Guerre en Ukraine : un dispositif aérien inédit de renseignement électronique déployé près de Kaliningrad

AWACS, ravitailleurs, chasseurs F-35A : le détail d'un dispositif inhabituel par son ampleur, près de cette enclave stratégique pour Moscou.
Guerre en Ukraine Kaliningrad

Ces dernières années, des pays membres de l’Otan envoient régulièrement des aéronefs dédiés au renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) patrouiller près de la Russie. Cette pratique s’est intensifiée notamment depuis le début de la guerre en Ukraine. Ces missions se déroulent en mer Baltique, en mer Noire et en mer de Norvège. Elles peuvent parfois donner lieu à des interactions musclées avec les forces aérospatiales russes.

Une opération inhabituelle près de Kaliningrad

Les dernières opérations menées par l’Otan aux abords de l’enclave russe de Kaliningrad ont eu lieu les 18 et 20 août. Elles se sont distinguées par leur ampleur. Les moyens mobilisés pour l’occasion sont restés eux aussi inhabituels.

Kaliningrad, un territoire fortement militarisé

Coincé entre la Pologne et la Lituanie, Kaliningrad reste un territoire fortement militarisé. Les forces russes y ont déployé des missiles Iskander, à capacité nucléaire, ainsi que des systèmes de défense aérienne S400. De puissants moyens de guerre électronique, comme le dispositif Tobol, y sont aussi présents.

Avec les navires de la flotte de la Baltique, la Russie reste en mesure d’agir. Elle peut activer des capacités de déni d’accès et d’interdiction de zone (A2/AD), dans la région. Elle pourrait même bloquer le corridor de Suwalki, coupant ainsi les pays baltes de leurs alliés de l’Otan.

missiles Iskander
Missiles Iskander

La Baltique, un « lac otanien » stratégique pour Moscou

La Suède et la Finlande ont fini par rejoindre l’Otan. La mer Baltique est ainsi devenue un « lac otanien ». Cette expression avait été utilisée par l’amiral Nicolas Vaujour, lorsqu’il était encore chef d’état-major de la Marine nationale.

Cette région reste pourtant cruciale pour l’économie russe. Entre 30 et 35 % de ses échanges commerciaux y transitent, ainsi que 80 % de ses exportations d’hydrocarbures. D’où l’intérêt de Moscou à disposer d’une bulle A2/AD à Kaliningrad.

Un dispositif aérien impressionnant le 18 août

Selon les données du trafic aérien compilées par le site Itamilradar, le dispositif déployé aux abords de Kaliningrad reposait sur plusieurs appareils, le 18 août. Un avion de détection et de commandement aéroportés E-3A Sentry de l’Otan y participait. Un CL-600 « ARTEMIS » de l’US Army, ainsi qu’un E-37B Compass Call de l’US Air Force, complétaient ce dispositif.

Quatre avions ravitailleurs soutenaient ces appareils. Il s’agissait d’un KC-767 italien, d’un KC-135R américain et de deux A330 MRTT de la flotte multinationale MRTT de l’Otan. Des chasseurs F-35A assuraient, eux, la protection de ce dispositif. Ces appareils appartenaient à l’US Air Force et à la force aérienne royale norvégienne. Des forces terrestres polonaises étaient également de la partie.

Une première pour le duo CL-650 Artemis et E-37B Compass Call

La présence simultanée d’un CL-650 Artemis et d’un E-37B Compass Call reste ainsi a priori inédite. D’où le caractère inhabituel de cette opération, décrite comme un « exercice ».

Le premier avion est équipé de nombreux capteurs. Il lui permettent de localiser, d’intercepter et d’analyser les émissions électromagnétiques. Le second, récemment entré en service au sein de l’US Air Force, remplit la même fonction. Il y remplace l’EC-130H Compass Call. Il dispose en plus de la capacité de brouiller les signaux détectés. Il s’agissait de sa première apparition près de Kaliningrad.

CL-650 Artemis
CL-650 Artemis
E-37B Compass Call

Un second déploiement le 20 août

Deux jours plus tard, un dispositif similaire a ainsi de nouveau été déployé dans la même zone. Trois KC-135R supplémentaires y ont participé, aux côtés d’un avion de patrouille maritime allemand P-8A Poseidon.

Un silence otanien inhabituel

Pour le moment, l’Otan s’est retranchée derrière les impératifs de sécurité opérationnelle. Elle n’a que très peu communiqué sur ces vols au-dessus de la Baltique. Cela s’explique sans doute par le fait que ce n’était pas elle qui était à la manœuvre.

« Une alliance défensive », selon le colonel O'Donnell

Le colonel Martin O’Donnell, porte-parole du SHAPE, a livré un commentaire limité à la presse polonaise. Le SHAPE désigne le Grand quartier général des puissances alliées en Europe. Selon lui, « l’Otan est une alliance défensive ». Il a ajouté que les alliés amélioraient constamment leurs capacités de défense.

Selon lui, l’exercice du 18 août dans la région de la mer Baltique illustrerait bien cette approche. Il impliquait des avions de chasse américains et norvégiens, ainsi que des forces terrestres polonaises. Un AWACS de l’Otan y participait aussi, sous la supervision des États-Unis.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Otan a déployé, les 18 et 20 août, un dispositif aérien inhabituel. Il visait le renseignement électronique, près de l’enclave russe de Kaliningrad.
  • Pour la première fois, un CL-650 Artemis américain et un E-37B Compass Call ont opéré simultanément dans cette zone.
  • Ce dispositif s’appuyait sur des avions AWACS, des ravitailleurs A330 MRTT et KC-135R, ainsi que des chasseurs F-35A.
  • La mer Baltique est devenue un « lac otanien », depuis l’adhésion de la Suède et de la Finlande. Elle reste stratégique pour l’économie russe.
  • L’Otan est restée discrète sur ces opérations, se limitant à un commentaire général sur sa nature défensive.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le renseignement d'origine électromagnétique (ROEM) ?

C’est une forme de renseignement, consistant à localiser, intercepter et analyser les émissions électromagnétiques d’un adversaire. Des avions spécialisés y sont dédiés, comme le CL-650 Artemis ou le E-37B Compass Call.
Cette enclave russe reste fortement militarisée, avec des missiles Iskander et des systèmes de défense aérienne S400. Elle permet à la Russie de menacer le corridor de Suwalki, qui relie les pays baltes au reste de l’Otan.
Le dispositif comprenait un AWACS E-3A Sentry, un CL-600 Artemis et un E-37B Compass Call. Plusieurs avions ravitailleurs (KC-767, KC-135R, A330 MRTT) y participaient aussi, aux côtés de chasseurs F-35A et d’un P-8A Poseidon allemand.
L’organisation invoque des impératifs de sécurité opérationnelle. Ce silence pourrait aussi s’expliquer par le fait que ces opérations n’étaient pas directement pilotées par l’Otan elle-même.

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