La Suède n’a pas souhaité se joindre au Royaume-Uni, à l’Italie et au Japon. Ces pays développent ensemble le GCAP (Global Combat Air Programme). Elle s’est aussi tenue à l’écart du Système de combat aérien du futur (SCAF). Ce programme était mené par la France, l’Allemagne et l’Espagne. Il a finalement été abandonné en juin dernier, faute d’entente entre Dassault Aviation et Airbus.
La Suède, en dehors du GCAP et du SCAF
Et pour cause. En 2024, l’Administration suédoise du matériel de défense (FMV) avait confié une mission. Saab et l’équipementier britannique GKN Aerospace en étaient chargés. Il s’agissait de mener des études conceptuelles. Ces études portaient sur des solutions habitées et non habitées, dans une perspective de système de systèmes. Ces travaux devaient nourrir les réflexions suédoises sur l’avenir de l’aviation de combat. Cela s’inscrivait dans le cadre du projet « Konceptprogram Framtida Stridsflygsystem » (KFS).
L’année suivante, la FMV avait notifié à Saab un contrat de 237 millions d’euros. Ce contrat devait permettre de poursuivre ces études conceptuelles, mais aussi de faire voler un démonstrateur. L’objectif était de tester et de valider les capacités d’un éventuel avion de combat de nouvelle génération.
Un rapprochement avec Airbus resté sans suite
En décembre, Saab s’était dit prêt à sceller un partenariat avec Airbus. Ce partenariat concernait le domaine des drones de combat collaboratif (CCA). L’industriel suédois avait d’ailleurs déjà participé au développement du démonstrateur nEUROn. Ce projet était mené sous l’égide de Dassault Aviation, dans une coopération ayant associé six pays.
Depuis, Airbus a dévoilé deux modèles de drones de combat collaboratif. Il s’agit de l’U740 Valkyrie, fruit d’une coopération avec l’américain Kratos, ainsi que de l’U760 Ravenstorm. Le rapprochement évoqué avec Saab ne s’est finalement pas concrétisé.
Le concept ACP, trois démonstrateurs
De son côté, l’industriel suédois a développé un concept spécifique. Il s’agit de la « plateforme collaborative autonome » (ACP), dans le cadre du KFS. Ce concept repose sur trois démonstrateurs de drone de combat, selon The War Zone.
Le premier, appelé A1, devrait effectuer son vol inaugural dans les quinze prochains mois. Il sera propulsé par un réacteur GE Aerospace F414, comme l’avion de combat JAS-39 Gripen E/F. Il pourra ainsi voler à des vitesses supersoniques.
Le second, appelé A2, sera lui aussi doté d’un réacteur F414. Il disposera en plus d’une soute interne à munitions. Il servirait a priori à tester de nouvelles technologies, dans les domaines des capteurs et des matériaux.
L'A3-001 dévoilé pour le centenaire de la force aérienne suédoise
Ces deux démonstrateurs prépareraient le terrain à un troisième, désigné A3-001. Saab en a présenté une maquette grandeur nature. Cette présentation a eu lieu lors du centenaire de la force aérienne suédoise, sur la base de Malmen, le 21 août.
« Compléter le Gripen », selon Saab
Un communiqué a été publié par Saab, le 22 août. Selon lui, cette plateforme sans pilote s’appuierait sur la longue tradition d’innovation aérospatiale de l’entreprise. Elle pourrait ainsi « compléter le Gripen ainsi que les futures capacités aériennes de combat pilotées ».
Dans le détail, cet ACP A3-001 resterait furtif et autonome. Il pourrait mener des missions de guerre électronique, ainsi que de neutralisation et de destruction des défenses aériennes ennemies (SEAD). Des frappes de précision, dans des environnements fortement contestés, feraient aussi partie de ses missions potentielles.
« Avant 2030 », selon Peter Nilsson
Peter Nilsson, directeur de l’unité commerciale « Programmes avancés » de Saab, a détaillé cette phase de développement. Selon lui, l’entreprise explorerait actuellement des technologies importantes. Cela se ferait en collaboration avec le gouvernement suédois. Ces technologies poseraient les bases de la prochaine génération de systèmes de combat aérien.
L’objectif serait de faire voler des démonstrateurs sans pilote. Leurs caractéristiques resteraient proches de celles d’un avion de chasse. Cela devrait se faire « avant 2030, afin d’accompagner la Suède dans l’étude de ses options futures ». Ce concept pourrait voir le jour au milieu des années 2030, selon le responsable. Cela dépendrait toutefois de la décision de la Suède, de s’appuyer sur ces travaux. Il ne ferait donc pas encore l’objet d’un financement de la part de la FMV.
La France, un partenaire potentiel pour l'A3-001 ?
Cet A3-001 peut-il intéresser la France ? La question se pose légitimement. Depuis l’abandon du SCAF, l’éventualité d’une coopération entre Dassault Aviation et Saab est désormais régulièrement évoquée.
Cette hypothèse reste logique. Thierry Carlier, l’ambassadeur de France en Suède, a récemment fait une observation. Selon lui, les deux industriels « ont un ADN commun, un respect fort et une compétence partagée ».
Une coopération franco-suédoise en plein essor
La coopération entre la France et la Suède n’a par ailleurs cessé de se renforcer ces dernières années. Cela concerne notamment le domaine militaire. Le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace, le général Jérôme Bellanger, l’a rappelé. Il s’exprimait à l’occasion du centenaire de la force aérienne suédoise.
Les deux pays entretiendraient un dialogue stratégique étroit, avec deux forces aériennes pleinement autonomes, engagées au sein de l’Otan. Selon le général Bellanger, elles partageraient une même exigence. Il s’agirait de « tirer les enseignements des conflits d’aujourd’hui pour mieux préparer ceux de demain ».
Ce qu'il faut retenir
- Saab a dévoilé, le 21 août, une maquette grandeur nature de son drone de combat collaboratif supersonique A3-001.
- Ce concept s’appuie sur deux démonstrateurs préalables, l’A1 et l’A2, tous deux propulsés par un réacteur GE Aerospace F414.
- L’A3-001 pourrait mener des missions de guerre électronique, de neutralisation des défenses ennemies, et des frappes de précision.
- Ce projet ne fait pas encore l’objet d’un financement suédois, et pourrait voir le jour au milieu des années 2030.
- Une coopération avec Dassault Aviation est régulièrement évoquée depuis l’abandon du SCAF, dans un contexte de rapprochement franco-suédois.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le drone A3-001 de Saab ?
Ce projet est-il déjà financé par la Suède ?
Non, selon Saab. Ce concept ne fait pas encore l’objet d’un financement de la part de l’Administration suédoise du matériel de défense (FMV). Il dépendra des décisions futures de la Suède.
Pourquoi la coopération entre Saab et Dassault Aviation est-elle évoquée ?
Depuis l’abandon du programme SCAF en juin dernier, un rapprochement est régulièrement mentionné. Dassault Aviation et Airbus n’étaient pas parvenus à s’entendre. Les deux entreprises françaises et suédoises partageraient, selon l’ambassadeur de France en Suède, un « ADN commun ».
Quelles missions l'A3-001 pourrait-il mener ?
Ce drone pourrait mener des missions de guerre électronique. La neutralisation et la destruction des défenses aériennes ennemies (SEAD) en feraient aussi partie. Des frappes de précision, dans des environnements fortement contestés, seraient aussi possibles.










