Comment MBDA et Safran ont remporté le futur lance-roquettes de l’armée de Terre

Le 15 juin, un salon de l’armement aéroterrestre s’est tenu, EuroSatory. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, y a fait une annonce importante. La Direction générale de l’armement (DGA) avait retenu le Thundart. Cette solution a été développée par MBDA et Safran. Ce choix s’inscrit dans un cadre précis. Il s’agit du partenariat d’innovation « Frappe Longue Portée / Terrestre » (FLP/T), lancé en octobre 2023. Il se fait aux dépens du tandem formé par ArianeGroup et Thales. Ce dernier avait proposé le FLPt-150.

Un choix « souverain » pas acquis d'avance

Bien que privilégiée par la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-30, une solution souveraine n’était pas forcément garantie. Elle devait remplacer les Lance-Roquettes Unitaires (LRU) de l’armée de Terre.

Trois critères déterminants, selon Vautrin

Lors d’une audition au Sénat, le 30 avril, Mme Vautrin avait détaillé les critères de choix. Trois facteurs devaient être déterminants : l’efficacité des deux systèmes en lice, leur prix et leur disponibilité avant 2030. Neuf LRU restent encore en service, au sein du 1er Régiment d’Artillerie. Ils ne peuvent toutefois pas être prolongés au-delà de cette échéance.

« Des solutions en Asie », évaluées par la DGA

La ministre avait expliqué avoir demandé aux équipes de la DGA d’évaluer les solutions déjà disponibles sur étagère. L’objectif était d’obtenir une comparaison claire des avantages et des inconvénients de chaque élément. « On a des solutions en Asie, où deux pays sont très engagés sur le sujet », avait-elle ajouté. Elle faisait référence au K239 Chunmoo sud-coréen et au Pinaka indien.

Des négociations finalisées le 10 septembre

La DGA a finalement estimé que le Thundart remplissait toutes les conditions requises. Restaient donc à mener les négociations contractuelles, désormais finalisées. Ce 10 septembre, MBDA et Safran ont fait une annonce. La DGA leur avait notifié le marché Frappe Longue Portée Terrestre, sans toutefois en préciser le montant.

Vingt-six systèmes attendus avant 2030

Selon la LPM 2024-30 actualisée, vingt-six systèmes Thundart devront avoir été livrés à l’armée de Terre, avant 2030. Il est question d’en acquérir jusqu’à vingt-six exemplaires supplémentaires par la suite.

Une coentreprise créée d'ici janvier

À cette fin, MBDA et Safran Electronics & Defense ont fait part de leur intention. Une coentreprise sera créée en région parisienne, d’ici janvier prochain. Détenue à parts égales par les deux industriels, elle aura une mission claire. Le développement, la production et le soutien en service du Thundart en feront partie. Ses adaptations futures, vers d’autres environnements et les marchés alliés à l’export, en feront aussi partie.

Un missile de 150 km, associé à un lanceur Safran

Pour rappel, le système Thundart associe un missile d’une portée de 150 km à un lanceur. Ce missile est doté d’un propulseur fourni par Roxel, ainsi que du même module de guidage que l’AASM. Le lanceur a, lui, été développé par Safran Electronics & Defense, avec l’appui de Scania France, CMAR et Essone. Lors de ses essais, en avril, il a affiché des performances supérieures aux attentes. Sa robustesse, dans des environnements spécifiques et contraints, a aussi été démontrée.

« Une intégration native » avec le système ATLAS

L’architecture du Thundart permettrait une « intégration native avec les systèmes d’information de l’armée de Terre ». Le système de gestion des feux ATLAS en fait notamment partie. Sa conception modulaire faciliterait aussi son intégration dans différents écosystèmes de commandement. Cela répondrait ainsi aux exigences spécifiques des marchés export, font valoir MBDA et Safran.

Une mise en service accélérée grâce à des sous-systèmes matures

La conception du système Thundart repose sur des sous-systèmes déjà matures. Cela ne peut que favoriser sa mise en service, dans des délais assez courts. Le programme mobiliserait déjà plusieurs dizaines d’ingénieurs. Il soutiendrait aussi durablement l’activité industrielle, sur les sites clefs des deux industriels ainsi que chez leurs sous-traitants partout en France.

Une capacité qui ne suffit pas seule, selon le général Schill

Le Thundart ne constitue toutefois qu’une partie des capacités nécessaires. L’armée de Terre doit en effet pouvoir frapper dans la profondeur, jusqu’à 150 ou 200 kilomètres. Au Sénat, en mai dernier, le général Pierre Schill s’en était expliqué. Il était alors chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT).

« Je suis prêt à sacrifier d'autres moyens », selon Schill

Son corps d’armée devrait être capable de détruire 70 % du corps d’armée adverse, à cette profondeur. De nouveaux moyens permettraient de frapper à cette distance, notamment les munitions téléopérées. C’est toutefois la combinaison de plusieurs moyens qui permettrait de disposer de cette capacité. Les hélicoptères, les munitions téléopérées, les moyens de guerre électronique et les frappes terrestres en font partie. Le besoin, pour y parvenir, serait de trois régiments. Un par division, et un pour le corps d’armée, seraient nécessaires. Il s’agissait là de sa priorité, avait-il insisté, se disant prêt à « sacrifier d’autres moyens pour atteindre cet objectif ».

Ce qu'il faut retenir

  • La DGA a notifié, le 10 septembre, le marché Thundart à MBDA et Safran. L’objectif est de remplacer les Lance-Roquettes Unitaires de l’armée de Terre.
  • Ce missile de 150 km de portée sera livré à hauteur de vingt-six exemplaires avant 2030. Vingt-six de plus sont possibles par la suite.
  • MBDA et Safran vont créer une coentreprise dédiée, d’ici janvier. Elle devra développer, produire et soutenir ce système sur le long terme.
  • Le Thundart a été préféré au FLPt-150, proposé par le tandem ArianeGroup et Thales. Une comparaison avec des solutions asiatiques a précédé ce choix.
  • Selon l’ancien chef d’état-major de l’armée de Terre, cette capacité de frappe terrestre ne suffira pas seule. Une combinaison avec d’autres moyens reste nécessaire.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le système de frappe Thundart développé par MBDA et Safran ?

C’est un système associant un missile de 150 km de portée à un lanceur. Il est destiné à remplacer les Lance-Roquettes Unitaires de l’armée de Terre française. Une livraison de vingt-six exemplaires est prévue avant 2030.

La DGA a évalué les deux solutions selon trois critères. Leur efficacité, leur prix et leur disponibilité avant 2030 en faisaient partie. Ces offres françaises ont aussi été comparées à des solutions asiatiques déjà existantes, comme le K239 Chunmoo ou le Pinaka.

Cette coentreprise, détenue à parts égales par les deux industriels, doit être créée en région parisienne d’ici janvier prochain. Elle assurera le développement, la production et le soutien en service du Thundart.

Non, selon l’ancien chef d’état-major de l’armée de Terre. Cette capacité nécessite aussi une combinaison avec les hélicoptères, les munitions téléopérées et les moyens de guerre électronique. Le besoin est estimé à trois régiments dédiés.

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