Pour la première fois, une frégate allemande a tiré un missile balistique LoRA, d’une portée de 430 km

Cet essai marque une étape inédite pour la marine allemande, en quête d'une première capacité de frappe à longue distance.
missile balistique LoRA

Dans son plan Marine 2035+, dévoilé en 2024, la Deutsche Marine avait exprimé une ambition claire. Elle souhaitait doter ses quatre frégates F125 (classe Baden-Württemberg) d’une capacité de frappe dans la profondeur. Ces navires venaient d’être admis au service actif. Son chef d’état-major, l’amiral Jan Christian Kaack, avait ensuite évoqué une piste précise. Il s’agissait de l’achat possible de missiles de croisière BGM-109 Tomahawk, auprès des États-Unis.

Un changement de cap malgré l'accord sur les Tomahawk

Berlin a certes annoncé avoir trouvé un accord avec Washington, pour se procurer des Tomahawk. La Deutsche Marine a toutefois sans doute été contrainte de changer son fusil d’épaule, du moins pour le moment. Ce 2 septembre, Israel Aerospace Industries (IAI) a fait une révélation importante. Une frégate allemande aurait lancé avec succès un missile balistique LORA (LOng Range Artillery), dans le cadre d’une « opération expérimentale ».

« Une réussite sans précédent », selon Boaz Levy

Boaz Levy, le président de l’industriel israélien, s’est félicité de cette annonce. Selon lui, il s’agirait d’« une réussite sans précédent pour IAI et le ministère israélien de la Défense ». L’essai du missile LoRA aurait été tiré depuis un navire de guerre. Il aurait atteint sa cible avec une précision exceptionnelle. Cet essai se serait déroulé de nuit en Allemagne, pays où a été développé le premier missile balistique au monde.

Une coopération stratégique renforcée avec Israël

Cet essai témoignerait, selon lui, de la puissance technologique d’Israël et de la coopération unique entre Israël et l’Allemagne. Il constituerait une nouvelle réalisation majeure, venant s’ajouter au déploiement du système Arrow 3 sur le sol allemand. Cette réalisation renforcerait ainsi les capacités de défense et de dissuasion de l’Allemagne. Elle approfondirait aussi le partenariat stratégique entre les deux pays.

Un essai réalisé entre l'Irlande et l'Islande

Cet essai n’a toutefois pas eu lieu en Allemagne. Il s’est en réalité déroulé dans un secteur situé entre l’Irlande et l’Islande. Cet essai a été réalisé dans la plus grande discrétion. Ses préparatifs ont néanmoins fait l’objet d’un NOTAM (notice to airmen), ainsi que d’un Navwarn (navigation warning). Deux frégates ont été mobilisées à cette occasion. La Sachsen-Anhalt, de type 125, en faisait partie.

Les caractéristiques du missile LoRA

Le missile LoRA affiche une portée maximale de 430 kilomètres. Il est propulsé par un moteur-fusée à propergol solide, à un seul étage. Il est doté d’un système de guidage GPS/Inertiel. Sa précision reste de l’ordre de 10 mètres.

Ses performances restent évidemment loin d’égaler celles du BGM-109 Tomahawk américain. Il pourrait toutefois constituer une première capacité de frappe à longue distance pour la Deutsche Marine. Cette dernière n’avait en effet jamais lancé de missile de ce type, jusqu’à ce 1er septembre.

« Nous avons marqué l'histoire », selon l'amiral Kaack

L’amiral Kaack a commenté cet essai via le réseau social Instagram. Selon lui, ce tir réussi d’un missile balistique s’est déroulé dans l’Atlantique Nord. « Nous avons marqué l’histoire de la [Deutsche] Marine ». Il s’est dit extrêmement satisfait de cette performance.

Le système pourrait être mis en œuvre avec succès depuis les unités allemandes, selon lui. Sa portée potentielle dépasserait tout ce qui était connu jusqu’ici. Pour la protection de l’Allemagne et de ses alliés, cet essai ouvrirait un nouveau chapitre. Il s’agirait notamment de dissuasion et de posture de défense en mer.

L'Allemagne pourrait rapidement acquérir des missiles LoRA

Selon l’agence de presse Dpa, l’Allemagne aurait l’intention de se procurer des missiles LoRA, dans des délais assez brefs. Le pays dispose déjà de plusieurs pistes dans ce domaine. Le programme Deep Precision Strike, mené avec le Royaume-Uni, en fait partie, tout comme l’initiative ELSA (European Long-Strike Approach).

L’acquisition de Tomahawk, avec le système de lancement Typhon, complète ces pistes. Un projet de notification de contrats-cadres y figure aussi. Ces contrats concerneraient des industriels capables de livrer des missiles à longue portée, en quantité et en qualité.

Corriger le défaut originel des F125

Pour les quatre frégates F125, une capacité de frappe dans la profondeur permettrait de corriger un défaut originel. Ces navires avaient en effet été conçus pour des missions de gestion de crise. La lutte contre la piraterie en faisait aussi partie, un contexte qui n’a plus grand-chose à voir avec celui d’aujourd’hui. Sous-armés, ces navires sont d’ailleurs obligés d’éviter les zones sensibles.

Ce qu'il faut retenir

  • Une frégate allemande a tiré, pour la première fois, un missile balistique LoRA israélien, d’une portée de 430 kilomètres.
  • Cet essai s’est en réalité déroulé entre l’Irlande et l’Islande. Le président d’IAI avait pourtant évoqué un tir en Allemagne.
  • Ce missile pourrait offrir à la Deutsche Marine une première capacité de frappe à longue distance. D’autres programmes en cours viendraient la compléter.
  • L’Allemagne dispose déjà de plusieurs pistes pour ses capacités de frappe longue portée. Les Tomahawk, le programme Deep Precision Strike et l’initiative ELSA en font partie.
  • Cette capacité viserait aussi à corriger le sous-armement des frégates F125, conçues initialement pour des missions de gestion de crise.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le missile LoRA testé par l'Allemagne ?

C’est un missile balistique israélien, d’une portée maximale de 430 kilomètres. Il est doté d’un guidage GPS/Inertiel et d’une précision de l’ordre de 10 mètres, développé par Israel Aerospace Industries.

Contrairement aux propos du président d’IAI évoquant un tir en Allemagne, cet essai s’est en réalité déroulé dans un secteur situé entre l’Irlande et l’Islande. Deux frégates allemandes y ont été mobilisées.

Cette capacité doit notamment corriger le sous-armement originel des frégates F125. Ces navires avaient été conçus pour des missions de gestion de crise, dans un contexte stratégique désormais différent.

L’Allemagne mène en parallèle le programme Deep Precision Strike, avec le Royaume-Uni. L’initiative ELSA, ainsi que l’acquisition de missiles Tomahawk avec le système de lancement Typhon, complètent ces efforts.

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