Ce jeudi 10 septembre, Emmanuel Macron a appelé à une « gouvernance partagée » de l’espace. Le président français a plaidé pour une régulation à la hauteur des enjeux. Il souhaite aussi une Europe capable de devenir l’un des tout premiers acteurs mondiaux du secteur spatial.
Un appel à une gouvernance spatiale partagée
Malgré le traité de 1967, un problème persisterait. L’espace extra-atmosphérique resterait le seul grand commun mondial ne faisant pas l’objet d’une régulation adaptée aux enjeux actuels, a-t-il affirmé au sommet international sur l’Espace, à Paris. Une gouvernance partagée serait ainsi nécessaire. Elle permettrait de répondre à ces défis.
« Notre Europe spatiale reste fragile », selon Macron
Concernant la coopération spatiale internationale, être puissant nécessiterait de passer par l’Europe, a-t-il ajouté. Selon lui, « notre Europe spatiale reste fragile et nous devons accélérer ».
20 milliards d'euros d'investissement français d'ici 2030
Pour accompagner cette montée en puissance, la France prévoit d’investir 20 milliards d’euros dans le spatial, d’ici 2030. Cet effort passerait notamment par le plan France 2030. La loi de programmation de la recherche, ainsi que la loi de programmation militaire, y contribueraient aussi. Quarante millions d’euros supplémentaires seraient investis via le Centre national d’études spatiales (CNES). Le domaine de l’observation en bénéficierait particulièrement.
Un accès massif et abordable à l'espace
Le chef de l’État a appelé à assumer pleinement la préférence européenne. L’Union européenne devrait ainsi assumer un pilotage politique complet de sa politique spatiale. Cette vision devrait se décliner en projets concrets, à tous les stades technologiques. Il a aussi plaidé pour un accès massif et abordable à l’espace.
Plusieurs centaines de tonnes devraient être lancées en orbite chaque année, à un coût compétitif, selon lui. Cela supposerait un lanceur lourd, réutilisable à haute cadence, et à coût maîtrisé. Le président a d’ailleurs salué le récent succès d’Isar Aerospace à ce sujet.
Le succès d'Isar Aerospace salué
Cette société allemande a placé une fusée en orbite ce samedi, depuis la Norvège. Ce lancement intervient après plusieurs mois de retard. Un vol d’essai en 2025 avait aussi eu lieu, au cours duquel la fusée avait explosé.
L'Europe menacée par un manque de lanceurs
Cette mise en orbite survient dans un contexte particulier. L’Europe prévoit en effet de multiplier les lancements, dans les prochaines années, pour ses grands programmes spatiaux. Le déploiement de la constellation de communications sécurisées Iris² doit ainsi débuter en 2029.
L’Europe risquerait toutefois de manquer de lanceurs, pour mettre en orbite ses futurs satellites, à l’horizon 2030. C’est du moins ce qu’indique l’Agence spatiale européenne (ESA). Donald Trump a fixé un objectif ambitieux pour son pays. Il s’agit de 1 000 lancements par an, d’ici 2030. En Europe, ces lancements se comptent aujourd’hui en dizaines seulement.
Un mécanisme européen d'agrégation des lancements
Le président de la République a ensuite fixé plusieurs priorités européennes. La première concerne l’accès autonome à l’espace. La volonté est de développer des lanceurs plus compétitifs, et de garantir des volumes suffisants à la filière.
Emmanuel Macron souhaite ainsi la création d’un mécanisme européen d’agrégation des lancements institutionnels. Celui-ci réunirait les besoins de plusieurs acteurs. La Commission européenne et l’Agence spatiale européenne (ESA) en font partie, tout comme les États membres et, lorsque cela est pertinent, les partenaires de sécurité.
Galileo, Iris² et l'alliance « Direct to Device »
D’autres priorités concernent l’observation, le positionnement et les communications. Le chef de l’État entend s’appuyer sur deux systèmes clés. Les prochaines générations de Galileo en font partie, ainsi qu’Iris², pour renforcer les capacités européennes.
Il a aussi appelé à la création d’une alliance européenne du « Direct to Device ». L’ambition serait de proposer, d’ici 2030, une connexion directe entre satellites et terminaux mobiles. Les zones non couvertes seraient concernées, tout comme les cas où les réseaux terrestres restent indisponibles.
Une place de marché européenne des capacités spatiales duales
Les enjeux de sécurité et de résilience avaient déjà été abordés lors du sommet. Dans leur prolongement, Emmanuel Macron a aussi annoncé une nouvelle initiative. Il s’agit d’une place de marché européenne des capacités spatiales duales, ouverte aux partenaires européens et à l’Otan.
Cette dernière doit faciliter l’accès aux données, produits et services spatiaux, dans des domaines comme la surveillance de l’espace. La surveillance des espaces maritimes et terrestres en ferait aussi partie, tout comme le suivi des incendies et des inondations. Une cinquantaine d’entreprises françaises et européennes devraient y être référencées, dès 2027.
Une « préférence européenne » assumée, sans « protectionnisme »
Cette ambition passerait aussi par le renforcement de l’industrie spatiale européenne. Emmanuel Macron a plaidé pour davantage de consolidation entre les acteurs du secteur. Une commande institutionnelle plus structurée serait aussi nécessaire, tout comme une préférence européenne dans l’utilisation des financements publics.
Cette préférence ne constituerait ni un gros mot, ni du protectionnisme, mais un refus de naïveté, a-t-il affirmé. Cette autonomie devrait toutefois rester compatible avec des partenariats internationaux.
Des ambitions fixées pour l'exploration et les vols habités
Enfin, le président a fixé plusieurs horizons, pour l’exploration et les vols habités européens. Une capsule cargo européenne devrait rejoindre la Station spatiale internationale, dans deux ans. L’atterrisseur lunaire Argonaut devrait, lui, se poser sur la Lune dans cinq ans.
Une première capsule européenne habitée devrait enfin décoller depuis Kourou, dans dix ans. Le Centre spatial guyanais devra, pour cela, être modernisé.
Ce qu'il faut retenir
- La France prévoit d’investir 20 milliards d’euros dans le spatial d’ici 2030, à travers plusieurs dispositifs publics existants.
- L’Europe risque de manquer de lanceurs d’ici 2030. Les États-Unis visent 1 000 lancements annuels, contre quelques dizaines seulement en Europe.
- Une place de marché européenne des capacités spatiales duales sera lancée, ouverte aux partenaires européens et à l’Otan, dès 2027.
- Le président a fixé un calendrier précis pour l’exploration spatiale européenne. Une première capsule habitée est ainsi prévue depuis Kourou d’ici dix ans.
Questions fréquentes
Que propose Emmanuel Macron pour renforcer l'autonomie spatiale européenne ?
Il propose notamment un mécanisme européen d’agrégation des lancements institutionnels. Une alliance « Direct to Device », pour la connectivité satellitaire, en fait aussi partie, ainsi qu’une préférence européenne dans l’utilisation des financements publics du secteur spatial.
Pourquoi l'Europe risque-t-elle de manquer de lanceurs d'ici 2030 ?
Selon l’Agence spatiale européenne, la multiplication des programmes comme la constellation Iris² dépasserait les capacités de lancement actuelles. Elles se comptent en dizaines par an en Europe, contre un objectif de 1 000 lancements annuels fixé par les États-Unis.
Qu'est-ce que la place de marché européenne des capacités spatiales duales annoncée par Macron ?
C’est une plateforme ouverte aux partenaires européens et à l’Otan. Elle facilite l’accès aux données et services spatiaux, dans des domaines comme la surveillance ou le suivi des catastrophes naturelles, avec une cinquantaine d’entreprises référencées dès 2027.
Quels sont les objectifs d'exploration spatiale fixés par la France pour la prochaine décennie ?
La France vise une capsule cargo vers la Station spatiale internationale, dans deux ans. Un atterrisseur lunaire devrait se poser sur la Lune dans cinq ans, avec une première capsule européenne habitée décollant de Kourou dans dix ans.









