Viasat a dévoilé Tactical Mission Fabric (TMF), une nouvelle solution logicielle destinée à moderniser les communications militaires américaines. Son originalité : elle s’ajoute aux équipements existants au lieu de les remplacer, ce qui évite à l’armée de coûteux changements de matériel.
L’enjeu, selon Viasat, est de permettre aux forces armées de transmettre et d’exploiter en temps réel d’immenses volumes de données, dans un contexte où la prise de décision militaire repose de plus en plus sur l’intelligence artificielle.
L'essentiel en quelques lignes
TMF est une couche logicielle qui s’installe au-dessus des systèmes de communication existants. Elle relie les équipements du champ de bataille aux services cloud militaires, sans imposer de remplacement matériel. La solution s’appuie sur une plateforme d’orchestration appelée Viasat NetAgility, capable d’utiliser plusieurs types de liaisons en parallèle : satellite, 5G, radios tactiques classiques. Si une liaison est brouillée ou attaquée, le système bascule automatiquement vers la suivante. TMF permet également de connecter les forces aux environnements cloud sécurisés du gouvernement américain comme AWS GovCloud, à des niveaux de classification élevés.
Le défi : gérer un flot massif de données du terrain au cloud
Les champs de bataille modernes sont devenus, selon Viasat, des environnements saturés. Capteurs, drones, plates-formes autonomes : tous génèrent des données en continu. Le volume devient tel qu’il dépasse les capacités de traitement traditionnelles.
Le défi pour le département de la Guerre américain (Department of War, DoW) est double :
- Traiter ces données rapidement, à un rythme compatible avec les systèmes d’intelligence artificielle.
- Les transmettre de façon sécurisée entre les serveurs centraux (le cloud) et les unités déployées sur le terrain (ce que Viasat appelle le tactical edge, ou « bord tactique »).
Une couche logicielle qui s'ajoute aux équipements existants
La réponse de Viasat est de proposer une architecture ouverte et interopérable. Au lieu d’imposer un remplacement complet des équipements (ce que les Américains appellent un rip and replace, littéralement « arracher et remplacer »), TMF se glisse au-dessus de l’existant.
La solution se décline en deux modes de service complémentaires :
- Le réseau fourni en mode service (Network-as-a-Service, ou NaaS) : l’armée utilise un service réseau plutôt que d’en posséder l’infrastructure.
- L’infrastructure fournie en mode service (Infrastructure-as-a-Service, ou IaaS) : la capacité de calcul et de stockage est accessible à la demande.
La déclaration du dirigeant de Viasat Government
Le communiqé cite David Schmolke, vice-président Mission Connections et Cybersécurité chez Viasat Government :
« Les missions d’aujourd’hui ne devraient pas être freinées par des réseaux cloisonnés ni par des technologies qui limitent la circulation de l’information. »
« TMF est conçu pour aider les forces interarmées américaines à continuer d’opérer même lorsque les liaisons de communication sont perturbées ou attaquées », a-t-il ajouté.
Plusieurs canaux de communication utilisés en parallèle
L’une des fonctions centrales de TMF est de gérer plusieurs canaux de communication en parallèle. La solution s’appuie pour cela sur une plateforme baptisée Viasat NetAgility.
Selon Viasat, cette plateforme considère les différents moyens de communication comme des « tuyaux » interchangeables. Trois types de canaux sont mobilisables :
- Les communications par satellite (SATCOM).
- La 5G.
- Les radios tactiques classiques utilisées par les forces armées.
Un basculement automatique entre liaisons (capacité A-PACE)
Cette orchestration permet une fonction baptisée A-PACE, pour Autonomous Primary, Alternate, Contingency, and Emergency. Traduit simplement : le système organise les liaisons en quatre niveaux, du principal au plus secondaire, et passe automatiquement à la suivante en cas de besoin.
Concrètement, si une attaque de guerre électronique brouille la liaison principale ou si une cyberattaque la compromet, le système bascule de lui-même vers la meilleure liaison de secours disponible. Selon Viasat, l’objectif est de garantir que le combattant reste connecté en toutes circonstances.
Cette capacité est particulièrement utile dans les environnements dits DDIL, un acronyme qui regroupe quatre situations difficiles pour les communications militaires :
- Liaisons interdites (Denied) par l’ennemi.
- Liaisons dégradées (Degraded) par le brouillage.
- Liaisons intermittentes (Intermittent).
- Liaisons à bande passante limitée (Limited-bandwidth).
Apporter la puissance du cloud directement sur le terrain
Jusqu’à présent, explique Viasat, l’analyse en temps réel des données par l’intelligence artificielle se heurtait à un obstacle : la latence. Avant TMF, les forces devaient remonter les données du terrain jusqu’à des serveurs centralisés, parfois très éloignés, pour les traiter. Le délai d’aller-retour rendait toute décision temps réel difficile.
TMF transforme les passerelles tactiques (les équipements de communication déployés sur le terrain) en nœuds cloud accrédités. Autrement dit, elles disposent désormais d’une véritable capacité de calcul sur place, ce qui supprime ce délai d’aller-retour.
Cela permet d’analyser les données au plus près du terrain, sans dépendre d’un serveur lointain.
Une connexion sécurisée vers AWS GovCloud (IL5 et IL6)
Au-delà du calcul local, TMF établit une dorsale réseau à haute vitesse, dont l’architecture est dite maillée (mesh). Un réseau maillé est un réseau où chaque nœud est connecté à plusieurs autres, ce qui le rend plus résilient face aux pannes ou aux attaques.
Cette dorsale permet, selon Viasat, des connexions sécurisées avec les environnements cloud du gouvernement américain. Le communiqué cite notamment AWS GovCloud (US) aux niveaux de classification Impact Level 5 (IL5) et IL6, deux niveaux élevés de la classification de sécurité du département de la Défense américain, utilisés pour les données classifiées et les données sensibles.
Pour répondre aux exigences de Zero Trust (un modèle de cybersécurité dans lequel chaque accès est vérifié, sans confiance par défaut), Viasat a intégré deux mesures :
- Un chiffrement à double couche.
- Une surveillance continue, qu’assure un centre de cyberopérations actif 24h/24, 7j/7 et 365 jours par an.
Une solution pour les opérations interarmées de demain
Selon Viasat, TMF se positionne comme un outil au service de l’infrastructure militaire existante. Le but est de permettre aux données de circuler entre tous les domaines opérationnels (terre, mer, air, espace, cyber), quels que soient l’endroit et l’intensité du conflit.
David Schmolke résume la démarche :
« Notre priorité est de combler l’écart entre les systèmes au plus près du terrain, qui se multiplient, et les applications et services cloud nécessaires pour transformer les données en décisions de mission en temps réel. »
Viasat présente ainsi TMF comme une brique-clé pour les opérations interarmées américaines de prochaine génération.
Ce qu'il faut retenir
- Viasat lance Tactical Mission Fabric (TMF), une couche logicielle de communication pour les forces armées américaines.
- TMF s’ajoute aux équipements existants, sans imposer un remplacement matériel coûteux.
- La solution s’aligne sur la stratégie en intelligence artificielle du département de la Guerre américain.
- TMF s’appuie sur la plateforme Viasat NetAgility, qui gère plusieurs canaux en parallèle : satellite, 5G, radios tactiques.
- Capacité A-PACE : basculement automatique entre liaisons en cas de brouillage ou de cyberattaque.
- Conçue pour les environnements DDIL (interdits, dégradés, intermittents, à bande passante limitée).
- TMF transforme les équipements de terrain en nœuds cloud accrédités pour calcul sur place.
- Connexion sécurisée à AWS GovCloud (US) aux niveaux Impact Level 5 et 6.
- Conformité Zero Trust avec chiffrement à double couche et centre de cyberopérations 24/7/365.











