Le Pentagone notifie un contrat de 22,9 milliards de dollars à Raytheon pour produire 1 000 missiles Tomahawk par an

De 60 à 1 000 missiles par an : l'ampleur de l'effort industriel désormais exigé par le Pentagone pour reconstituer ses stocks.
missiles Tomahawk

En février, le président américain Donald Trump avait critiqué Raytheon pour son investissement industriel jugé insuffisant. Le groupe, filiale de RTX, avait alors annoncé la signature de cinq accords-cadres qualifiés d’« historiques » avec le Pentagone.

Cinq munitions clés visées par ces accords-cadres

Ces accords visaient à accroître significativement la production, et à accélérer la livraison de cinq munitions jugées complexes. Il s’agissait du missile de croisière BGM-109 Tomahawk, ainsi que du missile air-air AIM-120 AMRAAM. Les missiles intercepteurs SM-3 Block IB, SM-3 IIA et SM-6 complétaient cette liste.

Raytheon avait alors ainsi détaillé ses objectifs. L’entreprise prévoyait de porter sa production annuelle de Tomahawk à plus de 1 000 unités. Celle d’AMRAAM devait atteindre au moins 1 900 unités, et celle de SM-6 plus de 500 unités. La production de SM-3 IIA devait aussi augmenter. Celle du SM-3 IB devait, elle, s’accélérer. Au total, la production de ces munitions devait être multipliée par deux à quatre, par rapport à son niveau d’alors.

Un premier contrat notifié six mois plus tard

Un premier contrat a ainsi été notifié à Raytheon le 17 août, près de six mois plus tard. Il s’inscrit au titre de l’un de ces accords-cadres. Le département américain de la Guerre (DoW) lui a confié un marché d’une valeur de 22,9 milliards de dollars, sur sept ans. L’objectif est de produire annuellement jusqu’à un millier de BGM-109 Tomahawk, pour le compte de l’US Navy.

Un communiqué a été diffusé à cette occasion. Selon lui, Raytheon aurait livré « trois fois plus de Tomahawk au premier semestre 2026 qu’au premier semestre 2025 ». L’entreprise aurait aussi massivement investi dans ses capacités de production. Ces dernières vont encore s’accroître, grâce à ce nouveau contrat. Jusqu’ici, Raytheon n’était pourtant en mesure de produire que soixante missiles par an.

« La puissance de feu nécessaire pour vaincre », selon Hung Cao

Hung Cao, secrétaire par intérim à la marine, s’est ainsi félicité de cette annonce via le réseau social X. Selon lui, ce contrat historique pour les Tomahawk garantirait un point essentiel. « Nos combattants continueront de disposer de la puissance de feu nécessaire », a-t-il affirmé. Il a aussi rappelé que le Pentagone avait appelé l’industrie à augmenter rapidement sa production de munitions.

Raytheon promet d'investir massivement

Phil Jasper, PDG de Raytheon, a ainsi d’abord rappelé les atouts du Tomahawk. Ce missile serait capable de cibler des forces hostiles, à des centaines de kilomètres de distance. Il agirait « sans jamais mettre en danger la vie de nos marins ». Il a ensuite assuré que son groupe allait investir massivement dans sa chaîne d’approvisionnement, ainsi que dans ses sites industriels. L’objectif affiché est d’accroître considérablement sa capacité de production, pour répondre à la forte demande actuelle.

Une politique de contrats longs, après THAAD et PAC-3

Ce contrat fait ainsi suite à ceux récemment notifiés par le Pentagone à Lockheed Martin. Il s’agit des missiles intercepteurs THAAD, pour 35 milliards de dollars, et PAC-3 MSE, pour 53,9 milliards de dollars.

Ces contrats s’inscrivent dans une nouvelle politique d’approvisionnement. Celle-ci privilégie désormais les contrats longs, afin que les fournisseurs disposent d’une meilleure visibilité. Cette approche doit leur permettre de tenir les délais de livraison, tout en contenant les coûts de production.

Le 30 juillet, l’armée américaine avait déjà attribué à Lockheed Martin une rallonge de 53,8 milliards de dollars. Cette rallonge s’inscrivait dans la plus importante commande jamais passée de missiles PAC-3 Patriot. Elle a porté à 58,6 milliards de dollars la valeur cumulée de ce marché, qui court jusqu’en 2035.

Un délai de 21 jours imposé aux équipementiers

Un mémo du 5 août a été dévoilé le 8, par le Washington Post. Le Pentagone y fixe un délai serré aux principaux équipementiers de la défense. Ces derniers disposent de 21 jours pour soumettre des plans. Ces plans doivent démontrer leur capacité à produire et à livrer des systèmes d’armes critiques, à un rythme plus soutenu.

Le secrétaire adjoint à la Guerre Steve Feinberg a signé ce mémo. Il y invite les entreprises à augmenter la production des systèmes jugés critiques. Selon lui, « des cycles de développement s’étalant sur plusieurs années sont inacceptables ». Il a appelé à accélérer considérablement les calendriers des programmes. Les capacités de production devraient aussi croître dès maintenant. Cette urgence s’expliquerait notamment par les récentes opérations de combat menées à travers le monde. Ces dernières auraient considérablement réduit certains stocks de missiles américains.

Northrop Grumman et Lockheed Martin, deux accords supplémentaires

Deux accords-cadres supplémentaires ont ainsi déjà été conclus, avec Northrop Grumman et Lockheed Martin. Ils visent à accroître la capacité de production de composants pour missiles intercepteurs. Ces accords prévoient de tripler la production de composants, pour le système PAC-3. Ils prévoient aussi de quadrupler celle des composants du système THAAD.

Des stocks jugés insuffisants face à la Chine

Les États-Unis resteraient malgré tout ainsi à court de missiles. Si rien n’est fait pour reconstituer leurs arsenaux, un risque existerait. Ils pourraient épuiser leurs stocks d’intercepteurs nécessaires pour contrer des missiles chinois « en quelques jours », après le début d’un conflit. C’est ce qu’avance un nouveau rapport de la Heritage Foundation.

Ce rapport conclut sur un point clair. Les stocks américains d’intercepteurs Patriot, THAAD, SM-6 et SM-3 resteraient insuffisants, en cas de conflit avec l’armée chinoise. Selon cette analyse, les États-Unis disposeraient de moins de 10 % du nombre total d’intercepteurs nécessaires. Ce niveau resterait insuffisant pour dissuader la Chine, ou l’emporter dans un conflit prolongé de haute intensité. Concrètement, selon ce rapport, un scénario précis est envisagé. Les stocks d’intercepteurs américains pourraient s’épuiser dès les premiers jours d’un conflit. Cela vaudrait si la Chine ciblait des bases américaines, avec ne serait-ce qu’une fraction de son arsenal de missiles.

Ce qu'il faut retenir

  • Raytheon a obtenu un contrat de 22,9 milliards de dollars, sur sept ans. L’objectif est de produire jusqu’à 1 000 missiles Tomahawk par an.
  • Ce contrat s’inscrit dans une série d’accords-cadres signés en février, visant aussi l’AMRAAM et les intercepteurs SM-3 et SM-6.
  • Le Pentagone a aussi notifié à Lockheed Martin des contrats records pour les intercepteurs THAAD et PAC-3 MSE.
  • Un mémo du secrétaire adjoint à la Guerre impose désormais 21 jours aux équipementiers. Ils doivent démontrer leur capacité à accélérer la production.
  • Un rapport de la Heritage Foundation juge les stocks américains d’intercepteurs insuffisants, face à un conflit prolongé avec la Chine.

Questions fréquentes

Quel est le montant du contrat Tomahawk attribué à Raytheon ?

Le contrat s’élève à 22,9 milliards de dollars, sur sept ans. Il vise à produire annuellement jusqu’à 1 000 missiles de croisière BGM-109 Tomahawk pour l’US Navy.

Le Pentagone cherche à reconstituer des stocks jugés insuffisants. Plusieurs opérations de combat récentes expliquent en partie cette urgence. Il veut aussi se préparer à un éventuel conflit prolongé de haute intensité, notamment face à la Chine.

Lockheed Martin a reçu des contrats pour les intercepteurs THAAD (35 milliards de dollars) et PAC-3 MSE (53,9 milliards de dollars). La valeur cumulée du marché PAC-3 Patriot atteint désormais 58,6 milliards de dollars.

Le rapport estime que les États-Unis disposent de moins de 10 % des intercepteurs Patriot, THAAD, SM-6 et SM-3 nécessaires. Cela concerne un conflit prolongé de haute intensité avec la Chine, avec un risque d’épuisement des stocks dès les premiers jours.

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