Le 25 août, le Conseil des ministres espagnol a donné son feu vert à un accord-cadre. Cet accord porte sur l’achat conjoint d’au moins sept Airbus A330 MRTT, avec la Pologne. Le contrat, prévu pour sept ans, s’élève à 5,4 milliards d’euros, logistique comprise.
Un accord-cadre validé par l'Espagne le 25 août
Cette nouvelle n’a rien d’une surprise. Le ministre polonais Władysław Kosiniak-Kamysz avait déjà évoqué ce montage en juin dernier. Il avait alors promis une finalisation avant le sommet de l’Otan à Ankara. Entre l’annonce et la signature du contrat définitif, plusieurs inconnues subsistent toutefois. Le nombre exact d’avions que chaque pays recevra en fait partie, tout comme leur configuration précise.
Quatre appareils pour la Pologne, trois pour l'Espagne
Quatre appareils devraient ainsi rejoindre la Pologne d’ici 2030. Trois iront à l’Espagne. Ce pays possède déjà deux A330 MRTT, à la 45e escadre de Torrejón de Ardoz, et en attend un troisième en octobre. La signature du contrat définitif reste toutefois nécessaire.
Le financement passe par SAFE, le dispositif européen. Ce mécanisme permet d’emprunter à taux préférentiel, à condition que 65 % des composants viennent d’Europe. La Pologne y a accès à hauteur de 43,7 milliards d’euros. Cette enveloppe doit couvrir bien plus que ce seul programme.
La version de l'appareil reste incertaine
Un point n’a ainsi pas été tranché publiquement. Ni Varsovie, ni Madrid, n’ont précisé quelle version d’A330 MRTT recevra chaque pays. La presse ibérique penche ainsi pour le MRTT+, un dérivé de l’A330neo. Ce dernier reste plus lourd au décollage (242 tonnes contre 233), et plus économe en carburant. Cette hypothèse reste cohérente avec le calendrier, mais n’a pour l’instant été confirmée par personne.
Le choix de l'indépendance plutôt que le pool multinational de l'Otan
La Pologne aurait pu rejoindre le programme MMF de l’Otan. Ce pool multinational réunit déjà neuf pays, et doit monter à douze appareils. Elle a toutefois préféré construire sa propre flotte, seule, quitte à en payer ainsi le prix.
« Rien ne garantit l'accès en cas de conflit », selon le général Nowak
Le général Ireneusz Nowak, chef d’état-major de l’armée de l’air polonaise, s’en était expliqué sans détour. Il l’avait fait en décembre, dans un entretien à Defence24. Selon lui, en cas de conflit, rien ne garantirait que l’accès à des avions partagés reste possible. Des raisons politiques pourraient en effet l’empêcher. Cet argument reflète assez bien une méfiance actuelle. Plusieurs capitales européennes la nourrissent envers les outils collectifs, y compris au sein de l’Alliance.
Une flotte réduite à quatre avions
Quatre avions laissent toutefois peu de marge de manœuvre. Un appareil en maintenance, et la flotte tombe à 75 % de disponibilité. Deux appareils en maintenance, et elle chute à 50 %.
Le général Nowak avait évoqué une idée pour amortir la note. Il s’agirait de louer des heures de vol, en temps de paix. L’Ukraine, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la République tchèque seraient concernées, voire les pays scandinaves. Cette piste commerciale n’a pour l’instant rien de concret.
Des retombées industrielles encore incertaines
Du côté polonais, décrocher des retombées industrielles importerait ainsi presque autant qu’acheter les avions. En juin, la secrétaire d’État à la Défense, Magdalena Sobkowiak-Czarnecka, assurait que Madrid avait accepté les conditions posées par Varsovie. La création d’emplois locaux en faisait partie, tout comme l’implication de fournisseurs polonais. L’utilisation des futurs centres de maintenance polonais, pour l’ensemble des MRTT de la région, complétait ces conditions. Aucune de ces garanties n’apparaît toutefois dans l’accord-cadre voté fin août.
Un coût par avion nettement supérieur à celui de l'Italie
5,4 milliards d’euros, divisés par sept appareils, donnent ainsi plus de 770 millions d’euros par avion. L’Italie, elle, a signé en mai pour six A330 MRTT, à 232 millions d’euros l’unité en moyenne, soutien logistique inclus.
Cet écart ne s’explique ainsi ni par le taux de change, ni par une inflation soudaine du marché. Il tient plutôt à un périmètre contractuel bien plus large que la seule cellule de l’avion. Les infrastructures, les simulateurs, les pièces détachées, les systèmes de mission et le soutien pluriannuel en font partie. Le montant réellement dépensé, une fois ventilé entre les deux pays, sera vraisemblablement très inférieur au plafond affiché.
Rien n'est encore signé
Contrairement à ce que l’annonce pourrait suggérer, rien n’a ainsi été signé le 25 août. Madrid vient tout juste d’autoriser les négociations. Sur le fond, le besoin polonais en ravitailleurs ne fait guère débat. Sa flotte de combat frôle en effet 115 appareils, sans le moindre tanker national. Le retrait polonais de la flotte multinationale de l’Otan, en 2016, avait donné naissance au programme Karkonosze. Ce dernier n’a par ailleurs jamais livré la capacité promise.
Une stratégie qui reste à confirmer
Plusieurs éléments restent toutefois à préciser. Le choix de la souveraineté, à seulement quatre avions, en fait partie. Un prix ne correspondant à aucune référence connue du marché, ainsi que des compensations industrielles absentes du texte signé, soulèvent aussi des questions sur la cohérence de cette stratégie à ce stade. Reste à voir si Varsovie disposera des moyens de les clarifier. Le contrat définitif devra d’abord être signé, avec les chiffres réels connus.
Ce qu'il faut retenir
- L’Espagne et la Pologne ont validé, le 25 août, un accord-cadre. Il porte sur l’achat conjoint d’au moins sept Airbus A330 MRTT, pour 5,4 milliards d’euros.
- La Pologne recevrait quatre appareils, contre trois pour l’Espagne, avec une livraison prévue d’ici 2030 pour les avions polonais.
- Le coût par avion, supérieur à 770 millions d’euros, dépasse nettement celui payé par l’Italie pour un contrat comparable.
- La Pologne a préféré construire sa propre flotte, plutôt que rejoindre le pool multinational MMF de l’Otan. Elle se méfie de l’accès partagé en temps de crise.
- Plusieurs éléments restent encore à confirmer, dont la version exacte des appareils et les garanties industrielles promises à Varsovie.
Questions fréquentes
Combien coûte l'achat des A330 MRTT par la Pologne et l'Espagne ?
Le contrat-cadre s’élève à 5,4 milliards d’euros pour sept appareils. Cela représente plus de 770 millions d’euros par avion, un montant nettement supérieur à celui payé par l’Italie pour un contrat comparable.
Pourquoi la Pologne a-t-elle refusé de rejoindre le pool multinational de l'Otan ?
Selon le général Ireneusz Nowak, chef d’état-major de l’armée de l’air polonaise, rien ne garantirait l’accès à des avions partagés en cas de conflit. Des raisons politiques pourraient l’empêcher, d’où le choix d’une flotte nationale propre.
Combien d'avions ravitailleurs la Pologne va-t-elle recevoir ?
La Pologne devrait recevoir quatre A330 MRTT d’ici 2030. L’Espagne, elle, en recevrait trois : elle possède déjà deux appareils, et en attend un troisième en octobre.
Le contrat entre la Pologne et l'Espagne est-il définitivement signé ?
Non, l’annonce du 25 août ne concerne qu’un accord-cadre autorisant les négociations. Le contrat définitif, incluant le nombre exact d’avions et leur configuration précise, reste encore à signer.










