L’armée de l’Air & de l’Espace réclame un missile air-sol aérobalistique

Le général Bellanger cite l'exemple des frappes israéliennes contre l'Iran pour défendre ce projet, écarté par la LPM actualisée.
Missile aerobalistique

Dans les années 1960, l’état-major de l’armée de l’Air envisageait de remplacer le Mirage IV. Ce dernier venait pourtant de prendre l’alerte nucléaire. Le bombardier stratégique supersonique Bréguet Br.1180 était alors pressenti, pour emporter le missile aérobalistique Matra 600. L’objectif était d’anticiper les progrès en matière de défense aérienne et de guerre électronique.

Un projet abandonné dans les années 1960

Le Br.1180 disposait de deux moteurs Bristol BS593/3. Son autonomie devait dépasser 4 000 km. L’appareil affichait une masse de 60 tonnes, pour une longueur de 33 mètres. Il devait aussi pouvoir être ravitaillé en vol.

Le Matra 600, de son côté, était propulsé par un turboréacteur. Sa portée maximale attendue avoisinait 2 000 km. Ce projet fut finalement abandonné rapidement. Outre les aspects budgétaires, le recours à des moteurs étrangers pour le Br.1180 allait à l’encontre de l’indépendance nationale.

L'idée refait surface, plus de soixante ans après

Plus de soixante ans après, une idée a refait surface. Il s’agit de doter l’armée de l’Air & de l’Espace (AAE) d’un missile aérobalistique. Lors des débats sur le projet de loi de finances 2026, son chef d’état-major (CEMAAE) a défendu cette capacité. Il s’agit du général Jérôme Bellanger. Selon lui, elle reste indispensable pour détruire les défenses aériennes ennemies. Elle viendrait ainsi compléter le missile antiradar STRATUS RS (ou RJ-10), en cours de développement chez MBDA.

Selon le général, les missiles aérobalistiques sont beaucoup plus difficiles à détecter, tout en étant plus rapides. Ils disposent aussi de capacités de manœuvre en courte finale. Cela leur permettrait de déjouer un éventuel tir adverse destiné à les intercepter. Le CEMAAE avait détaillé ces arguments devant les députés, en octobre dernier.

Un projet écarté par la LPM actualisée

Le projet de loi portant actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 a toutefois écarté cette idée. La priorité revient plutôt à un programme de missile balistique sol-sol. Sa portée atteindrait 2 500 km, au profit de l’armée de Terre.

« Un sujet qui me tient à cœur »

Le général Bellanger n’a pas pour autant renoncé. « L’aérobalistique est un sujet qui me tient à cœur », a-t-il affirmé. Cette déclaration date d’une audition au Sénat, en mai dernier. Le compte rendu de cette audition a été publié la semaine dernière. Selon lui, l’efficacité de cette capacité n’est plus à démontrer.

L'exemple israélien cité en référence

Le CEMAAE a ensuite rappelé un exemple récent. Selon lui, à l’automne 2024, les forces israéliennes ont ouvert un véritable passage vers l’Iran. Elles se sont appuyées sur des actions de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD). En juin 2025, elles auraient pu déployer tout leur arsenal de missiles aérobalistiques. Cela va du Black Sparrow au Blue Sparrow, jusqu’au Silver Sparrow, avec des portées de 800 à 1 500 kilomètres. Cela leur aurait permis de frapper l’Iran, tout en restant au-dessus de la Syrie.

Selon le général, l’aérobalistique devient d’autant plus intéressante que la portée s’allonge. Une fois emportés par un avion de chasse, ces missiles peuvent approcher 4 000 km.

Des réserves sur le futur missile de l'armée de Terre

Le général Bellanger se montre par ailleurs réservé sur le futur missile balistique de l’armée de Terre. Selon lui, un missile sol-sol de 2 500 kilomètres, lancé depuis un porteur terrestre, offre peu de mobilité. Un missile aérobalistique, embarqué sur un navire ou un avion, multiplierait au contraire les possibilités d’emploi.

Un souhait pour l'avenir : un « triptyque » de la frappe dans la profondeur

Le CEMAAE espère que ces travaux serviront aussi à autre chose. Selon lui, ils pourraient aider au développement du missile aérobalistique, qu’il juge nécessaire. Il souhaite enfin que la réflexion porte sur l’ensemble du triptyque de la frappe dans la profondeur. Selon lui, le missile aérobalistique ne suffit pas à lui seul. Les capacités de ciblage, ainsi que le commandement et le contrôle de l’opération engagée, entrent aussi en jeu.

Ce qu'il faut retenir

  • Le général Jérôme Bellanger, CEMAAE, plaide pour l’acquisition d’un missile air-sol aérobalistique par l’armée de l’Air & de l’Espace.
  • La LPM actualisée a toutefois écarté ce projet. Elle privilégie un missile balistique sol-sol de 2 500 km pour l’armée de Terre.
  • Le général cite l’exemple des frappes israéliennes contre l’Iran en 2024-2025, menées avec des missiles aérobalistiques de type Sparrow.
  • Il juge le missile aérobalistique plus mobile qu’un missile sol-sol terrestre. Cela vaut surtout s’il est embarqué sur un navire ou un avion.
  • Un projet similaire avait déjà été envisagé dans les années 1960. Il associait le bombardier Bréguet Br.1180 au missile Matra 600, avant d’être abandonné.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un missile aérobalistique ?

C’est un missile air-sol tiré depuis un avion, difficile à détecter et rapide. Selon le général Jérôme Bellanger, il peut manœuvrer en phase finale pour échapper à une interception.
Selon son chef d’état-major, il permettrait de détruire les défenses aériennes ennemies. Il compléterait le missile antiradar STRATUS RS de MBDA, avec une portée pouvant approcher 4 000 km depuis un avion de chasse.
Non. La LPM actualisée a écarté le missile aérobalistique. Elle privilégie un programme de missile balistique sol-sol de 2 500 km, destiné à l’armée de Terre.
Oui, dans les années 1960, avec le bombardier Bréguet Br.1180 et le missile Matra 600. Ce projet a été abandonné, notamment car il reposait sur des moteurs étrangers.

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