Guerre en Ukraine : Chypre tourne le dos à ses blindés russes et mise sur un trio franco-israélien

Sanctions obligent, Chypre peine à entretenir ses chars T-80 et BMP-3, et se tourne désormais vers la France et Israël : Jaguar et Merkava.
Chypre EBRC Jaguar

Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Garde nationale chypriote (Ethnikí Frourá) peine à entretenir ses blindés russes. Les sanctions européennes contre Moscou bloquent en effet l’accès aux pièces détachées. Deux piliers de l’arsenal terrestre de l’île sont concernés : les chars T-80 et les véhicules de combat d’infanterie BMP-3.

Des blindés russes de plus en plus difficiles à entretenir

Nicosie doit donc trouver rapidement des solutions de remplacement. C’est vers la France que le pays tourne aujourd’hui l’essentiel de ses regards. Chypre envisage même une transformation en profondeur de son armée de terre.

Le Jaguar, un blindé de reconnaissance et de combat

Selon Phileleftheros, le ministère de la Défense chypriote étudierait ainsi l’acquisition de l’EBRC Jaguar. Cet engin blindé de reconnaissance et de combat est conçu par trois industriels. KNDS France, Arquus et Thales le développent, dans le cadre du programme SCORPION.

Ce véhicule 6×6 de 25 tonnes embarque un canon de 40 mm télescopé, ainsi que des missiles antichars Akeron MP. Une mitrailleuse téléopérée de 7,62 mm complète son armement. Il affiche une autonomie de 800 kilomètres, et roule jusqu’à 90 km/h sur route. Ses capteurs avancés lui permettent aussi de détecter et de partager des cibles, bien avant d’ouvrir le feu. Des systèmes de protection active y sont associés. Chypre ne possède pas encore cette capacité.

Engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar
Engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar

Un complément, pas un remplacement, aux AMX-30B2

Contrairement à une idée reçue, le Jaguar ne remplacerait pas les chars vieillissants de l’île. Il s’ajouterait plutôt à la cinquantaine d’AMX-30B2 encore en service. Il occuperait ainsi un rôle intermédiaire, entre la reconnaissance et l’engagement direct.

La France elle-même ne dispose pour l’instant que d’environ 128 exemplaires du Jaguar. Trente nouvelles livraisons sont prévues d’ici la fin de l’année. La Belgique, le Luxembourg et l’Irlande en ont, eux, déjà commandé.

Des Griffon et Serval en négociation

Le Jaguar ne serait ainsi qu’une pièce d’un puzzle bien plus vaste. Nicosie négocie aussi l’achat d’une centaine de véhicules blindés multirôles Griffon et Serval, toujours auprès de KNDS France. Ce montant serait financé en grande partie grâce à un prêt préférentiel. Il s’élèverait à 1,8 milliard d’euros, accordé par la Commission européenne via le mécanisme SAFE.

La Garde nationale envisage par ailleurs de moderniser une partie de sa flotte de VAB. Elle en avait réceptionné près de 150 exemplaires, entre 1985 et 1988.

70 % de composants communs entre Griffon et Jaguar

L’intérêt de cette approche ne tient d’ailleurs pas seulement au nombre de véhicules. Le Griffon et le Jaguar partagent environ 70 % de leurs composants. Cette proximité limite les coûts de maintenance. Elle simplifie aussi la logistique, un enjeu central pour une armée de la taille de celle de Chypre.

Ces programmes lourds ne devraient toutefois pas se concrétiser avant 2028. La demande mondiale en équipements militaires reste en effet particulièrement forte.

Le Merkava israélien, pièce manquante pour les chars

Reste la question du char de bataille, un segment que ni le Jaguar ni le Griffon ne peuvent couvrir. Chypre avait envisagé de récupérer des Leopard 1A5 grecs, une option censée libérer les T-80 chypriotes au profit de l’Ukraine. Après inspection, la Garde nationale a toutefois jugé ces chars trop vétustes, même comme solution transitoire.

Char Merkava
Char Merkava

Des négociations ralenties depuis le 7 octobre

Nicosie mise donc ainsi désormais sur le Merkava israélien, en version Mk3 ou Mk4. Les discussions, entamées dès 2023, ont marqué le pas après les attaques du 7 octobre. Israël avait alors besoin de préserver ses propres réserves, pour ses forces.

La pression diplomatique chypriote semble ainsi toutefois porter ses fruits. Le gouvernement israélien resterait néanmoins divisé, sur l’opportunité de céder un nombre significatif de ces chars. Leur achat serait de toute façon financé séparément, sur le budget propre du ministère chypriote de la Défense.

Vers une flotte cohérente et largement française

Si ces différents dossiers aboutissent, la Garde nationale chypriote passerait d’une flotte hétéroclite à une architecture cohérente et largement française. Cette flotte hétéroclite reste aujourd’hui marquée par des décennies d’achats dispersés.

Le pari reste autant capacitaire que financier. Le mécanisme SAFE permettrait à Chypre d’engager une modernisation ambitieuse. Le pays n’aurait sans doute pas pu l’assumer seul, sur son seul budget national.

Une position de fournisseur de référence pour la France

Pour la France, cette perspective conforterait ainsi sa place de fournisseur de référence en Méditerranée orientale. Cela se déroulerait dans un contexte où la concurrence internationale sur les blindés reste vive.

Reste à voir si Israël acceptera de compléter le dispositif avec ses Merkava. Il s’agirait de la dernière pièce manquante d’un puzzle, que Nicosie assemble méthodiquement depuis plusieurs années.

Ce qu'il faut retenir

  • Chypre étudie l’acquisition de blindés Jaguar de KNDS France, pour compléter sa flotte de chars vieillissants d’origine soviétique.
  • Le pays négocie aussi une centaine de véhicules Griffon et Serval, financés en grande partie via le mécanisme européen SAFE.
  • Le Griffon et le Jaguar partagent 70 % de leurs composants. Cet atout logistique reste important pour une armée de petite taille.
  • Pour ses chars de bataille, Chypre mise désormais sur le Merkava israélien. Elle a écarté des Leopard 1A5 grecs, jugés trop vétustes.
  • Ces négociations avec Israël restent ralenties depuis les attaques du 7 octobre. Israël a en effet dû préserver ses propres réserves.

Questions fréquentes

Pourquoi Chypre cherche-t-elle à remplacer ses blindés russes ?

Les sanctions européennes contre la Russie bloquent l’accès aux pièces détachées. Cela concerne les chars T-80 et les véhicules BMP-3 chypriotes. Leur entretien devient ainsi de plus en plus difficile, depuis le début de la guerre en Ukraine.
Non, il viendrait compléter la cinquantaine d’AMX-30B2 encore en service. Il occuperait un rôle intermédiaire, entre la reconnaissance et l’engagement direct.
Ce projet s’appuierait en grande partie sur un prêt préférentiel de 1,8 milliard d’euros. Il serait accordé par la Commission européenne, via le mécanisme SAFE (Action de sécurité pour l’Europe).

Depuis les attaques du 7 octobre, Israël a besoin de préserver ses propres réserves de chars pour ses forces. Cela a ralenti les discussions entamées dès 2023. La pression diplomatique chypriote semblerait toutefois porter ses fruits.

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