L’Invincible : le premier SNLE de 3ᵉ génération entre en construction à Cherbourg

Naval Group construit à Cherbourg le SNLE L'Invincible, nommé lors du discours d'Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire avancée.
L’Invincible SNLE 3ème génération

Naval Group a engagé, à Cherbourg, la construction du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins de troisième génération (SNLE 3G). Baptisé L’Invincible, ce bâtiment doit remplacer, à partir de la fin 2037, les sous-marins de la classe Le Triomphant. Ces derniers portent aujourd’hui la composante océanique de la dissuasion nucléaire française.

Un programme lancé en 2021, en construction depuis 2024

Depuis la première patrouille du Redoutable, en 1972, la France maintient en permanence un SNLE à la mer. Cette présence garantit une capacité de frappe en second, c’est-à-dire la possibilité de riposter même après une attaque majeure.

Le programme SNLE 3G a démarré en février 2021, avec un premier contrat couvrant les études de conception, les approvisionnements à long terme et l’adaptation des installations industrielles. Naval Group a procédé à la découpe de la première tôle le 20 mars 2024, à Cherbourg. Le groupe a ensuite annoncé, en novembre 2025, le lancement de la réalisation industrielle complète. L’Invincible sera le premier de quatre SNLE 3G.

Un bâtiment plus grand que la classe Le Triomphant

L’Invincible mesurera entre 147 et 150 mètres, contre 138 mètres pour la classe Le Triomphant qu’il remplace. Il déplacera environ 15 000 tonnes en plongée. Selon la Direction générale de l’armement (DGA), un tel bâtiment intègre près de 100 000 pièces et des centaines de kilomètres de câbles.

Le programme mobilise 400 entreprises et 3 000 emplois directs, répartis entre Cherbourg, Brest, Nantes-Indret et Biscarrosse. Naval Group construit la coque ; TechnicAtome conçoit les réacteurs embarqués ; ArianeGroup développe les missiles.

Un nom dévoilé dans un discours sur la dissuasion « avancée »

Le 2 mars 2026, Emmanuel Macron a prononcé un discours sur l’arme nucléaire. La cérémonie s’est tenue à la base de l’Île Longue, en rade de Brest. Ce discours répondait aux doutes de plusieurs capitales européennes sur la solidité de la protection nucléaire américaine. Ces doutes se sont accrus depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Quatre décisions figuraient dans ce discours. La France augmentera son nombre de têtes nucléaires, tout en restant sous la barre des « 300 ». La taille exacte de l’arsenal devient toutefois désormais classifiée. Paris publiait jusqu’alors son chiffre précis, 290 ogives. Le pays propose aussi la « dissuasion avancée » à plusieurs partenaires européens. Le futur SNLE 3G s’appellera par ailleurs L’Invincible. Enfin, la France renonce au principe de « stricte suffisance », présent dans le discours présidentiel depuis 2001.

Une dissuasion partagée, mais une décision qui reste française

Cette dissuasion avancée repose sur deux mécanismes. Le premier est un soutien de forces conventionnelles alliées aux opérations nucléaires françaises (ravitaillement, défense aérienne, renseignement). Le second est le déploiement ponctuel, hors du territoire national, de Rafale des forces aériennes stratégiques.

Sur la décision elle-même, Emmanuel Macron a toutefois posé une limite claire. « Il n’y aura aucun partage de la décision ultime », a-t-il déclaré. Aucun pays partenaire n’a de droit de regard sur l’ordre de feu. Celui-ci reste au seul chef de l’État français.

Un cercle de partenaires élargi à neuf pays

Huit pays ont d’abord été associés à cette approche :

  • l’Allemagne ;
  • la Belgique ;
  • le Danemark ;
  • la Grèce ;
  • les Pays-Bas ;
  • la Pologne ;
  • le Royaume-Uni ;
  • la Suède.

Paris et Berlin ont ainsi annoncé, dès le jour du discours, un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a confirmé l’existence de discussions avec Paris. La présidence polonaise a toutefois exprimé des doutes. Elle continue de privilégier l’adhésion au dispositif américain de nuclear sharing. La Suède et le Danemark ont, de leur côté, confirmé leur participation sans réserve publique.

La Norvège et le Royaume-Uni, deux partenaires déjà engagés

Le 27 mai 2026, la Norvège est devenue le neuvième partenaire, en signant à Paris l’Accord de Narvik. Ce texte comporte une clause de défense mutuelle, une première dans les relations bilatérales entre les deux pays. Oslo participera à la détection avancée des missiles et à la défense aérienne. Le pays maintient toutefois sa règle historique interdisant toute arme nucléaire sur son sol en temps de paix.

Le Royaume-Uni avait, pour sa part, déjà élargi son partenariat nucléaire avec la France. Cet élargissement s’est fait via la Déclaration de Northwood, signée en juillet 2025.

Plusieurs chercheurs ont commenté cette initiative. Selon Austin Long, du Massachusetts Institute of Technology, elle met à jour la dimension européenne des intérêts vitaux français. Elle ne se substitue pas, selon lui, à la dissuasion américaine. Ankit Panda, du Carnegie Endowment, la rapproche du soutien conventionnel aux opérations nucléaires déjà pratiqué par l’Otan. Mujtaba Rahman, du cabinet Eurasia Group, y voit une police d’assurance secondaire, plutôt qu’un remplacement de la garantie américaine.

Le missile M51 aussi en pleine évolution

Le 24 octobre 2025, la ministre des Armées Catherine Vautrin a signé la mise en service opérationnel du missile M51.3. Ce dernier a pris place à bord du Téméraire. Cette nouvelle version gagne en précision et en capacité à traverser les défenses antimissiles adverses. Le M51 avait été mis en service en 2010, avec Le Terrible, en remplacement du M45.

Le 28 août 2025, la DGA a notifié à ArianeGroup le développement du M51.4. Cette quatrième version doit équiper les SNLE 3G à l’horizon 2035.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Invincible, premier SNLE 3G, est en construction à Cherbourg depuis mars 2024 ; il doit remplacer la classe Le Triomphant à partir de fin 2037.
  • Le programme, lancé en 2021, mobilise 400 entreprises et 3 000 emplois directs, entre Cherbourg, Brest, Nantes-Indret et Biscarrosse.
  • Le nom du sous-marin a été dévoilé le 2 mars 2026, dans un discours d’Emmanuel Macron proposant une « dissuasion avancée » à des partenaires européens.
  • La France garde la décision nucléaire exclusivement nationale : aucun partenaire n’a de droit de regard sur l’ordre de feu.
  • Neuf pays sont désormais associés à cette approche, dont la Norvège depuis l’Accord de Narvik (mai 2026) et le Royaume-Uni depuis la Déclaration de Northwood (juillet 2025).
  • Le missile M51 poursuit son évolution, avec le M51.3 opérationnel depuis octobre 2025 et le M51.4 déjà commandé pour les futurs SNLE 3G.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le SNLE 3G L'Invincible ?

C’est le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins de troisième génération de la Marine nationale. Il est en construction à Cherbourg depuis mars 2024. Il doit remplacer la classe Le Triomphant à partir de fin 2037.

C’est une approche proposée par la France à plusieurs partenaires européens. Elle repose sur un soutien conventionnel allié aux opérations nucléaires françaises. La décision de recourir à l’arme nucléaire reste toutefois exclusivement française.

L’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la Grèce, les Pays-Bas, la Pologne, le Royaume-Uni et la Suède y participent. La Norvège les a rejoints en mai 2026.

Sa mise en service est prévue vers 2035-2036. Il remplacera alors les sous-marins de la classe Le Triomphant, retirés à partir de fin 2037.

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