Le 1er juin 2025, le service de renseignement ukrainien (SBU) est parvenu à endommager et détruire plusieurs bombardiers stratégiques russes. Cette opération, baptisée « Toile d’araignée », reposait sur des essaims de drones FPV (à pilotage immersif). Ces derniers avaient été mis en œuvre depuis des camions, positionnés au plus près de leurs cibles. Elle a démontré une possibilité inquiétante. Des emprises militaires sensibles pourraient être visées, sans recourir à des moyens sophistiqués, donc coûteux.
Plusieurs bases otaniennes survolées par des drones
Par la suite, plusieurs sites militaires importants, appartenant à des pays membres de l’Otan, ont été survolés par des mini-drones. Ce fut le cas de la base aérienne de Volkel, aux Pays-Bas. Cette base abrite un dépôt de bombes nucléaires tactiques américaines, de type B61. La base navale de l’Île-Longue a connu le même sort. Elle abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la Force océanique stratégique (FOST) .
Une protection encore « perfectible », selon le général Bellanger
Malgré les moyens déjà déployés pour la lutte antidrone, la protection des bases aériennes laisse encore à désirer. Les systèmes MILAD (Moyens mobiles de Lutte Anti-Drones) en font partie. BASSALT et PARADE (Programme de protection déployAble modulaiRe Anti-DronEs) s’y ajoutent. Les dispositifs de brouillage mis en œuvre par les hélicoptères Fennec en font aussi partie. C’est ce qu’a confié le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace (CEMAAE), le général Jérôme Bellanger.
Lors d’une audition parlementaire, en octobre dernier, il avait évoqué un exercice révélateur. Le système avait été récemment stressé. Un scénario d’attaque saturante avait visé l’une des bases aériennes, et le résultat s’était révélé perfectible. Selon lui, « nous devons clairement accélérer sur tout le spectre ». Cela vaudrait de la détection à la neutralisation, qu’elle soit cinétique ou électromagnétique.
Repérer les télépilotes, une piste explorée
Les drones susceptibles de représenter une menace ont un rayon d’action limité. L’une des solutions pour s’en prémunir pourrait donc consister à repérer leurs télépilotes. Ces derniers pourraient ainsi être localisés, dans les environs d’une emprise militaire.
Le CDAOA plaide pour la fouille des véhicules suspects
Le général Marc Le Bouil commande la défense aérienne et les opérations aériennes (CDAOA). Il a formulé une autre proposition à ce sujet. Selon lui, la fouille des véhicules suspectés de transporter des drones devrait être autorisée, aux abords d’un site sensible.
Une expérimentation menée à Saint-Dizier
Pour contrer une menace, encore faut-il pouvoir la détecter à temps. D’où l’expérimentation récemment menée sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier, pièce essentielle de la dissuasion nucléaire. Cette base abrite en effet les Rafale des Forces aériennes stratégiques (FAS).
Un concept déjà éprouvé en Afghanistan et au Sahel
À première vue, le concept testé n’a rien d’une nouveauté. Il repose sur l’utilisation d’un ballon, ou aérostat, captif, doté d’un système optronique. De tels moyens ont déjà été mis en œuvre par le passé. Ils ont notamment servi à assurer la surveillance des approches. Les bases opérationnelles avancées tactiques (BOAT) de l’armée de Terre étaient concernées, en Afghanistan et au Sahel.
Des contraintes aériennes spécifiques à Saint-Dizier
Dans le cas d’une base comme celle de Saint-Dizier, le recours à un ballon captif reste toutefois plus compliqué. Plusieurs paramètres doivent en effet être pris en considération, à commencer par la circulation aérienne.
Le ballon testé pendant cinq jours par l’armée de l’Air & de l’Espace (AAE) affiche des dimensions précises. Il mesure 12 mètres de long, pour 7 mètres de large. Il a dû évoluer à 200 mètres de hauteur. Cette altitude a été calculée en tenant compte des contraintes liées aux activités des Rafale. Les obstacles présents au sol ont aussi été pris en considération.
Détecter drones, personnes et véhicules suspects
Ce ballon captif est doté d’une suite de capteurs, dont une caméra EO/IR (électro-optique/infrarouge), ainsi que d’algorithmes d’intelligence artificielle. Il est censé permettre de détecter, d’identifier et de caractériser plusieurs types de menaces. Les drones susceptibles de constituer une menace pour les installations militaires en font partie. Les personnes ou véhicules susceptibles de s’en approcher, ou de tenter d’y pénétrer, sont aussi concernés.
« Transmettre en temps réel » les informations, selon l'AAE
Ce ballon dispose d’une autonomie lui permettant de rester plusieurs jours en altitude. Cette capacité permet ainsi une action clé. Elle permet de « transmettre en temps réel les informations recueillies à l’escadron de protection de la base », a précisé l’AAE. Sa réactivité, comme son efficacité, s’en trouveraient renforcées. À noter que la Marine nationale avait mené une expérimentation similaire, en 2025.
Une généralisation encore à confirmer
Reste maintenant à voir si ces ballons captifs se généraliseront sur les bases aériennes. À l’issue de cette phase d’essais, les résultats feront l’objet d’analyses approfondies. Si les conclusions se révèlent positives, ce type de dispositif pourrait à terme y contribuer. Le renforcement des capacités de protection et de défense des emprises militaires en ferait partie. Le domaine de la lutte antidrone serait notamment concerné, a conclu l’AAE.
Ce qu'il faut retenir
- L’armée de l’Air & de l’Espace a testé pendant cinq jours, à Saint-Dizier, un ballon captif. Ce dispositif est équipé de capteurs pour détecter les drones menaçants.
- Ce dispositif, déjà utilisé en Afghanistan et au Sahel, doit aussi permettre de repérer les personnes et véhicules suspects. Ils s’approcheraient ainsi des bases sensibles.
- Cette expérimentation intervient après plusieurs survols de bases otaniennes par des drones. Volkel et l’Île-Longue, abritant des armes nucléaires, en font partie.
- Le chef d’état-major de l’armée de l’Air a reconnu une faiblesse. La protection actuelle contre les essaims de drones resterait perfectible, appelant à accélérer les efforts.
- Une généralisation de ce dispositif à d’autres bases aériennes dépendra des résultats des analyses menées après cette phase d’essais.
Questions fréquentes
Pourquoi l'armée de l'Air teste-t-elle des ballons captifs contre les drones ?
Face à la menace croissante des essaims de drones, l’armée de l’Air cherche des solutions de détection précoce. Cette recherche fait écho à l’opération ukrainienne « Toile d’araignée ». Plusieurs survols de bases otaniennes ont aussi motivé cette démarche, complémentaire aux systèmes antidrones existants.
Comment fonctionne le ballon captif testé à Saint-Dizier ?
Ce ballon de 12 mètres de long évolue à 200 mètres d’altitude. Une caméra électro-optique et infrarouge l’équipe, ainsi que des algorithmes d’intelligence artificielle. Il est capable de détecter drones, personnes et véhicules suspects, et de transmettre ces informations en temps réel.
Quelles bases militaires ont déjà été survolées par des drones suspects ?
La base aérienne néerlandaise de Volkel abrite des bombes nucléaires américaines B61. La base navale française de l’Île-Longue a aussi été survolée par des mini-drones. Elle héberge les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.
Ce dispositif de ballon captif va-t-il équiper toutes les bases aériennes françaises ?
Rien n’est encore décidé. L’armée de l’Air doit d’abord analyser en profondeur les résultats de cette phase d’essais. Une éventuelle généralisation à d’autres emprises militaires pourrait ensuite être envisagée.










