En 1971, Moscou a trouvé un accord avec Damas. Il visait à établir un point d’appui matériel et technique, au port de Tartous. Cet accord devait garantir aux forces navales russes un accès aux mers chaudes. Cet accès resterait ouvert même en cas de fermeture des détroits du Bosphore et des Dardanelles, par la Turquie, membre de l’Otan.
Un accord vieux de plus de cinquante ans
Cet accord n’a pas été remis en cause après l’implosion de l’Union soviétique, vingt ans plus tard. Mieux : en 2016, le point d’appui de Tartous est devenu une base navale à part entière. Cette évolution a suivi une décision du Kremlin. Moscou a choisi de soutenir militairement le régime de Bachar el-Assad, alors confronté à une insurrection armée et à des groupes jihadistes, dont l’État islamique (EI, ou Daesh).
Deux bases au service de la Russie et de Wagner
Toujours dans le cadre de cette intervention militaire, la Russie a pris possession de la base aérienne de Hmeimim. Ce site se situe à 50 kilomètres au nord de Tartous.
Ces deux bases n’étaient toutefois pas uniquement dédiées aux opérations en Syrie. Elles ont aussi servi de point d’appui logistique au groupe paramilitaire Wagner. Ce dernier est engagé en Afrique, notamment au Sahel et en Libye. Elles ont par ailleurs permis aux forces navales russes de maintenir une présence permanente en Méditerranée. Cette présence s’est maintenue même après le début de la guerre en Ukraine, et la fermeture des détroits turcs.
La chute d'Assad a changé la donne
L’effondrement du régime de Bachar el-Assad a toutefois modifié les termes de l’équation. Ahmed el-Charaa a pris le pouvoir, à l’issue d’une offensive. Elle avait été menée par l’organisation jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), et par des groupes rebelles appuyés par la Turquie.
Depuis, la Russie a cherché à conserver ses deux bases militaires en Méditerranée orientale. Elle a donc négocié avec le nouveau pouvoir syrien, qui s’est montré coopératif. Les deux visites de M. el-Charaa à Moscou, depuis décembre 2024, en témoignent.
Un accord trouvé le 9 août
Un accord a finalement été trouvé, le 9 août. Selon Damas, les installations civiles adjacentes à ces deux bases passeront sous contrôle syrien. Cela concerne notamment l’aéroport de Lattaquié, lié aux activités de Hmeimim. Ce transfert devrait intervenir dans un délai n’excédant pas trois mois.
Les infrastructures militaires devront, elles, être transformées en centres conjoints de formation. Cette transformation s’inscrirait « dans le cadre de nouveaux arrangements préservant les intérêts mutuels ». Ces intérêts mutuels n’ont toutefois pas été précisés.
« Une phase différente » dans les relations syro-russes
L’agence de presse syrienne Sana a salué cette avancée. Selon elle, il s’agit de l’étape la plus importante franchie depuis le début des négociations. Ces discussions avaient débuté il y a environ 18 mois. Cet accord « ouvre la porte à une phase différente dans les relations syro-russes », a-t-elle ajouté. Pour le moment, Moscou n’a fait aucun commentaire.
La Russie conserve un ancrage au Moyen-Orient
Avec ce compromis, la Russie conserve un ancrage au Moyen-Orient. Cette issue n’était pas garantie après le changement de régime.
Reste à voir ce qu’il adviendra de Bachar el-Assad. Réfugié à Moscou, il fait l’objet d’une demande d’extradition de la part des autorités syriennes. Ces dernières pourraient ainsi structurer leurs forces armées avec un appui russe.
Ce qu'il faut retenir
- La Russie et la Syrie ont trouvé un accord, le 9 août. Il porte sur l’avenir des bases russes de Tartous et de Hmeimim.
- Les installations civiles adjacentes à ces bases passeront sous contrôle syrien, dans un délai de trois mois maximum.
- Les infrastructures militaires seront transformées en centres conjoints de formation, selon des modalités encore floues.
- Cet accord fait suite à la chute du régime de Bachar el-Assad, et à l’arrivée au pouvoir d’Ahmed el-Charaa.
- La Russie conserve ainsi un point d’appui stratégique au Moyen-Orient, malgré le changement de régime en Syrie.
Questions fréquentes
Pourquoi la Russie possède-t-elle des bases militaires en Syrie ?
La Russie dispose d’un point d’appui à Tartous depuis 1971. Il est devenu base navale en 2016, après son soutien militaire au régime de Bachar el-Assad. Elle a aussi pris possession de la base aérienne de Hmeimim durant cette même période.
Qu'est-ce qui a changé après la chute de Bachar el-Assad ?
Que prévoit l'accord du 9 août 2026 ?
Les installations civiles adjacentes aux bases de Tartous et de Hmeimim passeront sous contrôle syrien sous trois mois. Les infrastructures militaires seront transformées en centres conjoints de formation, selon des modalités encore à préciser.










