À Suippes, dans la Marne, la place d’armes du 132e régiment d’infanterie cynotechnique a accueilli un hommage d’une intensité particulière. Au pied du cercueil du caporal-chef Anicet Girardin, tué au Liban le 22 avril 2026 des suites d’une embuscade attribuée au Hezbollah, se tenait Ros. Silencieux. Digne. Le berger allemand qui a partagé chaque mission de son maître.
Ce qui devait n’être qu’une cérémonie d’hommage est devenu, à travers la présence du chien, l’image d’un lien que la mort n’a pas réussi à briser.
Un chien soldat au cœur de la cérémonie
Ros n’a pas été un simple témoin. Il a été décoré. Médaillé par l’armée française, sur la place même où son maître recevait l’ultime salut de ses frères d’armes. La compagne du caporal-chef, originaire du Calaisis, assistait à la scène, comme la famille et les camarades du 132e RIC venus de tout le régiment.
Le berger allemand a survécu à l’attaque qui a coûté la vie à son binôme. Il porte désormais sur le poil les traces d’un drame qu’il ne peut raconter, mais que sa seule présence suffit à dire.
Anicet Girardin, maître-chien depuis dix ans
Anicet Girardin n’était pas seulement un soldat. Il était un maître-chien passionné. Engagé en 2016 à l’âge de 21 ans, il avait rejoint le 132e régiment d’infanterie cynotechnique de Suippes, l’unité spécialisée de l’armée de Terre dans le binôme homme-chien. Dix années plus tard, il y servait toujours.
Son commandant l’a décrit comme un homme ayant « la passion du chien chevillée au corps ». Une formule qui dit, en peu de mots, ce que cette vocation représentait pour lui. Cette passion, il la partageait chaque jour avec Ros, son partenaire sur le terrain, déployé à ses côtés au Liban depuis le 23 janvier 2026 dans le cadre de l’opération Daman, sous mandat de la Finul.
Le 18 avril, le caporal-chef intervenait avec l’adjudant Florian Montorio pour ouvrir un itinéraire piégé par un engin explosif improvisé. Quand son chef d’élément a été touché, il s’est porté à son secours. C’est en lui prêtant assistance qu’il a été à son tour gravement blessé. L’adjudant Montorio est mort sur le coup. Anicet Girardin a succombé quatre jours plus tard, après avoir été rapatrié.
Trentenaire, pacsé, père d’un enfant. Une famille brisée. Et un chien sans guide.
L'annonce qui a tout changé pour Ros
Pour un chien militaire, la perte de son maître est plus qu’un deuil. C’est une bascule. Que devient un chien soldat dont le binôme n’est plus là pour le mener ? La question planait dans la cérémonie.
C’est la ministre des Armées, Catherine Vautrin, qui a apporté la réponse. Dans son discours d’hommage, elle a annoncé que Ros serait « réformé » du service actif. Pas envoyé sur un autre théâtre. Pas réaffecté à un autre maître-chien. Simplement, retiré du service.
Et confié à la famille d’Anicet Girardin.
C’est là, dans le foyer où son maître ne reviendra plus, que Ros vivra désormais. Auprès de la compagne, de l’enfant, des proches. Auprès de tous ceux qui ont aimé l’homme qu’il accompagnait. Une retraite paisible, méritée, et profondément symbolique : le chien soldat survit pour porter, à sa manière silencieuse, la mémoire de celui qui fut son maître.














