Les 1er et 2 juin, à Biscarosse, un hélicoptère de manœuvre a tiré pour la première fois sur des drones. Le champ de tir des Landes accueillait ces essais inédits. L’armée de l’air reconvertit désormais toute sa flotte rotorcraft vers cette mission : Fennec, Tigre et Caracal sont concernés.
Le Moyen-Orient comme accélérateur
C’est le conflit au Moyen-Orient qui a déclenché la transformation. Des hélicoptères Tigre et Fennec ont défendu les Émirats arabes unis contre des drones Shahed iraniens. Les résultats ont convaincu les états-majors d’étendre cette capacité à l’ensemble de la flotte rotorcraft.
Cette semaine, les Caracal ont passé l’épreuve du tir. Ces appareils polyvalents sont habituellement dédiés au transport et à la logistique. Armés de mitrailleuses de sabord, ils se sont révélés adaptés à la mission.
Pour le lieutenant-colonel Laurent, la transition a été moins difficile qu’attendu. Cet officier est en charge des nouvelles capacités pour les hélicoptères à l’état-major de l’armée de l’air et de l’espace. Il souligne que l’armée disposait déjà d’un large socle de savoir-faire. Deux domaines sont cités : la contribution à la défense aérienne et l’engagement en opérations extérieures. « L’enjeu a bien été de pouvoir adapter relativement facilement ces capacités-là face aux drones », précise-t-il.
La liaison 16 : le maillon critique
Pour intégrer les hélicoptères dans le dispositif, une modernisation s’est imposée. Il fallait installer la liaison 16, le système d’identification qui équipe les avions de combat. Lors de l’engagement aux Émirats, les Fennec n’en disposaient pas. En 48 heures, ils ont été équipés de cette capacité.
Le lieutenant-colonel Laurent explique pourquoi cette intégration était critique : « On a vu au Moyen-Orient qu’il y avait énormément d’aéronefs en vol dans le même espace aérien. Il y a des aéronefs alliés, mais également des menaces qu’il faut identifier, détruire éventuellement. Et pour ça, il faut éviter à tout prix le tir fratricide. »
Une défense multicouche, du sol au ciel
La lutte anti-drones s’organise en plusieurs strates complémentaires. Le lieutenant-colonel Laurent en décrit l’architecture :
- Au sol : des systèmes de détection chargés d’identifier la menace le plus tôt possible.
- En altitude : le Rafale, avec ses capacités de détection à longue portée.
- En couche intermédiaire : le drone Reaper, qui cumule persistance et capacité d’évolution en altitude.
- Au plus bas : l’hélicoptère, dont le domaine de vol proche du drone lui permet l’identification et l’interception en basse couche.
L’officier insiste sur la complémentarité de ces moyens. « L’enjeu, il n’est pas d’avoir un hélicoptère qui soit exclusivement capable de traiter cette menace-là, mais bien de pouvoir utiliser l’ensemble des capacités qu’on a à notre disposition pour pouvoir les traiter », conclut-il.
Une alternative aux missiles sol-air
Les hélicoptères reconvertis constituent une alternative aux missiles sol-air, jugés trop coûteux. Les expérimentations de Biscarosse s’inscrivent dans cette logique de rapport coût-efficacité. C’est l’une des leçons de la révolution drone.
Ce qu'il faut retenir
- Les 1er et 2 juin, Biscarosse a accueilli les premiers tirs anti-drones depuis un hélicoptère de manœuvre.
- Le conflit au Moyen-Orient a déclenché la reconversion de la flotte rotorcraft (Tigre, Fennec, Caracal) vers la lutte anti-drones.
- La liaison 16, installée en 48 heures sur les Fennec aux Émirats, est la clé de leur intégration dans le dispositif de défense aérienne.
- La défense anti-drones repose sur quatre couches : sol, Rafale, Reaper, hélicoptère.
- Les hélicoptères sont présentés comme une alternative économiquement viable aux missiles sol-air.












