Après l’échec du SCAF, la France maintient le cap sur son propre avion de combat

Rafale F5 Dassault aviation

Cette semaine, la Direction générale de l’armement (DGA) a confirmé la notification de cinq contrats. Ces derniers interviennent en anticipation du lancement de la réalisation du Rafale F5. Cet avion doit être opérationnel en 2033 au plus tôt.

Le standard F5, une réponse à l'évolution des menaces

Ce standard intégrerait des améliorations nécessaires, pour faire face à l’évolution des menaces opérationnelles. L’objectif serait aussi de « prendre au plus vite le virage du combat collaboratif », a rappelé la DGA. Une ouverture du système de mission améliorerait ainsi la réactivité, procurant une plus grande autonomie aux forces.

Dassault, Thales et Safran se partagent les contrats

Dans le détail, Dassault Aviation a obtenu un contrat portant sur l’intégration d’une centrale inertielle. Celle-ci repose sur un gyroscope hémisphérique résonnant (HRG), à très faible dérive, fourni par Safran.

Thales a, de son côté, été chargé de développer un nouveau système de liaison de données (IVDL). Ce système doit améliorer la connectivité du Rafale F5. L’industriel fournira aussi le radar RBE2-XG, dont la « forte augmentation de puissance » offrirait une portée de détection accrue. La suite d’autoprotection SPECTRA sera enfin améliorée, en lien avec MBDA France.

Le M88 T-REX, une étape vers un moteur encore plus puissant

Safran Aircraft Engines a, sans surprise, obtenu un contrat pour la phase de conception préliminaire du moteur M88 T-REX. Cette évolution s’appuierait sur des études amont. Ces dernières sont menées par Safran Aircraft Engines et l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA).

Ce moteur était censé ouvrir la voie à un réacteur encore plus puissant, dépassant les 10 tonnes de poussée. Il devait équiper un avion précis. Il s’agit de l’avion de combat de nouvelle génération (NGF, New Generation Fighter). Dassault Aviation et les filiales allemande et espagnole d’Airbus devaient le développer. Cela s’inscrivait dans le cadre du Système de combat aérien du futur (SCAF).

L'échec du SCAF n'a rien changé aux ambitions françaises

Une audition au Sénat s’est tenue en mai dernier, sur l’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-30. Le Délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux, ne savait pas encore que les négociations franco-allemandes allaient se solder par un échec. Leur issue n’allait toutefois rien changer aux ambitions du ministère des Armées.

« Il n'y a pas de scénario sans un NGF furtif », selon Pailloux

Selon M. Pailloux, l’issue des négociations entre la France, l’Allemagne, Dassault Aviation et Airbus restait alors incertaine. Cela ne changerait toutefois rien à la programmation : de l’argent avait déjà été identifié pour le NGF. Sans coopération, cet argent servirait à financer un successeur du Rafale. « Il n’y a pas de scénario sans un NGF par ailleurs furtif », avait-il ajouté. Ce dernier resterait nécessaire pour la dissuasion nucléaire.

Des études financées dès cette année

Le DGA avait aussi précisé un calendrier. Les études sur le NGF seraient financées dès cette année, notamment celles portant sur sa motorisation. Atteindre une poussée de 11 tonnes ne nécessiterait pas les mêmes évolutions que d’atteindre 9 tonnes. Ce travail serait donc mené, en coopération ou non.

Une négociation « assez dure » avec Safran sur le financement

Ces études devraient être financées via le programme 144. Ce dernier est consacré notamment à la recherche amont, et intitulé « Environnement et prospective de la politique de défense ». Une part d’autofinancement était aussi en cours de négociation. Un besoin d’un milliard d’euros avait été identifié à ce titre. Safran se disait, de son côté, prêt à y consacrer 100 à 150 millions d’euros, dans le cadre d’une négociation jugée assez dure par M. Pailloux.

Un financement encore incertain pour le démonstrateur 2035

La LPM 2024-30 actualisée évoque un projet précis. Il s’agit d’un démonstrateur national d’avion de chasse de 6e génération, avec possibilité de partenariats, à l’horizon 2035. Son financement reste toutefois encore incertain.

« Il faut se jeter à l'eau maintenant », selon Éric Trappier

Pour Éric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, ce développement devrait être lancé sans attendre. « Il faut se jeter à l’eau maintenant pour ne pas subir les développements américains », avait-il déclaré en juillet. Les compétences industrielles françaises devraient ainsi être préservées, selon lui, un temps pour tergiverser succédant à un temps pour décider.

Un précédent avec le démonstrateur du Rafale en 1986

Si la question du moteur reste centrale, une autre option existe. Rien n’empêche, hormis les contraintes financières, de faire voler un démonstrateur d’avion de combat de nouvelle génération. Le 4 juillet 1986, celui du Rafale avait ainsi pris son envol. Deux réacteurs General Electric F404 l’équipaient alors.

Ce qu'il faut retenir

  • La France maintient ses ambitions pour un avion de combat de nouvelle génération (NGF). Cela vaut malgré l’échec des négociations franco-allemandes sur le SCAF.
  • Selon le Délégué général pour l’armement, aucun scénario ne serait envisagé sans un NGF furtif. Il resterait indispensable à la dissuasion nucléaire française.
  • Les études sur la motorisation du NGF seront financées dès cette année, avec un objectif de poussée pouvant atteindre 11 tonnes.
  • Une négociation en cours avec Safran porte sur un besoin d’autofinancement d’un milliard d’euros. L’industriel propose 100 à 150 millions d’euros.
  • Le PDG de Dassault Aviation plaide pour un lancement rapide du développement. L’objectif est de préserver les compétences industrielles françaises face à la concurrence américaine.

Questions fréquentes

Que devient le programme d'avion de combat de nouvelle génération après l'échec du SCAF ?

Selon le Délégué général pour l’armement Patrick Pailloux, l’échec des négociations franco-allemandes ne change rien aux ambitions françaises. Les fonds déjà identifiés pour un NGF coopératif seront utilisés pour développer un successeur national du Rafale, si nécessaire.

Selon Patrick Pailloux, cette furtivité reste indispensable. Cet avion est en effet destiné à assurer la dissuasion nucléaire française, une mission ne tolérant aucun compromis sur la capacité à pénétrer des défenses aériennes adverses.

L’objectif viserait une poussée pouvant atteindre 11 tonnes, contre 9 tonnes pour le M88 T-REX destiné au Rafale F5. Ce défi technique nécessiterait des évolutions plus importantes que celles déjà engagées.

Le PDG de Dassault Aviation estime qu’il faut agir rapidement, pour ne pas subir la concurrence des développements américains. Les compétences industrielles françaises, indispensables à ce type de programme, doivent aussi être préservées.

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