Pour la première fois, des avions de chasse français ont neutralisé une cible aérienne dans le cadre de la mission Baltic Air Policing de l’Otan. Le 8 juin, deux Rafale de l’armée de l’Air & de l’Espace ont abattu un drone étranger au-dessus de la région lettone de Latgale.
Un drone abattu au-dessus de la Lettonie
Le ministère letton de la Défense a annoncé, le 8 juin, que des avions de chasse de la mission de police aérienne de l’Otan avaient abattu un drone étranger dans l’espace aérien letton, au-dessus de la région de Latgale. L’appareil y avait pénétré « à la suite d’une guerre électromagnétique russe », selon le communiqué du ministère.
La ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze, a précisé ultérieurement que la neutralisation avait été assurée par des Rafale de l’armée de l’Air & de l’Espace (AAE). « Merci à nos alliés français d’avoir abattu le drone qui a pénétré dans l’espace aérien letton ! », a-t-elle déclaré sur le réseau social X.
L’État-major des armées (EMA) a de son côté confirmé la « destruction d’un drone » par deux Rafale au-dessus « d’une zone inhabitée » en Lettonie. Pour l’EMA, cette action, dont il n’a pas communiqué les détails, constitue une « démonstration de l’engagement des armées françaises pour contribuer à la sécurité du flanc est de l’Europe ».
Il s’agit de la première fois qu’un avion français abat une cible aérienne potentiellement dangereuse au titre de la mission Baltic Air Policing.
La Baltic Air Policing, dispositif Otan aux pays baltes
La protection de l’espace aérien des pays baltes est assurée par l’Otan via la mission Baltic Air Policing. Ce dispositif repose actuellement sur 14 avions de combat : quatre Rafale de l’AAE et six F-16 roumains basés à Šiauliai (Lituanie), ainsi que quatre F-16 portugais basés à Amari (Estonie).
Les alertes y sont coordonnées depuis le Centre d’opérations aériennes combinées (CAOC, Combined Air Operations Centre) d’Uedem, en Allemagne. C’est à la suite d’une alerte de ce centre qu’avait été engagé, le 19 mai, le premier abattage de drone dans le cadre de cette mission.
Le précédent du 19 mai au-dessus de l'Estonie
Ce jour-là, deux F-16 du détachement « Vipères des Carpates » des Forțele Aeriene Române (forces aériennes roumaines) avaient neutralisé un drone d’attaque présumé ukrainien au-dessus de l’Estonie, un acte inédit jusqu’alors.
« Les pilotes ont détecté et identifié la cible, puis ont appliqué toutes les procédures d’identification, d’autorisation d’engagement et de minimisation des risques avant de lancer un missile air-air qui a abattu le drone », avait expliqué le ministère roumain de la Défense.
Trois semaines plus tard, c’est donc un Rafale français qui a conduit la même action, cette fois au-dessus du territoire letton.
Des drones ukrainiens égarés, un contexte de brouillage intense
Ces incidents s’inscrivent dans un contexte plus large. Des drones d’attaque ukrainiens égarés au-dessus des pays baltes, du fait du brouillage électronique russe, sont signalés de façon récurrente dans la région. Certains ont provoqué des dommages à des infrastructures. Le mois dernier, la localité lettone de Rēzekne, située à une quarantaine de kilomètres de la frontière russe, avait ainsi été touchée par l’un de ces appareils, déclenchant une crise politique qui s’est soldée par la démission de la cheffe du gouvernement letton, Evika Siliņa.
Un détachement français en activité soutenue
L’activité du détachement chasse (DETCHASSE) français basé en Lituanie s’est par ailleurs intensifiée ces derniers jours. Lors du point de presse hebdomadaire du ministère des Armées, le porte-parole de l’EMA, le colonel Guillaume Vernet, a indiqué qu’entre le 28 mai et le 4 juin, le détachement avait « conduit de multiples interceptions d’aéronefs militaires russes évoluant sans plan de vol ni contact radio ». Parmi eux : quatre chasseurs Su-30 armés, un avion de transport IL-18, un AN-12, un IL-76, un Su-35, un Su-24, un Su-34 ainsi qu’un appareil de renseignement AN-30.
Ce qu'il faut retenir
- Le 8 juin, deux Rafale de l’AAE ont abattu un drone étranger présumé ukrainien au-dessus de la région lettone de Latgale, une première pour l’aviation française dans le cadre de la Baltic Air Policing.
- Le drone avait pénétré dans l’espace aérien letton à la suite d’une guerre électronique russe, selon le ministère letton de la Défense.
- La destruction a été confirmée par l’EMA, qui n’en a pas divulgué les détails opérationnels.
- Un premier abattage similaire avait été effectué le 19 mai par des F-16 roumains au-dessus de l’Estonie.
- Le DETCHASSE français a par ailleurs conduit de multiples interceptions d’aéronefs militaires russes entre le 28 mai et le 4 juin.
- Le brouillage électronique russe est présenté par les autorités lettones comme la cause des intrusions répétées de drones dans l’espace aérien baltique.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la mission Baltic Air Policing ?
La Baltic Air Policing est une mission de l’Otan chargée de protéger l’espace aérien de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie, pays qui ne disposent pas de leur propre aviation de chasse. Elle mobilise actuellement 14 avions de combat fournis par plusieurs nations alliées, coordonnés depuis le CAOC d’Uedem.
Pourquoi des drones ukrainiens se retrouvent-ils dans l'espace aérien des pays baltes ?
Selon les autorités lettones et le contexte rapporté par les sources citées, le brouillage électronique russe perturbe les systèmes de guidage des drones d’attaque ukrainiens, qui dévient alors de leur trajectoire prévue et pénètrent involontairement dans des espaces aériens étrangers.
Quels types d'aéronefs russes les Rafale français ont-ils interceptés récemment ?
Entre le 28 mai et le 4 juin, le détachement français a intercepté, selon le porte-parole de l’EMA, des Su-30, Su-35, Su-24, Su-34, ainsi que des appareils de transport (IL-18, AN-12, IL-76) et un avion de renseignement AN-30, tous évoluant sans plan de vol ni contact radio.














