Lors d’une audition parlementaire, en octobre 2024, le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace a pris la parole. Le général Jérôme Bellanger a confirmé un projet important. Des avions de transport A400M « Atlas » allaient être affectés en permanence dans les outre-mer. Cette décision intervenait malgré les réserves exprimées par son prédécesseur, au sujet du maintien en condition opérationnelle (MCO).
Le général Bellanger annonçait un détachement permanent dès 2024
Cette affectation devait permettre de compléter les capacités des CASA CN-235. Elle devait aussi permettre de gagner en réactivité, et d’assurer la continuité de l’État en cas de situation exceptionnelle. Le général Bellanger avait détaillé sa démarche. L’ambition était d’abord de renforcer la présence outre-mer, par des passages plus réguliers et de plus en plus longs d’A400M. Ces passages seraient coordonnés avec les commandements supérieurs des forces de souveraineté (COMSUP). L’objectif final restait d’aboutir à « un détachement permanent ».
Des capacités de transport jugées trop limitées
Plusieurs rapports parlementaires avaient déjà souligné les capacités trop limitées des forces de souveraineté, en matière de transport aérien. Celles-ci ne reposent en effet plus que sur des CN-235. Des hélicoptères de manœuvre Puma complètent ce dispositif, depuis le retrait des derniers Transall C-160.
L’un de ces rapports, publié en octobre 2022, avait dressé un constat sévère. Sans avion de transport à long rayon d’action, la situation resterait préoccupante. Doté d’une capacité d’emport significative, un tel appareil manquerait cruellement. La capacité de projection de force resterait donc fragile. Il restait certes possible de solliciter des A400M, mais un préavis de quarante-huit heures était alors nécessaire. Ce délai s’avérait « trop long en cas de crise impliquant une réaction rapide ».
La version initiale de la LPM promettait une couverture permanente
La version initiale de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-30 avait tenu compte de ces observations. Cela concernait notamment les Forces armées dans la zone sud de l’océan Indien (FAZSOI). Le texte assurait alors un point important. Les forces de souveraineté bénéficieraient d’un effort généralisé sur le plan capacitaire, pour décourager toute tentative de déstabilisation. Les capacités d’intervention terrestres durcies profiteraient, à l’horizon 2030, de « la couverture permanente d’A400M dans l’océan Indien ».
L'A400M à La Réunion disparaît de la LPM actualisée
La LPM 2024-30 actualisée vient d’être promulguée. Elle n’évoque toutefois plus l’idée d’affecter un A400M à La Réunion. Elle réaffirme néanmoins la priorité accordée à la protection des outre-mer. Cette priorité répond aux risques sécuritaires accrus, et aux menaces hybrides de déstabilisation. Le texte prévoit un renforcement des moyens régaliens permanents. Il prévoit aussi la poursuite de la modernisation des capacités adaptées à chaque territoire. L’objectif reste de « garantir l’intégrité de leurs espaces terrestres, aériens et maritimes ».
Le Pacifique privilégié plutôt que l'océan Indien
A priori, le ministère des Armées a finalement estimé qu’un A400M serait aussi utile dans la région du Pacifique. Il pourrait même s’y avérer plus utile que dans celle de l’océan Indien.
Des déploiements successifs dans le Pacifique
Le général Bellanger l’avait déjà expliqué. L’armée de l’Air & de l’Espace a envoyé un A400M dans la zone du Pacifique, à plusieurs reprises ces derniers mois. Un premier déploiement a eu lieu en Nouvelle-Calédonie, en février. Une participation à l’exercice Marara 26 a suivi, en juin. Une mission d’une semaine en Polynésie française s’est enfin tenue, au début du mois d’août.
« La montée en puissance des capacités de projection française »
Ces déploiements successifs illustrent un phénomène plus large. Selon l’armée de l’Air & de l’Espace, ils traduisent « la montée en puissance des capacités de projection française dans le Pacifique ». Cette dynamique renforcerait aussi le rapprochement entre les Forces armées en Polynésie française et celles de Nouvelle-Calédonie. Ce rapprochement s’inscrit dans la mise en place du Commandement pour le Pacifique. L’armée de l’Air & de l’Espace l’a précisé le 19 août. Un A400M serait ainsi affecté en permanence dans la région du Pacifique, à l’horizon 2030.
Une réactivité renforcée entre Tahiti et Nouméa
Le Commandement pour le Pacifique (CPP), créé officiellement en janvier dernier, a justifié cette décision via le réseau social LinkedIn. L’A400M peut relier Tahiti à Nouméa en seulement six heures, contre douze heures pour un CN-235. Cet avantage renforcerait considérablement la réactivité des forces françaises, face aux crises ou aux urgences.
Un atout pour l'interopérabilité et l'aide humanitaire
Cet aéronef moderniserait aussi l’articulation entre les Forces armées en Polynésie française et celles de Nouvelle-Calédonie. Il faciliterait également l’interopérabilité avec les alliés, l’A400M pouvant relier Tahiti à Hawaï sans ravitaillement.
Le CPP a enfin souligné deux atouts supplémentaires. Cet appareil peut se poser sur des pistes courtes. Il peut aussi « emporter jusqu’à 35 tonnes soit 2 véhicules blindés ou 116 parachutistes ». Il constituerait ainsi un atout majeur, pour porter secours rapidement aux populations isolées.
Des infrastructures modernisées à Faa'a
Le CPP a par ailleurs apporté une précision. Les infrastructures du Groupement aéronautique militaire de Faa’a font actuellement l’objet d’un vaste chantier de modernisation. Ce chantier est réalisé progressivement par le 25e Régiment du Génie de l’Air. Il s’agit de renforcer les capacités d’accueil. L’objectif est de pouvoir mettre en œuvre des aéronefs aux caractéristiques variées, comme l’A400M, l’A330 MRTT ou le Rafale.
Ce qu'il faut retenir
- L’armée de l’Air & de l’Espace prévoit d’affecter un A400M en permanence dans le Pacifique, à l’horizon 2030.
- Ce choix intervient alors que la promesse initiale d’un A400M permanent dans l’océan Indien a disparu. Elle ne figure plus dans la LPM 2024-30 actualisée.
- L’A400M relie Tahiti à Nouméa en six heures, contre douze heures pour un CN-235. Il peut aussi voler jusqu’à Hawaï sans ravitaillement.
- Cet appareil peut transporter jusqu’à 35 tonnes, soit deux véhicules blindés ou 116 parachutistes. Il peut aussi se poser sur des pistes courtes.
- Les infrastructures du Groupement aéronautique militaire de Faa’a sont en cours de modernisation, pour accueillir ce type d’appareil.









