont essentiels à la sécurité du Royaume-Uni ». Selon lui, ils constituent aussi l’ultime moyen de dissuasion face aux adversaires du pays. Le monde actuel serait, selon lui, de plus en plus dangereux.
Une chaîne d'approvisionnement qui dépend aussi de fournisseurs étrangers
Sur les 8,4 milliards de livres sterling annoncés, 5,9 milliards reviendront à BAE Systems. Le reste ira à la chaîne d’approvisionnement, qui repose sur environ 1 500 fournisseurs. Tous ne sont pas britanniques.
La Chambre des communes avait d’ailleurs souligné une zone d’ombre à ce sujet. Selon elle, la part de la valeur globale du programme reposant sur des fournisseurs étrangers reste inconnue. Elle a notamment relevé que BAE Systems avait commandé une partie de l’acier à haute résistance nécessaire aux sous-marins. Ce fournisseur est français. Cela soulève, selon elle, une question. Faudrait-il davantage promouvoir l’industrie sidérurgique britannique au sein des programmes du ministère de la Défense ?
Ce qu'il faut retenir
- Le Royaume-Uni consacre 63,6 milliards de livres (environ 74 milliards d’euros) sur quatre ans à sa dissuasion nucléaire. Les sous-marins nucléaires en reçoivent 47 milliards.
- Le programme Dreadnought, confié à BAE Systems, doit remplacer les quatre SNLE de la classe Vanguard. Son coût est déjà estimé à plus de 31 milliards de livres.
- Andy Burnham a annoncé, le 30 juillet, une nouvelle enveloppe de 8,4 milliards de livres. Elle finance la 4e phase du programme.
- Cette enveloppe doit permettre les premiers essais en mer du HMS Dreadnought, ainsi que du HMS Valiant.
- La chaîne d’approvisionnement compte 1 500 fournisseurs. Une partie n’est pas britannique, dont un fournisseur français d’acier à haute résistance.














