L’Allemagne semble vouloir faire cavalier seul dans le spatial militaire. Elle y met aussi les moyens, avec 35 milliards d’euros d’investissements prévus avant 2030. Il reste donc difficile de nouer des coopérations dans ce domaine, en Europe. Le Royaume-Uni peine aussi à suivre, malgré les intentions qu’il affiche. Une nouvelle stratégie nationale, élargie au secteur civil, en témoigne encore récemment.
France-Italie, un partenariat resté timide
Difficile ne veut toutefois pas dire impossible. Ces dernières années, la France et l’Italie ont mené conjointement plusieurs programmes. Ces derniers se sont concrétisés par la mise en orbite des satellites de télécommunications Athena-Fidus et Sicral-2.
En 2021, les deux pays avaient signé le traité du Quirinal. Ils s’étaient alors mis d’accord pour aller plus loin, en intensifiant les échanges d’informations entre leurs centres opérationnels spatiaux respectifs. L’identification de futurs axes de développement capacitaire en faisait aussi partie. Les domaines de la sécurité et de la défense spatiale étaient concernés. Peu de nouvelles réalisations se sont toutefois concrétisées par la suite.
La Suède, une base spatiale et des ambitions fortes
Il pourrait en aller autrement avec la Suède. Ce pays dispose de sa propre base spatiale, à l’image de la France et de son Centre spatial guyanais (CSG). Celle-ci se nomme Esrange, et se situe au nord du cercle polaire arctique. La Suède affiche aussi une ferme intention de développer ses capacités militaires dans l’espace. Ses forces armées devraient prochainement exploiter plus de satellites espions que leurs homologues françaises.
Des contrats notifiés à ICEYE et Planet Labs
En janvier dernier, le ministère suédois de la Défense a notifié des contrats. Le finlandais ICEYE et l’américain Planet Labs étaient concernés. L’objectif est de se doter d’une dizaine de satellites chacun. Un radar à synthèse d’ouverture (SAR), ou des capteurs électro-optiques, équiperont ces appareils. Le premier d’entre eux a d’ailleurs été placé sur une orbite basse, en mai dernier. Ce lancement s’est fait depuis la base spatiale de Vandenberg, en Californie, grâce à un lanceur Falcon 9 de SpaceX.
Une feuille de route annoncée au Sommet de l'espace
Les ambitions suédoises sont, a priori, susceptibles de coïncider avec celles du ministère des Armées français. D’où une feuille de route. La France et la Suède sont convenues de l’élaborer, pour renforcer leur coopération spatiale bilatérale. Cette annonce est intervenue à l’occasion du Sommet international sur l’espace, qui se tient actuellement à Paris. Elle s’appuiera sur le partenariat stratégique d’innovation que les deux pays ont scellé en 2024.
« Renforcer l'accès indépendant à l'espace en Europe », selon le communiqué
Un communiqué a été publié à ce sujet, par les ministères français et suédois de la Défense. Cette feuille de route s’intéressera aux aspects civils, comme militaires. Elle contribuerait ainsi à « renforcer la compétitivité, la sécurité et l’accès indépendant à l’espace en Europe ».
« Un partenaire stratégique important », selon Pål Jonson
Pål Jonson, le ministre suédois de la Défense, a commenté cette annonce. Selon lui, la France resterait depuis longtemps un partenaire stratégique important pour la Suède. L’espace jouerait un rôle clé dans la sécurité et la défense. En combinant leurs expertises et leurs infrastructures, les deux pays pourraient ainsi « renforcer l’accès indépendant de l’Europe à l’espace ».
Un partage d'images satellite déjà en place
Les forces suédoises ont d’ores et déjà accès aux images de trois satellites français. Il s’agit de ceux de la constellation CSO (Composante Spatiale Optique). Cet accès s’effectue en échange de la mise à disposition, pour la France, d’une station polaire suédoise. Cette dernière est censée améliorer la réactivité des forces françaises.
« Un pilier pour la sécurité et la souveraineté spatiales », selon Vautrin
C’est sans doute ce qui fait dire à Catherine Vautrin, la ministre des Armées, un constat clair. Selon elle, « le partenariat stratégique franco-suédois est un pilier pour la sécurité et la souveraineté spatiales ». Il témoignerait aussi d’une relation de confiance entre les deux pays.
Les deux seuls spatioports opérationnels de l'UE
M. Jonson a par ailleurs souligné un point notable. La France et la Suède resteraient les seuls pays de l’Union européenne concernés. Des spatioports opérationnels en constituent la preuve, un atout qu’il conviendrait de mieux exploiter à l’avenir.
Ce qu'il faut retenir
- La France et la Suède ont annoncé une feuille de route, lors du Sommet international sur l’espace à Paris. Elle vise à renforcer leur coopération spatiale bilatérale.
- Cette coopération s’appuie sur le partenariat stratégique d’innovation signé en 2024, ainsi que sur un partage d’images satellite déjà existant.
- La Suède développe rapidement ses capacités spatiales militaires, avec des contrats notifiés à ICEYE et Planet Labs pour une vingtaine de satellites.
- La France et la Suède restent les deux seuls pays de l’Union européenne à disposer de spatioports opérationnels.
- Ce rapprochement franco-suédois intervient dans un contexte précis. L’Allemagne investit massivement seule dans le spatial militaire, et le Royaume-Uni peine à suivre.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la feuille de route franco-suédoise sur l'espace annoncée à Paris ?
C’est un accord de coopération bilatérale, annoncé lors du Sommet international sur l’espace 2026. Il vise à renforcer la compétitivité, la sécurité et l’accès indépendant à l’espace en Europe, sur les aspects civils comme militaires.
Pourquoi la Suède est-elle devenue un partenaire spatial intéressant pour la France ?
Quels satellites la France et la Suède partagent-ils déjà ?
Pourquoi la coopération spatiale militaire reste-t-elle difficile en Europe ?
L’Allemagne investit massivement seule, avec 35 milliards d’euros prévus d’ici 2030. Le Royaume-Uni peine, lui, à concrétiser ses intentions, rendant les partenariats européens plus complexes à construire, malgré les tentatives comme celle menée avec l’Italie depuis 2021.










