Chars Leclerc : comment l’armée de Terre repense ses unités face aux drones

Chars Leclerc

Comme on l’a vu en Ukraine, un char de combat de 60 tonnes peut être mis hors de combat. Une munition téléopérée (MTO), d’une dizaine de kilogrammes seulement, suffit pour cela. La transparence du champ de bataille rend aussi compliquée toute manœuvre blindée. Cela vaut dans une frange de vingt ou trente kilomètres, de part et d’autre de la ligne de contact, sans se faire prendre à partie par l’artillerie ou par des drones à bas coût.

Des contre-mesures pas toujours suffisantes

Plusieurs contre-mesures ont bien été adoptées, pour préserver les chars. Les cages antidrones en font partie, tout comme les systèmes de protection active ou les dispositifs de brouillage électronique. Elles ne suffisent toutefois pas toujours.

Cage anti-drones chars
Cage anti-drones chars

Le char reste incontournable pour percer les lignes

Pour autant, le char reste incontournable. Il permet en effet, entre autres, de percer les lignes ennemies.

Vers une « capacité de char de combat », pas un nouveau char

L’armée de Terre parle désormais de développer une chose différente. Il ne s’agirait plus d’un nouveau char de combat, mais d’une « capacité de char de combat ». C’était d’ailleurs le sens du projet de Système principal de combat terrestre (MGCS).

« Un cloud de combat », selon le général Schill

Le général Pierre Schill, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), avait détaillé cette orientation, en novembre 2024. L’armée se dirigerait vers des systèmes combinant plusieurs véhicules, sans que cela constitue une évolution des chars actuels. Il s’agirait plutôt d’« un système de systèmes au sein d’un cloud de combat ».

« Réinventer le combat blindé », un appel lancé à l'Arme Blindée Cavalerie

L’an passé, le général Schill avait aussi lancé un appel à l’Arme Blindée Cavalerie. Il l’avait invitée à « réinventer le combat de reconnaissance comme le combat blindé ». De nouvelles tactiques, sans carcan doctrinal ni esprit de clocher, devraient ainsi être élaborées. Il fallait aussi innover, pour redécouvrir les moyens de la mobilité, et dépasser les blocages tactiques.

« Des structures allégées », selon l'École de Cavalerie

Ce message a été entendu. Dans le dernier numéro de la revue officielle « Fantassins », une contribution notable a été publiée. Le directeur adjoint de la prospective à l’École de Cavalerie y a avancé plusieurs pistes, tant doctrinales que capacitaires. Selon lui, « des structures allégées semblaient plus propices pour mener un cycle dispersion-concentration ». Davantage d’unités disposeraient ainsi de moins de pions, mais de meilleures capacités.

La 7e Brigade Blindée expérimente de nouveaux formats

La 7e Brigade Blindée entend visiblement aller dans cette voie. C’est ce qu’a expliqué son commandant, le général Maxime Do Tran, dans les pages de Defense News.

Du peloton à quatre chars vers un format réduit

Actuellement, l’unité de base de la cavalerie reste le peloton blindé. Il se compose de quatre chars Leclerc et de quatre Véhicules blindés légers (VBL). Ce format pourrait toutefois être encore réduit, à l’avenir.

Moins visible, moins ciblé

Déployer des unités plus petites réduirait le risque d’être pris pour cible, selon le général Do Tran. Un ennemi resterait en effet moins enclin à consacrer des ressources, pour détruire un ou deux chars seulement. Plus une unité serait insignifiante, moins elle aurait de chances d’être visée.

Un dilemme posé à l'ennemi par la dispersion

L’idée serait d’être aussi dispersé que possible, selon le général. Même repérée, même dans une situation de transparence totale du champ de bataille, une unité insignifiante rendrait l’effort de l’ennemi peu rentable. Cela poserait ainsi un dilemme à l’adversaire. Il n’est désormais plus question de « pelotons », mais de « briques ». Ces dernières seraient capables de se rassembler, au moment de tenter une percée.

Deux chars et deux VBL, le format d'une « brique »

Après des expérimentations sur le terrain, un format s’est imposé. Deux chars et deux VBL constitueraient le bon format d’une « brique », pour disposer d’une cohérence tactique. Cette composition ne serait toutefois pas figée.

« Un seul char entouré de trois motos », selon le général Do Tran

Le général Do Tran a d’ailleurs illustré cette flexibilité, par une question. Pourquoi ne pourrait-on pas envisager « un seul char entouré de trois motos et avec des drones en vol » ?

Ce qu'il faut retenir

  • Face à la menace des munitions téléopérées, l’armée de Terre réduit la taille de ses unités blindées. L’objectif est de limiter les cibles rentables pour l’ennemi.
  • Le peloton traditionnel de quatre chars Leclerc pourrait évoluer. Des « briques » de deux chars et deux VBL, voire des formats plus légers, pourraient le remplacer.
  • La 7e Brigade Blindée expérimente déjà ces nouveaux formats, misant sur la dispersion plutôt que sur la concentration de moyens.
  • Cette évolution s’inscrit dans une réflexion plus large. Une « capacité de char de combat », plutôt qu’un nouveau char isolé, est envisagée, portée notamment par le projet MGCS.
  • L’objectif reste de rendre chaque unité suffisamment insignifiante pour dissuader l’ennemi d’y consacrer des ressources de ciblage coûteuses.

Questions fréquentes

Pourquoi l'armée de Terre réduit-elle la taille de ses unités de chars Leclerc ?

Face à la menace des munitions téléopérées et des drones à bas coût, capables de mettre hors de combat un char de 60 tonnes, l’armée cherche à réduire la visibilité des cibles. L’objectif est de dissuader l’ennemi d’y consacrer des ressources.

C’est une unité réduite, composée de deux chars et deux véhicules blindés légers. Elle remplace le peloton traditionnel de quatre chars, et peut se disperser sur le terrain puis se rassembler au moment de tenter une percée.

Le Système principal de combat terrestre (MGCS) illustre cette orientation. Il s’agit d’une « capacité de char de combat », plutôt qu’un simple nouveau char, combinant plusieurs véhicules au sein d’un système de systèmes connecté.

La 7e Brigade Blindée, commandée par le général Maxime Do Tran, mène actuellement des expérimentations sur le terrain. L’objectif est de définir la meilleure composition tactique de ces unités réduites.

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