L’Inde a l’intention de participer à un projet d’avion de combat de nouvelle génération mené par la France

Dissuasion aéroportée, porte-avions, 114 Rafale en négociation : les intérêts communs qui rapprochent Paris et New Delhi sur ce projet.
Projet SCAF Système de combat aérien du futur

En juillet, plus d’un mois après la fin des travaux sur le New Generation Fighter (NGF), le PDG de Dassault Aviation s’est exprimé. Éric Trappier a ainsi évoqué l’avenir du programme. Le NGF devait servir de base au Système de combat aérien du futur (SCAF). Ce projet est mené par la France, l’Allemagne et l’Espagne. Il n’a pas écarté une éventualité. De nouvelles coopérations pourraient être scellées pour développer un chasseur-bombardier de 6e génération. Des industriels non-européens pourraient y être associés.

« Personnellement, j'y suis favorable », selon Éric Trappier

« Personnellement, j’y suis favorable », a-t-il déclaré, lors de la présentation des résultats semestriels de Dassault Aviation. Il a toutefois précisé que la décision revenait à l’État. Il a aussi cité l’exemple de concurrents. Le programme Tempest, ou Global Combat Air Programme (GCAP), mené avec le Japon, procéderait déjà de cette manière.

Reste à voir quel pays non-européen pourrait s’associer à la France pour un tel programme. Les candidats potentiels ne sont pas nombreux. L’Inde en fait ainsi toutefois partie.

New Delhi hésitait entre le SCAF et le GCAP

En mars, il avait été rapporté que New Delhi envisageait de participer soit au SCAF, soit au GCAP. Ce dernier programme est mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon.

Le général Anil Chauhan, chef d’état-major des forces armées indiennes, avait ainsi résumé l’urgence de la situation. Selon lui, l’Inde allait tenter de nouer un partenariat avec l’un de ces consortiums. L’objectif : « commencer dès maintenant à étudier le chasseur de 6e génération ». Il fallait ainsi éviter de prendre du retard.

Ne pas se laisser distancer par la Chine

Pour l’Indian Air Force (IAF) et l’aviation embarquée de l’Indian Navy, un enjeu domine. Il s’agit de ne pas se laisser distancer par l’Armée populaire de libération chinoise (APL). Cette dernière a déjà mis en service deux chasseurs-bombardiers furtifs, le Chengdu J-20 et le Shenyang J-35. Elle a aussi fait voler deux prototypes d’avions de combat de 6e génération, désignés J-36 et J-50.

La fin du NGF, une opportunité pour l'Inde

L’hypothèse d’une participation de New Delhi au GCAP semblait ainsi alors peu probable. Elle l’est toujours. La fin de la coopération entre la France et l’Allemagne autour du NGF change toutefois la donne. Elle constitue, paradoxalement, une opportunité pour le gouvernement indien.

Ce dernier a ainsi bien l’intention de la saisir. C’est ce qu’indique un rapport récent. Il a été remis au comité de la Défense de la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien. Selon ce document, le ministère indien de la Défense a entamé des démarches. L’objectif : « rejoindre le projet de Système de combat aérien du futur ». Ce projet reste piloté par le gouvernement français.

D’après le journal local The Print, le comité de la Défense aurait fait une demande précise. Il aurait réclamé au ministère un rapport d’étape détaillé, sur l’acquisition d’avions de combat de nouvelle génération. Une feuille de route pour la suite du projet aurait aussi été demandée.

Une coopération franco-indienne déjà solide

Cette décision indienne n’est ainsi pas surprenante. La coopération industrielle militaire entre la France et l’Inde reste ainsi déjà relativement significative. Elle pourrait prendre une nouvelle ampleur si l’achat de 114 Rafale supplémentaires, au profit de l’IAF, se concrétise.

La dissuasion nucléaire des deux pays repose en partie sur une composante aéroportée. Ils ont donc tous deux besoin d’un avion de combat pouvant être mis en œuvre depuis un porte-avions. Ces deux éléments constituaient ainsi justement une pierre d’achoppement pour la coopération franco-allemande autour du NGF.

Des jalons posés depuis 2023

Le président Macron et le Premier ministre indien, Narendra Modi, ont signé une feuille de route en juillet 2023. Elle évoquait déjà un soutien « au développement conjoint d’un système de combat aérien », sans plus de précision. L’Inde avait alors ainsi lancé deux nouveaux programmes d’avions de combat. Il s’agissait de l’AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft, de 5e génération), et du TEDBF (Twin Engine Deck Based Fighter). Le développement de briques technologiques communes était aussi évoqué.

En novembre dernier, deux agences ont ainsi signé un accord technique de coopération. Il s’agit de la Direction générale de l’armement (DGA) française, et de la Defence Research and Development Organisation (DRDO) indienne. Cet accord porte sur les technologies de défense.

Enfin, une déclaration conjointe a ainsi été publiée lors du dernier déplacement de M. Macron à New Delhi, en février. La France et l’Inde y sont convenues de mettre en place un groupe conjoint. Il portera sur le développement des technologies avancées, pour étudier les possibilités de développer ensemble des technologies émergentes et stratégiques. L’objectif affiché est de « conserver un avantage compétitif sur le plan militaire ». Il s’agit aussi de remédier aux vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Inde a entamé des démarches pour rejoindre le SCAF, le projet français d’avion de combat. Cette décision fait suite à la fin du NGF franco-allemand.
  • Le général Anil Chauhan avait déjà annoncé la volonté indienne de s’associer à un consortium de 6e génération. L’objectif : ne pas prendre de retard face à la Chine.
  • La coopération franco-indienne s’appuie sur plusieurs jalons posés depuis 2023. Un accord technique DGA-DRDO et une feuille de route Macron-Modi en font partie.
  • Le dissuasion nucléaire aéroportée et le besoin d’un avion embarqué sur porte-avions rapprochent les intérêts français et indiens.
  • Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, s’est dit personnellement favorable à une coopération avec des pays non-européens comme l’Inde.

Questions fréquentes

Pourquoi l'Inde s'intéresse-t-elle au programme SCAF ?

La fin de la coopération franco-allemande sur le New Generation Fighter (NGF) a ouvert une opportunité pour l’Inde. Le pays cherche à développer un avion de combat de 6e génération, pour ne pas prendre de retard face à la Chine.
Oui, en mars, New Delhi envisageait de participer soit au SCAF, soit au GCAP. Ce dernier est mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. L’hypothèse d’une participation au GCAP reste toutefois peu probable.
Une feuille de route a été signée dès 2023, entre Macron et Modi. Un accord technique DGA-DRDO a suivi en novembre, puis une déclaration conjointe en février sur les technologies de défense avancées.

Leurs deux dissuasions nucléaires reposent en partie sur une composante aéroportée. Cela implique de disposer d’un avion de combat pouvant être mis en œuvre depuis un porte-avions.

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