Selon son vice-ministre de la Défense, la Pologne ne veut pas d’armes nucléaires sur son territoire

Le concept français de « dissuasion avancée », qui envisageait des déploiements d'avions nucléaires en Pologne, se heurte à un refus clair du pays.
B61 Bombe nucléaire Pologne

En février, le président polonais, Karol Nawrocki, issu des rangs du PiS (Droit et Justice), avait pris position. Il s’était présenté comme un « fervent partisan de l’adhésion de la Pologne à un projet nucléaire », dans le respect des règles internationales. Il avait alors évoqué la position de la Pologne, à la frontière d’un conflit armé. Il pointait aussi l’attitude jugée agressive de la Russie envers son pays.

Une position déjà défendue par Andrzej Duda

Ce propos n’était pas surprenant. Il s’inscrivait dans la continuité de ceux tenus à plusieurs reprises par son prédécesseur, Andrzej Duda, également membre du PiS.

« Le sujet est ouvert », selon Duda en 2022

En octobre 2022, M. Duda avait déjà abordé ce sujet. La Pologne ne disposait pas d’armes nucléaires, avait-il rappelé, et rien n’indiquait qu’elle en aurait dans un avenir proche. Il avait toutefois estimé qu’« il y a toujours une opportunité potentielle de participer au programme de partage nucléaire ». Varsovie avait alors demandé aux responsables américains si cette possibilité était envisagée.

En clair, il s’agissait pour M. Duda d’obtenir un objectif précis des États-Unis. Il visait l’installation d’un dépôt de bombes nucléaires tactiques B61 sur le sol polonais, dans le cadre des plans nucléaires de l’Otan.

« Dans l'intérêt de la sécurité de la Pologne », selon un diplomate

Un diplomate polonais avait alors livré une confidence à l’agence Bloomberg. Cette option resterait, selon lui, « dans l’intérêt de la sécurité de la Pologne, de la région et de toute l’Europe ».

Pour rappel, le partage nucléaire de l’Otan repose sur le principe dit de la « double clef ». Quatre des cinq pays abritant actuellement des B-61 sont chargés de fournir les chasseurs-bombardiers susceptibles de les mettre en œuvre. Leur contrôle, c’est-à-dire leur code d’armement, relève toutefois exclusivement des États-Unis.

Duda réaffirme sa volonté deux ans plus tard

Deux ans plus tard, M. Duda a confirmé cette volonté. Une hypothèse était alors évoquée. Si les alliés de la Pologne décidaient de déployer des armes nucléaires sur son territoire, pour renforcer la sécurité du flanc oriental de l’Otan, « nous sommes prêts à le faire », avait-il insisté. Il avait alors souligné un constat inquiétant. La Russie militariserait de plus en plus l’enclave de Kaliningrad. Elle transférerait aussi certaines de ses armes nucléaires vers la Biélorussie.

Des désaccords au sein de l'exécutif polonais

Le PiS a toutefois perdu la majorité, à l’issue des élections législatives d’octobre 2023. M. Duda a dû composer avec un gouvernement de cohabitation, emmené par le pro-UE Donald Tusk. Il en va de même pour M. Nawrocki, élu en mai 2025. Des désaccords existeraient ainsi au sein de l’exécutif polonais, sur cette question.

Macron évoque des déploiements possibles à Gdansk

Lors d’un sommet tenu à Gdansk en avril dernier, M. Tusk a discuté avec le président français, Emmanuel Macron. Les deux dirigeants ont évoqué le concept de « dissuasion avancée ». Ce concept avait été détaillé par le président français, lors d’un discours à l’Île-Longue, un mois plus tôt.

Des travaux devaient permettre d’avancer sur ce sujet, d’ici l’été. Le président français l’a indiqué, lors d’une conférence de presse donnée aux côtés du Premier ministre polonais. Plusieurs options figuraient parmi les pistes à l’étude. L’échange d’informations et des exercices conjoints en faisaient partie. « Il peut y avoir des déploiements » d’avions français porteurs de l’arme nucléaire en Pologne, avait-il aussi précisé.

« La Pologne ne souhaite pas avoir d'ogives nucléaires »

Varsovie vient toutefois de poser une limite à ce concept de dissuasion avancée. Un éventuel projet d’installation d’un dépôt de B-61 sur son sol semble ainsi écarté.

Pawel Zalewski, le vice-ministre polonais de la Défense, a réagi ce 27 août. Il répondait alors à une question de la presse, sur ce sujet précis. Selon lui, « la Pologne ne souhaite pas avoir d’ogives nucléaires sur son territoire ». Le pays souhaiterait toutefois participer à la dissuasion nucléaire de l’Otan. Cela ne signifierait pas disposer de telles ogives sur son propre sol, a-t-il précisé.

Une présence militaire américaine conventionnelle recherchée

La Pologne souhaiterait en revanche accroître la présence militaire américaine conventionnelle sur son sol. Cette demande s’inscrit dans le cadre de la revue de la posture des forces américaines, actuellement menée par le Pentagone. Le pays pourrait d’ailleurs obtenir satisfaction sur ce point, le président Trump ayant déjà évoqué cette possibilité en mai dernier.

Selon M. Zalewski, la décision de Donald Trump s’inscrirait dans le concept « Otan 3.0 » du Pentagone. Les Européens resteraient ainsi responsables de leur défense conventionnelle. Les États-Unis conserveraient toutefois un rôle important, pour soutenir les forces armées européennes.

Ce qu'il faut retenir

  • Le vice-ministre polonais de la Défense a affirmé, le 27 août, un refus clair. La Pologne ne souhaiterait pas d’ogives nucléaires sur son territoire.
  • Cette position met un coup d’arrêt à un projet ancien. Il était porté depuis plusieurs années par les présidents Duda puis Nawrocki, tous deux issus du PiS.
  • La Pologne souhaite malgré tout participer à la dissuasion nucléaire de l’Otan, sans pour autant accueillir physiquement des armes nucléaires.
  • Le concept de « dissuasion avancée » est porté par Emmanuel Macron. Il avait ouvert la possibilité de déploiements d’avions nucléaires français en Pologne.
  • Varsovie privilégie désormais un renforcement de la présence militaire américaine conventionnelle, dans le cadre de la revue de posture du Pentagone.

Questions fréquentes

Pourquoi la Pologne refuse-t-elle d'accueillir des armes nucléaires sur son sol ?

Selon le vice-ministre de la Défense Pawel Zalewski, la Pologne souhaite participer à la dissuasion nucléaire de l’Otan. Cela n’implique pas d’héberger physiquement des ogives nucléaires sur son territoire. Cette position met ainsi fin à un projet porté par les précédents présidents polonais.

Ce principe signifie que les pays hôtes fournissent les chasseurs-bombardiers capables de mettre en œuvre les bombes B-61. Leur contrôle, notamment leur code d’armement, reste toutefois exclusivement entre les mains des États-Unis.

Détaillé lors d’un discours à l’Île-Longue, ce concept envisage notamment l’échange d’informations et des exercices conjoints. D’éventuels déploiements d’avions français porteurs de l’arme nucléaire, dans des pays partenaires comme la Pologne, en feraient aussi partie.

La Pologne cherche plutôt à renforcer la présence militaire américaine conventionnelle, sur son territoire. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la revue de posture des forces américaines, menée par le Pentagone.

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