Selon Séoul, la Corée du Nord possèderait entre 80 et 120 ogives nucléaires

Entre 50 et 120 ogives selon les sources : pourquoi les estimations sur l'arsenal de Pyongyang varient autant d'un pays à l'autre.
Armes nucléaires corée du nord

Entre 2006 et 2017, la Corée du Nord a procédé à six essais nucléaires souterrains, depuis le site de Punggye-ri. Le site spécialisé 38 North, de l’université Johns Hopkins de Washington, en a livré une estimation. Selon ses analystes, la puissance du dernier essai aurait atteint environ 250 kilotonnes, soit seize fois celle de la bombe d’Hiroshima.

Des essais nucléaires nord-coréens de 2006 à 2017

Ces analystes en ont tiré une conclusion prudente. Selon eux, l’affirmation nord-coréenne selon laquelle il s’agissait d’une bombe à hydrogène « n’était pas incohérente ».

Un moratoire suivi de négociations infructueuses

La Corée du Nord était alors soumise à des sanctions internationales, aisément contournées. Ces sanctions visaient ses activités nucléaires, ainsi que le développement de ses capacités balistiques. Le pays avait fait savoir que le développement de son arsenal ferait l’objet d’un moratoire. Pyongyang et Washington se préparaient dans le même temps à ouvrir des négociations, sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Ces négociations n’ont toutefois rien donné.

Kim Jong-un déclare le statut nucléaire « irréversible »

En septembre 2022, le chef du régime nord-coréen, Kim Jong-un, a franchi une étape supplémentaire. Il a affirmé que le statut de puissance nucléaire de la Corée du Nord restait irréversible. Selon lui, « il ne saurait y avoir de dénucléarisation ou de négociation » à ce sujet.

Il a ensuite fait adopter une loi, visant à autoriser des frappes nucléaires préventives. Ces frappes pourraient être lancées automatiquement et immédiatement, pour anéantir des forces hostiles, en cas de menaces imminentes.

Une croissance « exponentielle » annoncée

Quelques mois plus tard, Kim Jong-un a annoncé une croissance exponentielle de l’arsenal nucléaire nord-coréen. Cette croissance viserait à faire face à « l’ennemi incontestable sud-coréen », ainsi qu’aux États-Unis. Il a aussi annoncé le développement d’un nouveau système de missiles balistiques intercontinentaux.

Un suivi international compliqué depuis le veto russe

Il reste compliqué de savoir où en est précisément l’arsenal nord-coréen. Cette difficulté s’est accrue depuis un veto russe important. La Russie a en effet bloqué la poursuite des travaux du groupe d’experts des Nations unies. Ce groupe était chargé de suivre les sanctions prises à l’encontre de la Corée du Nord, en mars 2024. Ce veto est intervenu quelques semaines avant la signature d’un pacte de défense mutuelle entre Moscou et Pyongyang.

Le dernier rapport du groupe d'experts de l'ONU

Dans son ultime rapport, publié en septembre 2023, ce groupe d’experts avait relevé un point préoccupant. La Corée du Nord aurait poursuivi ses activités de mise au point d’armes nucléaires. La production de matières fissiles se serait aussi poursuivie, « en violation des résolutions du Conseil de sécurité ».

Le groupe avait ainsi observé de nouveaux travaux de construction, sur l’ensemble du site de Yongbyon, utilisé pour enrichir l’uranium. Des activités soutenues avaient aussi été relevées au site d’essais de Punggye-ri. Aucun essai nucléaire n’a toutefois été détecté depuis septembre 2017. Reste une question : la Corée du Nord est-elle parvenue à miniaturiser une arme nucléaire, pour l’adapter à un vecteur ? Le groupe d’experts s’était gardé d’être catégorique sur ce point.

« Cinquante-sept armes nucléaires », selon Donald Trump

La taille de l’arsenal nord-coréen reste, elle aussi, compliquée à estimer. Le 19 août, le président américain Donald Trump a fait une déclaration inhabituelle. Il a affirmé que Pyongyang possèderait « cinquante-sept armes nucléaires ». Cette déclaration reste inhabituelle, car Washington ne reconnaît pas officiellement la Corée du Nord comme une puissance nucléaire.

Le SIPRI évoque entre 50 et 60 ogives

L’évaluation donnée par M. Trump rejoint celle de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Dans une étude publiée en juin, cet institut a avancé que l’arsenal nord-coréen comptait entre 50 et 60 ogives nucléaires.

Le SIPRI a toutefois nuancé son estimation. Les informations sur le statut et les capacités de l’arsenal nord-coréen comporteraient une incertitude importante. Le régime nord-coréen aurait toutefois « pu produire suffisamment de matière fissile pour fabriquer jusqu’à 90 ogives nucléaires ». Il est probable, selon l’institut, qu’il en ait assemblé moins, peut-être jusqu’à 60.

Séoul évoque un arsenal bien plus étoffé

Pour la Corée du Sud, cet arsenal serait pourtant bien plus étoffé. Devant une commission parlementaire, ce 20 août, son ministre de la Défense, Ahn Gyu-back, a livré une estimation. Selon lui, la Corée du Nord posséderait « entre 80 et 120 ogives nucléaires ». Il est toutefois très difficile de donner un chiffre exact, a-t-il lui-même admis.

Des chiffres inhabituels, issus d'organismes privés

Comme Washington, Séoul ne reconnaît pas officiellement la Corée du Nord comme une puissance dotée de l’arme nucléaire. Les propos de M. Ahn restent donc tout aussi inhabituels que ceux tenus par M. Trump. Les chiffres qu’il a donnés ne proviennent d’ailleurs pas du renseignement sud-coréen, mais d’organismes de recherche privés.

Ce qu'il faut retenir

  • Le ministre sud-coréen de la Défense estime que la Corée du Nord posséderait entre 80 et 120 ogives nucléaires. Ce chiffre reste bien supérieur aux autres estimations.
  • Le SIPRI évoque plutôt entre 50 et 60 ogives. Donald Trump a, de son côté, avancé le chiffre de 57 armes nucléaires.
  • Toutes ces estimations restent marquées par une incertitude importante, ni Washington ni Séoul ne reconnaissant officiellement le statut nucléaire nord-coréen.
  • Kim Jong-un a qualifié ce statut d’irréversible en 2022, et a depuis annoncé une croissance exponentielle de son arsenal.
  • Le suivi international de ce dossier s’est compliqué depuis le veto russe, en mars 2024. Il visait le groupe d’experts de l’ONU chargé de ce suivi.

Questions fréquentes

Combien d'ogives nucléaires la Corée du Nord possède-t-elle réellement ?

Les estimations varient fortement selon les sources. Le SIPRI évoque entre 50 et 60 ogives, et Donald Trump a parlé de 57. Le ministre sud-coréen de la Défense évoque, lui, entre 80 et 120 ogives, tout en reconnaissant la difficulté d’avancer un chiffre exact.
Le suivi international s’est compliqué depuis le veto russe de mars 2024. Ce veto visait le groupe d’experts de l’ONU chargé de surveiller les sanctions contre la Corée du Nord, réduisant la disponibilité d’informations vérifiées.
Non, ni les États-Unis ni la Corée du Sud ne reconnaissent officiellement ce statut. Cela rend les déclarations publiques de leurs dirigeants sur le sujet inhabituelles.
Le dernier essai nucléaire détecté remonte à septembre 2017, sur le site de Punggye-ri. Des activités de construction et de production de matières fissiles se seraient toutefois poursuivies depuis, selon un rapport de l’ONU publié en 2023.

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