En juin, la France, l’Allemagne et l’Espagne ont annoncé la fin du programme SCAF (Système de combat aérien du futur). Airbus Defence & Space a ensuite pris la tête d’un consortium baptisé Team Gen 6. Ce consortium doit développer un avion de combat de nouvelle génération, de conception allemande. Une grande inconnue demeure toutefois : quelle sera sa motorisation ?
Safran, désigné maître d'œuvre du moteur du NGF
Cette question ne se posait pas pour le SCAF. Le français Safran Aircraft Engines avait en effet été désigné pour développer le moteur du New Generation Fighter (NGF). Dassault Aviation et Airbus devaient concevoir cet avion, avec l’allemand MTU comme partenaire principal. Pour satisfaire le Bundestag, les deux industriels avaient créé une coentreprise de droit allemand, EUMET.
Cette désignation de Safran Aircraft Engines ne pouvait guère être contestée. L’entreprise s’appuie en effet sur son expérience avec le M-88 du Rafale. Elle a aussi mené des études pour la Direction générale de l’armement (DGA). Ces travaux relevaient des programmes Turenne 1, Turenne 2 et ADAMANT.
Le M88 T-REX, un moteur plus puissant pour le Rafale F5
Safran Aircraft Engines travaille par ailleurs sur le réacteur M88 T-REX. Ce moteur est destiné au Rafale porté au standard F5, qui aura besoin de plus de puissance.
Emmanuel Chiva était alors délégué général pour l’armement. Selon lui, l’objectif du T-REX est de faire passer la poussée de 7,5 à 9,5 tonnes. Il s’agit, selon lui, de conserver le niveau de performance du Rafale dans ses configurations les plus lourdes. Aucun compromis ne serait fait sur son rayon d’action. Il a qualifié ce projet de défi technique, lors d’une audition parlementaire.
Un démonstrateur français « pour tester les compromis »
La France devrait lancer son propre programme d’avion de combat de nouvelle génération. Elle pourrait le faire seule, ou dans le cadre d’une nouvelle coopération. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, préconise pour cela le développement rapide d’un démonstrateur. Selon lui, cet outil doit permettre de tester les compromis techniques, avant de figer le système opérationnel.
Un premier vol pourrait avoir lieu en 2031-2032, avec des moteurs M-88, voire des M-88 T-REX. La semaine passée, Éric Trappier a insisté sur l’urgence de décider rapidement. Selon lui, la France doit se lancer maintenant. L’objectif est de ne pas subir les développements américains, et de préserver ses compétences industrielles.
« Nous allons prioriser la feuille de route française », selon Safran
Un projet français d’avion de combat de nouvelle génération ne pourra toutefois se faire qu’avec l’appui de Safran Aircraft Engines. Le 28 juillet, Olivier Andriès, PDG du groupe Safran, a pris la parole. Il a prévenu qu’il ne serait pas possible de mener deux projets en parallèle.
Selon des propos rapportés par l’AFP, Safran n’aurait les ressources que pour développer un seul moteur d’avion de combat. L’entreprise entend donc prioriser la feuille de route française.
Selon lui, la question de savoir si les spécifications françaises et allemandes resteront identiques demeure ouverte. Il a toutefois précisé que Safran n’aurait pas les ressources d’ingénierie nécessaires pour développer deux moteurs différents. Il a aussi indiqué que les financements liés au SCAF s’arrêteraient en septembre.
« Le moteur nous donne notre indépendance et notre souveraineté »
Éric Trappier avait sans doute déjà répondu à la question d’Olivier Andriès sur les intentions allemandes. Lors d’une audition sénatoriale sur l’avenir de l’aviation de combat, le 1er juillet, il avait détaillé les enjeux du T-Rex. Selon lui, ce moteur ouvre la voie vers une motorisation poussant à 9 tonnes. L’objectif final resterait un moteur encore plus puissant, pour un futur avion de combat de sixième génération.
Il a rappelé qu’un projet de très gros avion de combat avait été envisagé par certains partenaires. Selon lui, un tel appareil aurait exigé un moteur bien plus puissant, même équipé de deux réacteurs. Cela plaçait, selon lui, la barre technique encore plus haut pour Safran. Il a conclu en soulignant l’enjeu de fond. « Le moteur est donc fondamental : c’est ce qui nous donne notre indépendance et notre souveraineté », a-t-il déclaré.
Ce qu'il faut retenir
- Après la fin du SCAF, l’Allemagne pilote désormais son propre projet d’avion de combat (Team Gen 6), sans motorisation définie.
- Safran Aircraft Engines développe le réacteur M88 T-REX, destiné au Rafale F5. Sa poussée passerait de 7,5 à 9,5 tonnes.
- Éric Trappier plaide pour un démonstrateur français dès que possible, avec un premier vol envisagé en 2031-2032.
- Olivier Andriès, PDG de Safran, a annoncé que le groupe ne pourra développer qu’un seul moteur de combat. Il priorisera donc la feuille de route française.
- Les financements liés au SCAF doivent s’arrêter en septembre.














