Dans un mémorandum signé le 13 août, le président américain Donald Trump a tenu une promesse. Il l’avait faite quelques mois plus tôt. Il avait alors annoncé, à bord du porte-avions USS George Washington, vouloir abandonner les catapultes électromagnétiques (EMALS). Il souhaitait revenir à celles fonctionnant à la vapeur.
Trump acte le retour à la vapeur
Ce retour à la vapeur concernera la quatrième unité de la classe Ford, l’USS Doris Miller (CVN81). Cette décision n’est pas une surprise. M. Trump l’avait déjà annoncée le 27 octobre dernier, en marge d’une visite officielle au Japon.
Un développement compliqué et coûteux des EMALS
La mise au point des EMALS n’a pas été simple. Le dispositif d’arrêt associé, l’AAG (Advanced Arresting Gear), a été développé par General Atomics. Ce développement, destiné à la nouvelle génération de porte-avions américains de classe Ford, s’est révélé compliqué et coûteux.
En 2021, le directeur des tests opérationnels et de l’évaluation du Pentagone (DOT&E) avait fait un constat préoccupant. Les EMALS étaient censées assurer plus de 4 000 catapultages, avant une éventuelle défaillance. Un incident technique était toutefois survenu bien plus tôt. Il s’était produit au bout de seulement 181 lancements, entre novembre 2019 et septembre 2020, à bord du porte-avions Gerald R. Ford (CVN-78).
L’an passé, le DOT&E a fait un constat. Il n’avait pas reçu suffisamment de données, pour mettre à jour les statistiques de fiabilité publiées dans son rapport de 2023. Il a toutefois précisé un point important. Des améliorations techniques ont bien été apportées au matériel et aux logiciels. Malgré cela, la fiabilité n’aurait « pas sensiblement évolué par rapport aux années précédentes ». Le commandement des systèmes aéronavals de l’US Navy (NAVAIR) poursuivrait néanmoins ses efforts d’amélioration.
Comment fonctionnent les catapultes électromagnétiques
Le fonctionnement des EMALS repose sur un moteur linéaire à induction électromagnétique (LIM). Son alimentation dépend de la masse de l’appareil à catapulter. Un champ magnétique est engendré, de part et d’autre d’un rail de catapultage. Il met en mouvement un chariot mobile, sur lequel est fixé l’avion à lancer.
Par rapport aux catapultes à vapeur, les EMALS permettent de lancer des aéronefs plus lourds, à une cadence plus élevée. Elles réduisent aussi les contraintes mécaniques sur les appareils. En théorie, elles n’exigeraient également qu’une maintenance réduite.
Des résultats jugés positifs par l'US Navy
Selon l’US Navy, les premiers retours d’expérience du récent déploiement de l’USS Gerald R. Ford, doté d’EMALS, se sont révélés encourageants. Un communiqué diffusé le 26 février a précisé ce point. Les données restaient alors encore en cours d’analyse. Les rapports préliminaires montraient toutefois une tendance positive. La conception du pont d’envol, les EMALS et l’AAG avaient permis d’augmenter la cadence de lancement, par rapport à un porte-avions de classe Nimitz. Selon l’US Navy, ces systèmes « fonctionnent comme prévu ».
« Un marteau et un chalumeau », l'argument de Donald Trump
Le mémorandum du 13 août ordonne au département de la Guerre de présenter un plan. Celui-ci doit équiper le futur USS Doris Miller de catapultes à vapeur. Un système hydraulique pour les ascenseurs de pont complétera ce dispositif. Il s’agit donc d’abandonner les EMALS. Les AWE (Advanced Weapons Elevators), qui fonctionnent grâce à un moteur à induction, seront eux aussi abandonnés.
M. Trump avait justifié ce choix en des termes très directs. Il avait critiqué les dépenses de plusieurs milliards de dollars, consacrées selon lui à des systèmes électriques inutilement complexes. La vapeur fonctionnerait, selon lui, à merveille depuis cinquante ans. Il avait aussi dénoncé la nécessité de faire venir des experts du MIT, en cas de panne électrique. Le Massachusetts Institute of Technology était visé. Il jugeait cette situation absurde. La vapeur, en revanche, pourrait selon lui être réparée « avec un marteau et un chalumeau ». Elle fonctionnerait, selon lui, tout aussi bien, voire mieux.
General Atomics dénonce un changement de cap risqué
General Atomics avait obtenu un contrat de 1,2 milliard de dollars. Il portait sur la fourniture des EMALS et de l’AAG, pour le futur USS Doris Miller. L’industriel a réagi à la décision présidentielle, jugeant qu’elle méritait un examen attentif.
Selon General Atomics, la production était déjà achevée à près de 50 %. Changer de cap maintenant engendrerait donc « des risques importants ». Cela concernerait les coûts, les délais et l’intégration du système. L’industriel a aussi averti des conséquences plus larges de cette décision. Elle affecterait, selon lui, la capacité opérationnelle des porte-avions, la sécurité nationale et la supériorité technologique américaine. Elle pourrait même permettre à des adversaires de combler leur retard technologique.
General Atomics a enfin rappelé le contexte industriel actuel. Le renforcement du tissu des fournisseurs américains resterait une priorité nationale. La stabilité de la main-d’œuvre, ainsi que la capacité à maintenir les technologies critiques, en deviendraient d’autant plus importantes.
Quelles conséquences pour le porte-avions français ?
Cette décision peut potentiellement avoir des conséquences sur le programme d’avion de 6e génération de l’US Navy. Une EMALS permet en effet de lancer des aéronefs plus lourds, tout en atténuant les contraintes mécaniques sur leur cellule. Elle pourrait aussi en avoir sur la « France Libre », le futur porte-avions de la Marine nationale.
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Ce navire doit permettre de délivrer une puissance aérienne offensive accrue. Cet objectif passe par un doublement des sorties aériennes, et une amélioration de la létalité des armements embarqués. Il sera pour cela doté de trois EMALS, déjà commandées auprès de General Atomics. La Chine a d’ailleurs fait un choix similaire pour son troisième porte-avions, le CNS Fujian.
Le ministère des Armées se veut rassurant
Le ministère des Armées s’est voulu rassurant après la décision de M. Trump, selon un communiqué envoyé à l’AFP. Il a assuré qu’« aucun risque technique ou industriel particulier n’est identifié ». Cela concernerait la fabrication des catapultes destinées à la France Libre, ou leur entretien dans les prochaines décennies.
Le ministère a détaillé son raisonnement. Les trois premiers porte-avions américains, en service ou en construction, sont déjà équipés de catapultes électromagnétiques développées et opérationnelles. La chaîne de fabrication et d’entretien de ces équipements resterait donc active. La Direction générale de l’armement (DGA) mènerait par ailleurs des discussions. Ses homologues américains seraient concernés, eux-mêmes engagés dans leurs propres analyses.
Un amendement pour anticiper d'éventuelles difficultés
L’acquisition des trois EMALS et du système AAG n’est donc pas remise en cause pour la France Libre. Leur maintien en condition opérationnelle pourrait en revanche s’avérer plus coûteux à l’avenir. Cela ne pourra toutefois être confirmé qu’à l’usage.
La loi portant actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 tient déjà compte d’éventuelles difficultés. Les parlementaires ont en effet adopté un amendement à cet effet. Il prévoit une « étude de faisabilité portant sur les modalités de développement d’un système de catapultes électromagnétiques souverain ».
Ce qu'il faut retenir
- Donald Trump a ordonné, le 13 août, l’abandon des catapultes électromagnétiques (EMALS) au profit de la vapeur. Cela s’appliquera à partir du quatrième porte-avions de classe Ford.
- General Atomics juge cette décision risquée. La production des EMALS destinées à ce navire est en effet déjà achevée à près de 50 %.
- Le ministère des Armées assure qu’aucun risque particulier n’est identifié pour les EMALS destinées au futur porte-avions français, la France Libre.
- Les parlementaires ont toutefois fait adopter un amendement, prévoyant une étude sur un système de catapultes électromagnétiques souverain.
- L’US Navy juge les performances des EMALS de l’USS Gerald R. Ford satisfaisantes, tandis que le DOT&E reste plus prudent sur leur fiabilité.
Questions fréquentes
Pourquoi Donald Trump a-t-il décidé d'abandonner les catapultes électromagnétiques ?
Cette décision remet-elle en cause le futur porte-avions français ?
Comment fonctionne une catapulte électromagnétique ?
Quels risques General Atomics identifie-t-il dans cette décision ?
L’industriel évoque des risques de coûts, de délais et d’intégration. La production est en effet déjà achevée à près de 50 %. Il évoque aussi des conséquences potentielles sur la supériorité technologique américaine.









