En septembre 2025, l’Iran venait d’être visé par l’opération israélienne « Rising Lion ». Des bombardiers stratégiques américains B-2 Spirit avaient aussi mené un raid contre le pays. Dans ce contexte, l’Arabie saoudite a signé un accord de défense mutuelle avec le Pakistan. Ce dernier reste le seul pays du monde musulman doté d’un arsenal nucléaire.
Des garanties de sécurité au-delà du Pacte du Quincy
Le royaume saoudien semblait vouloir d’autres garanties de sécurité. Celles apportées par les États-Unis, au titre du Pacte du Quincy, ne suffisaient visiblement plus. Ce texte avait été signé le 14 février 1945. Riyad les a ainsi trouvées, en se plaçant sous la protection du parapluie nucléaire pakistanais. Le royaume avait d’ailleurs en partie financé ce programme.
Ali Shihabi, un analyste proche du pouvoir saoudien, avait été sollicité par l’AFP à l’époque. Selon lui, « le nucléaire fait partie intégrante de cet accord ». Il avait rappelé un souvenir tenace côté pakistanais. Le Pakistan se souvenait du financement saoudien de son programme nucléaire. Il se souvenait aussi du soutien de Riyad, lorsque Islamabad était sous sanctions.
L'arsenal nucléaire pakistanais
Le Pakistan est devenu une puissance nucléaire dotée en 1998. Il disposerait aujourd’hui d’environ 170 ogives, selon les estimations disponibles. Son arsenal s’appuierait sur des missiles sol-sol de moyenne portée. On peut citer l’Ababeel (2 200 km), et le Shaheen-III (2 700 km).
Il s’appuierait aussi sur une composante aéroportée. Elle compte deux escadrons de JF-17 Thunder, ainsi qu’un escadron de F-16. Ces appareils sont capables de mettre en œuvre le missile de croisière Ra’ad (350 km de portée). Islamabad développerait enfin le missile mer-sol Babur III (450 km de portée). Il serait destiné à ses sous-marins de la classe Hangor, de conception chinoise.
La Turquie rejoint l'alliance
Cette alliance vient ainsi d’accueillir un troisième membre : la Turquie. Le 7 août, trois dirigeants ont scellé un pacte de défense mutuelle. Il s’agit du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, et du président turc Recep Tayyip Erdoğan. La cérémonie s’est tenue lors du sommet de Makkah Al-Mukarramah (La Mecque).
Un symbole envoyé au monde musulman
Le choix de cette ville pour signer l’accord peut être perçu comme un message d’unité, adressé au monde musulman. Ce rapprochement entre Riyad et Ankara aurait pourtant semblé impensable il n’y a pas si longtemps. Leurs relations restaient en effet tendues, en raison de plusieurs différends. On peut citer l’affaire Khashoggi, ainsi que la mise au ban du Qatar par les monarchies du golfe Persique, un pays proche allié de la Turquie. L’opposition entre la doctrine wahhabite et celle des Frères musulmans jouait aussi un rôle.
Un rapprochement amorcé en 2023
La détente entre les deux pays s’est toutefois amorcée en juillet 2023. L’Arabie saoudite avait alors passé une importante commande de drones de conception turque. Ce rapprochement avait été favorisé par le relatif effacement des États-Unis au Moyen-Orient, durant le mandat du président Biden. La guerre en Ukraine y aurait aussi contribué.
Une note de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), publiée à l’époque, décrivait cette situation. L’Arabie saoudite avait fait preuve de prudence, sans se ranger fermement derrière l’une ou l’autre partie au conflit ukrainien. La Turquie, elle, se retrouvait dans une position plus délicate : soutenir l’Ukraine, sans s’opposer frontalement à la Russie. La FRS jugeait cette situation « intenable sur le long terme ». Elle accroîtrait, selon cette note, la nécessité pour Ankara de se rapprocher de ses voisins moyen-orientaux, dont Riyad.
Une dissuasion collective face à toute agression
Le communiqué conjoint, publié par les trois pays signataires, précise l’objectif de l’accord de la Mecque. Il vise « à renforcer la dissuasion collective face à tout acte d’agression ». Il stipule qu’une attaque armée contre l’un des trois États serait considérée comme une attaque contre les trois. Le texte prévoit aussi un renforcement de la coopération en matière de défense, dans l’ensemble des domaines concernés.
Le communiqué ne précise pas si ce pacte tient compte de l’arsenal nucléaire pakistanais. A priori, rien n’indiquerait que ce soit le cas. La Turquie reste en effet déjà couverte par la force de frappe de l’Otan.
Ce qu'il faut retenir
- L’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont scellé un accord de défense mutuelle inédit. La signature a eu lieu le 7 août, à La Mecque.
- Cet accord élargit un premier pacte signé en septembre 2025 entre Riyad et Islamabad, incluant une dimension nucléaire.
- Le rapprochement entre l’Arabie saoudite et la Turquie s’est amorcé en 2023, après des années de relations tendues.
- L’accord stipule qu’une attaque contre l’un des trois pays sera considérée comme une attaque contre les trois.
- Rien n’indique que ce pacte inclue l’arsenal nucléaire pakistanais, la Turquie étant déjà couverte par l’Otan.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'accord de la Mecque ?
Pourquoi l'Arabie saoudite s'est-elle rapprochée du Pakistan ?
Pourquoi le rapprochement entre l'Arabie saoudite et la Turquie était-il surprenant ?
Cet accord concerne-t-il l'arsenal nucléaire pakistanais ?
Le communiqué conjoint ne le précise pas. Rien n’indique que ce soit le cas, la Turquie bénéficiant déjà de la couverture nucléaire de l’Otan.












