L’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) prépare son entrée dans l’ère des drones de combat collaboratif (CCA, Collaborative Combat Aircraft). Dans cette perspective, deux Mirage 2000D RMV sont transformés en bancs d’essais, dans le cadre du projet HypAIRion.
Ce dispositif doit poser les bases du combat collaboratif au sein de l’armée de l’Air, en attendant l’arrivée du standard F5 du Rafale.
Une « force de frappe massive » pour saturer les défenses ennemies
Dans un entretien à Politico fin mars 2026, le numéro deux de l’armée de l’Air, le général Dominique Tardif, a indiqué que la Direction générale de l’armement (DGA) allait évaluer les propositions de l’industrie en matière de CCA. L’objectif est de développer une « force de frappe massive pour saturer les défenses et pénétrer les lignes ennemies ».
Jusqu’à présent, l’armée de l’Air ne prévoyait qu’un seul drone de combat (UCAV), dérivé du démonstrateur nEUROn, dans le cadre du standard F5 du Rafale.
Selon le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air, les CCA sont des plateformes plus importantes que les drones actuels. Ces appareils auront un certain niveau de furtivité et d’armement, et seront surtout réutilisables, sans atteindre le prix d’un avion de chasse. Ils accompagneront soit la plateforme habitée qui les pilotera, soit un centre de commandement et de contrôle (C2) déporté. L’UCAV dérivé du nEUROn incarnera, lui, « le très haut du spectre des CCA ».
Ce que prévoit la LPM
Le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 reste, lui, succinct sur le sujet. Il prévoit un effort pour inclure des drones accompagnateurs du Rafale F5, avec de premières expérimentations à l’horizon 2028.
Le texte précise par ailleurs deux jalons capacitaires pour 2035 :
- L’armée de l’Air disposera d’au moins 47 Rafale F5.
- Les 50 Mirage 2000D RMV auront été retirés du service.
L'obstacle des architectures fermées
Le standard actuel du Rafale, le F4, ne permet pas de préparer l’arrivée des CCA. Ses systèmes sont en effet « propriétaires », donc fermés et difficiles à faire évoluer.
Le général Bellanger avait déjà soulevé ce point en octobre 2025. Selon lui, plusieurs systèmes français rencontrent cette difficulté : l’A400M, le SAMP/T et le Rafale F4 reposent sur des architectures jugées trop fermées.
L’enjeu est donc d’ouvrir ces modèles d’architecture. Il faut pouvoir accéder librement aux données générées par les systèmes d’armes et y implémenter rapidement des évolutions logicielles. L’intelligence artificielle est notamment concernée.
Le Mirage 2000D, un banc d'essais ouvert
Le Mirage 2000D RMV présente un atout décisif : son calculateur est ouvert.
Cette caractéristique a permis à l’Escadron des systèmes d’information opérationnels et de cyberdéfense (ESIOC) du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM) d’y intégrer des applications développées en interne, comme LION, SINGE et LIANE. Surtout, l’ESIOC peut les faire évoluer en fonction des besoins opérationnels.
L’appareil va ainsi tenir un rôle clé pour poser les bases du combat collaboratif.
Le projet HypAIRion
Le projet HypAIRion a été lancé en collaboration avec l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD). Selon le général Bellanger, il vise l’aviation de combat du futur et le combat collaboratif, autour de plusieurs gains : autonomie des plateformes, accélération de la décision, aide aux équipages et amélioration de la préparation opérationnelle.
Selon le magazine Air & Espace, nouvelle formule d’Air Actualités, HypAIRion vise à développer une autonomie algorithmique robuste et fiable. Cette autonomie doit équiper les CCA, mais aussi « augmenter » le pilote en allégeant sa charge cognitive face à l’afflux de données.
Deux Mirage 2000D transformés en laboratoires volants
Pour mener à bien ce projet sans attendre le Rafale F5, le CEAM a décidé de transformer deux Mirage 2000D RMV en bancs d’essais. Ces appareils appartiennent à l’Escadron de chasse et d’expérimentation 1/30 « Côte d’Argent ».
Le général Arnaud Gary, sous-chef plans-programmes à l’État-major de l’armée de l’Air et responsable du projet, est cité dans le magazine :
« Le choix du Mirage 2000D bénéficie de développements initiés par les officiers programmeurs de Mont-de-Marsan. Cette maîtrise souveraine du code source permet une agilité et une rapidité de développement sans commune mesure avec les cycles capacitaires classiques. »
Concrètement, chaque Mirage 2000D recevra un troisième calculateur de bord, greffé sur l’architecture existante. Les équipes du CEAM pourront ainsi tester en vol, de manière itérative, des algorithmes d’intelligence artificielle. Cette approche s’appuie également sur des capacités de simulation, qui valident virtuellement des milliers de scénarios avant les essais en vol dans le ciel des Landes.
Une capacité intérimaire avant le Rafale F5
Le Rafale F5 ne sera pas disponible avant 2030. Dans l’intervalle, l’armée de l’Air pourrait disposer d’une capacité intérimaire de combat collaboratif. Selon la source, cette capacité associerait les Mirage 2000D RMV de la 3e Escadre de chasse à des CCA, dont les premiers exemplaires devraient être livrés en 2028.
Ce qu'il faut retenir
- L’armée de l’Air et de l’Espace prépare son entrée dans l’ère des drones de combat collaboratif (CCA).
- Le projet HypAIRion vise à développer une autonomie algorithmique pour ces drones.
- Deux Mirage 2000D RMV sont transformés en bancs d’essais, à l’Escadron 1/30 « Côte d’Argent ».
- Le Mirage 2000D a été choisi pour son calculateur ouvert, contrairement au Rafale F4.
- La LPM prévoit 47 Rafale F5 et le retrait des 50 Mirage 2000D RMV d’ici 2035.
- Les premiers CCA pourraient être livrés en 2028, avant le Rafale F5 attendu en 2030.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un drone de combat collaboratif (CCA) ?
Un CCA (Collaborative Combat Aircraft) est un drone armé conçu pour accompagner les avions de combat habités. Selon le chef d’état-major de l’armée de l’Air, ces appareils doivent créer la brèche dans les défenses aériennes ennemies. Ils auront un certain niveau de furtivité et seront réutilisables, sans atteindre le prix d’un avion de chasse.












