Madrid va ainsi continuer de s’appuyer sur les capacités spatiales françaises, jusqu’en 2033. Le Conseil des ministres espagnol a validé une enveloppe de 62 millions d’euros. Cette somme doit activer la période optionnelle de l’accord entre les ministères de la Défense espagnol et français. Cet accord porte sur le programme CSO (Composante Spatiale Optique).
90 millions d'euros sur la période 2027-2033
Cette enveloppe couvre les droits de programmation d’images, ainsi que l’entretien du segment sol espagnol. Elle finance aussi la participation continue de Madrid à la mission CSO. Au total, ce montant atteint 90 millions d’euros, sur la période 2027-2033.
Ce chiffre reste modeste, au regard du coût global du programme. Celui-ci est en effet estimé à plus de 1,3 milliard d’euros, pour la France et ses partenaires.
De Helios à CSO, trois décennies d'alliance franco-espagnole
Cette prolongation ne surgit pas de nulle part. L’armée de l’Air et de l’Espace espagnole s’appuie en effet sur les satellites français depuis 1995. Elle a d’abord utilisé Helios I, puis Helios II à partir de 2004.
Lorsque Helios II a atteint sa fin de vie, la constellation CSO a pris le relais. Trois satellites ont ainsi été lancés, en 2018, 2020 et 2025. Un accord signé avec la Direction générale de l’armement (DGA) encadre cette coopération. Grâce à lui, Madrid récupère 2,5 % du temps de programmation de ces satellites. Cette part suffit à alimenter ses besoins en renseignement militaire et en surveillance stratégique.
Un système réparti sur trois satellites
Le système CSO répartit les tâches entre ses trois satellites. Deux d’entre eux, positionnés à 800 kilomètres d’altitude, assurent la reconnaissance à grande échelle. Le troisième, plus proche de la Terre, affine quant à lui les détails nécessaires à l’identification.
Leur équipement infrarouge capte les signatures thermiques, de jour comme de nuit. Cela permet de repérer une activité industrielle, humaine ou militaire, même dans l’obscurité. Couplé au système de géolocalisation européen Galileo, CSO atteint une précision suffisante pour appuyer les besoins de ciblage des armées.
Trois phases, jusqu'en 2033
L’accord distingue trois phases. Une période anticipée de 14 mois a d’abord eu lieu. Une période initiale de cinq ans a ensuite suivi, jusqu’en 2027. Le gouvernement espagnol vient désormais d’activer une nouvelle période optionnelle de cinq années.
Sans cette décision, l’Espagne aurait perdu l’accès aux images CSO dès 2027.
Une autonomie spatiale espagnole encore lointaine
Cette prolongation intervient pourtant à un moment où l’Espagne cherche à réduire sa dépendance aux capacités étrangères. Le pays vient de rejoindre le plus vaste programme spatial de l’Otan dédié à la surveillance par satellite. Il a aussi acquis, l’an dernier, des droits d’images auprès de l’américaine Vantor (ex-Maxar), pour ses propres systèmes de ciblage. Hisdesat, de son côté, travaille sur PAZ II, la relève du satellite espagnol PAZ.
Rien de tout cela ne remplace, pour l’instant, la constellation CSO. Ses images à très haute résolution restent un savoir-faire que l’Espagne ne maîtrise pas encore seule. Miser sur la France jusqu’en 2033 revient donc moins à renoncer à toute autonomie qu’à gagner du temps. Ce temps doit permettre à Madrid de faire mûrir ses propres capacités, sans jamais perdre son accès à l’espace.
Ce qu'il faut retenir
- L’Espagne a validé une enveloppe de 62 millions d’euros, pour prolonger jusqu’en 2033 son accès aux satellites CSO français.
- Au total, l’accord représente 90 millions d’euros sur 2027-2033, sur un programme CSO estimé à plus de 1,3 milliard d’euros.
- Madrid s’appuie sur les satellites français depuis Helios I (1995), puis Helios II (2004) et désormais la constellation CSO.
- Grâce à un accord avec la DGA, l’Espagne récupère 2,5 % du temps de programmation des trois satellites CSO.
- Sans cette prolongation, l’Espagne aurait perdu l’accès aux images CSO dès 2027.
- Madrid développe en parallèle d’autres capacités spatiales, via l’Otan, Vantor et PAZ II. Elle ne peut toutefois pas encore se passer de la constellation française.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le programme CSO ?
CSO signifie Composante Spatiale Optique. C’est la constellation de trois satellites d’observation français, qui a pris le relais des satellites Helios à partir de 2018.
Combien l'Espagne va-t-elle payer pour accéder aux satellites CSO ?
Quelle part des satellites CSO l'Espagne utilise-t-elle ?
L'Espagne développe-t-elle ses propres capacités spatiales ?
Oui. Le pays a rejoint un programme spatial de l’Otan, et a acquis des droits d’images auprès de l’américaine Vantor. Il prépare aussi le satellite PAZ II avec Hisdesat. Ces capacités ne remplacent toutefois pas encore la constellation CSO.














