Les conflits récents, que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient, montrent une évolution notable. En matière de munitions, la quantité l’emporte désormais sur la qualité. Cela oblige les industriels à donner la priorité aux armes peu coûteuses. Ces dernières doivent aussi pouvoir être produites à grande échelle, aux dépens des missiles sophistiqués.
« Vous vous trompez probablement », selon Douglas Barrie
Douglas Barrie, de l’Institut international d’études stratégiques, a résumé cette tendance. Selon lui, « si vous pensez avoir suffisamment de missiles de croisière dans votre arsenal, vous vous trompez probablement ». Ces propos ont été cités par l’agence Reuters.
« Le nombre, et non des armes miracles », selon Markus Schiller
Markus Schiller, chercheur à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, a ainsi abondé dans ce sens. Selon lui, « les grandes guerres se gagnent grâce au nombre, et non grâce à des armes miracles ».
Le système de guidage, clé de la valeur d'un missile
Au-delà de ses performances, la valeur d’un missile tient surtout à son système de guidage. Ce dernier en fait une arme « intelligente », capable de frapper avec précision une cible de haute valeur. On parle alors de munition « complexe ».
« Qu'il aille loin », résume Patrick Pailloux pour le programme COMETE
Le projet COMETE vise à développer un missile air-air à longue portée, dans un délai extrêmement court. La Direction générale de l’armement (DGA) ne s’est pas embarrassée de spécifications compliquées, pour ce programme. L’exigence pourrait se résumer ainsi : « qu’il aille loin et […] qu’il n’explose pas quand on le lance ». C’est ce qu’a expliqué Patrick Pailloux, le Délégué général pour l’armement, lors d’une audition au Sénat.
Le cahier des charges tiendrait ainsi en deux lignes, en exagérant un peu. Le successeur de l’actuel Meteor, qui restera lui un missile très sophistiqué, arrivera plus tard.
L'américain Anthem et l'espagnol Squall, deux missiles low-cost
Quoi qu’il en soit, s’agissant des missiles de croisière, plusieurs industriels proposent ainsi désormais des modèles à coût réduit. Ces derniers ne coûtent qu’une fraction du prix d’un SCALP ou d’un Tomahawk, sans pour autant renoncer à la qualité. L’américain Covenant Industries s’est lancé dans cette voie avec l’Anthem. L’espagnol Indra a suivi le même chemin.
Le Squall, un missile de 300 km dévoilé le 16 septembre
Ce 16 septembre, l’industriel espagnol a dévoilé le « Squall ». Il s’agit d’un missile de croisière d’une portée de 300 km, décrit comme une munition à faible coût. Cette dernière pourrait être utilisée pour des frappes chirurgicales, ou pour des attaques massives visant à saturer les défenses adverses.
Une charge militaire de 50 à 60 kg, dix fois moins chère
Selon les détails partagés par Indra avec Defense News, le Squall affiche une charge précise. Il serait doté d’une charge militaire de 50 ou 60 kg. Il pourrait être lancé aussi bien depuis des plateformes terrestres que navales. Ce missile devrait coûter dix fois moins cher qu’un « missile haut de gamme ». Il serait aussi en mesure de voler à basse altitude, à Mach 0,8, pour échapper aux radars ennemis.
Des systèmes de guidage résistants au brouillage
Sa précision et son efficacité, dans l’acquisition des cibles, s’ajouteraient à ces atouts. Pour cela, l’appareil serait équipé de différents systèmes de guidage et de navigation. Ces derniers seraient conçus pour résister au brouillage électronique, a précisé l’industriel.
Un missile non soumis à la réglementation ITAR
Détail important : le Squall ne serait pas soumis à la réglementation ITAR. Il ne contiendrait donc pas de composants d’origine américaine.
« Une chaîne d'approvisionnement nationale fiable », selon Indra
Sa conception reposerait sur « une chaîne d’approvisionnement nationale fiable et résiliente ». Cette dernière s’appuierait sur des composants, sur lesquels la souveraineté et le contrôle seraient maintenus, a expliqué Indra. Il s’agirait ainsi de pouvoir augmenter la production en temps de crise. Cela vaudrait même lorsque les chaînes d’approvisionnement internationales seraient perturbées, et que l’accès à certains matériaux deviendrait plus difficile.
Un pari commercial plutôt qu'une commande officielle
Cela étant, le développement du Squall ne viendrait pas d’un besoin exprimé par le ministère espagnol de la Défense. Indra estimerait toutefois que la demande pour ce type de missile devrait être forte, dans un proche avenir.
« Lancer dix à vingt missiles pour saturer la cible », selon Juan Mahon
Les conflits récents auraient révélé un constat frappant. Les forces armées utiliseraient des armes très coûteuses, pour éliminer des cibles peu coûteuses. C’est ce qu’a expliqué Juan Mahon à Defense News. Il dirige le développement commercial de la division « Armes et Munitions » d’Indra.
Pour saturer les défenses d’un ennemi, une contrainte existerait. Il ne serait pas possible d’utiliser trop de missiles coûtant chacun 2 à 3 millions d’euros, selon lui. Les capacités offertes par un tel missile ne seraient peut-être même pas nécessaires. L’essentiel resterait plutôt d’agir différemment. Il faudrait « lancer dix à vingt missiles pour saturer la cible », suivis d’un missile généralement coûteux, a-t-il conclu.
Les conflits récents auraient révélé un constat frappant. Les forces armées utiliseraient des armes très coûteuses, pour éliminer des cibles peu coûteuses. C’est ce qu’a expliqué Juan Mahon à Defense News. Il dirige le développement commercial de la division « Armes et Munitions » d’Indra.
Pour saturer les défenses d’un ennemi, une contrainte existerait. Il ne serait pas possible d’utiliser trop de missiles coûtant chacun 2 à 3 millions d’euros, selon lui. Les capacités offertes par un tel missile ne seraient peut-être même pas nécessaires. L’essentiel resterait plutôt d’agir différemment. Il faudrait « lancer dix à vingt missiles pour saturer la cible », suivis d’un missile généralement coûteux, a-t-il conclu.
Ce qu'il faut retenir
- Indra a dévoilé, le 16 septembre, le Squall. Ce missile de croisière low-cost affiche une portée de 300 km, dix fois moins cher qu’un missile haut de gamme.
- Ce missile n’est pas soumis à la réglementation ITAR, garantissant une chaîne d’approvisionnement entièrement souveraine pour l’Espagne.
- Le Squall s’inscrit dans une tendance plus large. L’Anthem américain l’illustre aussi, privilégiant la quantité de munitions à la sophistication technologique.
- Le projet français COMETE illustre la même philosophie, avec un cahier des charges volontairement simplifié pour accélérer le développement.
- Selon Indra, la stratégie de saturation des défenses ennemies nécessite de nombreux missiles peu coûteux, plutôt qu’un armement sophistiqué mais limité en nombre.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le missile de croisière Squall dévoilé par Indra ?
Pourquoi le Squall n'est-il pas soumis à la réglementation ITAR ?
Ce missile ne contient aucun composant d’origine américaine. Il s’appuie sur une chaîne d’approvisionnement nationale espagnole, ce qui garantit à l’Espagne un contrôle souverain complet sur sa production et ses exportations.
En quoi le Squall se différencie-t-il de missiles comme le SCALP ou le Tomahawk ?
Le Squall coûte environ dix fois moins cher que ces missiles haut de gamme. Il privilégie une production en grande quantité, pour saturer les défenses ennemies, plutôt que la sophistication technologique de missiles plus onéreux.
Pourquoi les armées privilégient-elles désormais les missiles peu coûteux et produits en masse ?
Les conflits récents en Ukraine et au Moyen-Orient ont montré une réalité importante. La quantité de munitions disponibles compte souvent davantage que leur sophistication, notamment pour saturer les défenses adverses sans épuiser des stocks de missiles coûteux.










